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Ottawa peu enclin à rendre publics les contrats d'achat de vaccins contre la COVID-19

Pfizer-BioNTech et Moderna, les deux entreprises à avoir reçu l’autorisation de Santé Canada pour leur vaccin, ont livré moins de doses que prévu ces dernières semaines, invoquant des problèmes de production.

François-Philippe Champagne.

François-Philippe Champagne assure que les décisions prises par Ottawa sont « sages et judicieuses ».

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Radio-Canada

Alors que les retards de livraison de vaccins contre la COVID-19 suscitent la grogne des partis d'opposition, le ministre de l'Innovation, François-Philippe Champagne, se défend face aux pressions mises sur Ottawa pour rendre publics les contrats signés avec les fabricants de vaccins.

Je pense que nous avons été transparents depuis le début. Mais il y a des parties de ces contrats qui sont commercialement sensibles, a déclaré M. Champagne, lors d'une entrevue diffusée samedi à l'émission The House, de CBC. Le ministre a ajouté qu'il pensait que les conditions avaient été négociées sur une base très favorable.

Talonné par les partis d’opposition, le ministre Champagne a défendu les arguments de la ministre fédérale des Services publics et de l’Approvisionnement Anita Anand, qui a soutenu vendredi, devant le Comité permanent de la santé, qu’elle était liée par des clauses de confidentialité avec les fabricants de vaccins.

Lors de sa conférence de presse, le premier ministre Justin Trudeau a par ailleurs assuré qu'il restait en contact avec les dirigeants de ces sociétés pharmaceutiques et que l'objectif de recevoir six millions de doses de vaccins d'ici la fin du mois de mars serait atteint.

Ottawa a également rapporté que Moderna et Pfizer avaient mentionné que ces retards étaient temporaires et que les livraisons s’accéléreraient de façon importante en mars et très importante au deuxième trimestre.

Après avoir été l'un des premiers pays à entamer sa campagne de vaccination, le Canada a glissé en 37e position pour la part de sa population ayant déjà reçu au moins une dose de vaccin, selon les données de l'Université Oxford.

Le premier ministre n'a par ailleurs donné aucun signe qu'il entendait publier les contrats conclus avec ces entreprises.

Plus de transparence, demande l'opposition

Le manque de transparence supposé du gouvernement Trudeau continue de susciter des inquiétudes au Parlement et au sein de la population, selon les partis d'opposition. Vendredi, le député conservateur Pierre Paul-Hus a notamment critiqué le mode de gestion d’Ottawa en brandissant à titre comparatif les contrats des États-Unis et de l’Union européenne avec AstraZeneca, et celui d’Israël avec Pfizer.

L’Union européenne et les États-Unis ont en effet rendu publiques des versions de leurs contrats le mois dernier, mais celles-ci sont expurgées et abondamment caviardées.

Le député a néanmoins souligné que ces contrats avaient des objectifs de livraison déterminés de façon hebdomadaire ou mensuelle et non pas trimestrielle, comme c’est le cas du Canada.

Le représentant du Nouveau Parti démocratique (NPD) au Comité permanent de la santé Don Davies a également appelé le gouvernement à divulguer les contrats signés avec les fabricants de vaccins.

« Nous aimerions voir plus de transparence, plus de responsabilité et plus de crédibilité de la part du gouvernement fédéral. Nous pensons que c'est particulièrement important en période de crise nationale, pour renforcer la confiance du public. »

— Une citation de  Don Davies, député du NPD

M. Davies a ajouté qu'il souhaitait avoir accès aux calendriers de livraison pour voir à quel point les commandes sont fermes. Vous savez, il y a une grande différence entre une commande ferme et une option ou encore juste un accord à convenir, a-t-il illustré. Cela donnerait aux provinces, aux territoires et aux Canadiens une certaine confiance au-delà de la simple promesse politique d'obtenir ces vaccins sur lesquels les Canadiens comptent.

La députée conservatrice Stephanie Kusie a d'ailleurs proposé au gouvernement Trudeau de relancer les négociations avec les fabricants de vaccins, arguant que les insuffisances de livraison menacent la capacité des provinces à lever les restrictions sur les entreprises et les autres activités normales.

« Ils vont devoir changer leur stratégie, être plus agressifs dans leur effort pour mener à bien la distribution des vaccins et ouvrir à nouveau ce pays. »

— Une citation de  Stephanie Kusie, députée conservatrice

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, pour sa part, a invité le premier ministre à faire acte de contrition quant à sa politique d’approvisionnement. Il est vain, il est inutile de continuer à prétendre que les objectifs annoncés vont être atteints et que tout ira bien, Votre Majesté. Ça n’arrivera pas, dit-il.

Des décisions judicieuses, selon Ottawa

Cette semaine, le Canada a signé des accords avec sept fabricants de vaccins au total, et le ministre Champagne a annoncé qu'un accord avait notamment été finalisé avec la société américaine Novavax pour commencer la production de son vaccin à la fin de l'année.

« Je pense que lorsque les Canadiens regarderont en arrière dans six mois, ils verront que les décisions que nous prenons pour attirer un fabricant de premier plan au Canada seront une sage décision. »

— Une citation de  François-Philippe Champagne, ministre de l'Innovation

Le premier ministre a été clair dès le premier jour, a-t-il ajouté, sur le fait que tous ceux qui veulent être vaccinés d'ici la fin septembre le seront.

Mais les retards dans la mise au point des vaccins ont un impact sur la confiance du public. Selon un sondage publié cette semaine par Abacus Data, les Canadiens sont aussi nombreux à désapprouver la performance globale du gouvernement Trudeau qu'à l'approuver.

Vendredi, Justin Trudeau a exhorté les Canadiens à ignorer ce qu'il a qualifié de beaucoup de bruit concernant la diffusion du vaccin dans le pays, tout en reconnaissant que l'incertitude contribue à l'anxiété de nombreux Canadiens. Je veux rassurer les Canadiens sur le fait que nous sommes sur la bonne voie.

Course entre variants et vaccins

Si la question des vaccins continue d'envenimer les débats au Parlement, du côté des responsables de la santé publique, le temps presse. Ils avertissent que l'émergence d'autres variants plus contagieux du coronavirus ajoute à l'urgence de vacciner la population.

C'est désormais une course entre les variants et les vaccins, a déclaré le Dr Lawrence Loh, médecin hygiéniste de la région de Peel, à l'ouest de Toronto. Peel a vu son premier cas de B-1351, le variant détecté pour la première fois en Afrique du Sud, chez un patient qui n'avait pas voyagé. D'autres régions du pays signalent également des cas d'un autre variant apparu pour la première fois au Royaume-Uni.

Dans une entrevue accordée à The House, le Dr Loh a déclaré que le risque de propagation au sein de la communauté souligne la nécessité de continuer à prendre des précautions comme rester chez soi et porter des masques, d'autant plus que sa région se prépare à la réouverture des écoles et à la levée par le gouvernement de l'Ontario de l'état d'urgence. Il se veut cependant optimiste.

« D'ici l'été, si nous prenons les précautions nécessaires et si nous recevons plus de vaccins comme promis jusqu'au printemps, je pense que l'été 2021 sera un peu différent de celui de 2020. J'espère que ce sera un réconfort et un répit pour nous tous. »

— Une citation de  Dr Lawrence Loh, médecin hygiéniste à Toronto
Avec les informations de cbc

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