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« Déplaçons les Jeux olympiques de Pékin ailleurs »

Des députés de tous les partis à Ottawa et à Québec souhaitent que les Jeux d’hiver de 2022 se tiennent ailleurs qu'en Chine en raison de la persécution exercée contre la minorité musulmane ouïgoure.

Des ONG accusent la Chine, qui organise les Jeux olympiques d'hiver en 2022, de violations des droits de la personne et pressent l'ONU d'agir.

Pékin doit accueillir les prochains Jeux d’hiver, qui débuteront le 4 février 2022. C’est la deuxième fois que la capitale chinoise est l’hôte des JO.

Photo : Reuters

Plus que d’exiger un boycottage des Jeux olympiques de Pékin, des élus québécois et canadiens demandent au Comité international olympique de déplacer les Jeux de 2022 dans un autre pays.

Nous ne demandons pas à nos athlètes de renoncer à leur rêve olympique, peut-on lire dans la lettre adressée au Comité international olympique (CIO) et dont Radio-Canada a obtenu copie.

Les députés estiment cependant qu’il est encore temps d’exiger du Comité international olympique qu’il organise les Jeux ailleurs si le gouvernement chinois continue dans son délire génocidaire.

« Au moment où vous lisez ces lignes, près de deux millions d’Ouïghours et de musulmans turciques sont emprisonnés dans des camps de concentration que les autorités chinoises appellent odieusement des ''camps de formation professionnelle''. »

— Une citation de  Extrait de la lettre adressée au Comité international olympique

La lettre s’intitule Les Jeux de la honte et a été signée par 30 personnes, dont des députés de toutes les formations politiques représentées au Parlement fédéral et à l’Assemblée nationale à Québec.

C’est Alexis Brunelle-Duceppe, du Bloc québécois, qui a lancé l’initiative.

L’ancien skieur acrobatique et chef de mission olympique Jean-Luc Brassard a également choisi de l’appuyer : Moi, je suis un de ceux qui croient que le Comité international olympique devrait arrêter de présenter ces compétitions dans des pays totalitaires, où les droits de l'homme sont bafoués.

Le médaillé d’or en ski à bosses aux Jeux olympiques de 1994 affirme ne pas être un partisan du boycott, car les athlètes finiraient par faire les frais de quelque chose dont ils ne sont pas responsables.

Jean-Luc Brassard.

Le médaillé d’or aux Jeux olympiques de 1994, Jean-Luc Brassard, est l’un des 30 signataires de la lettre envoyée au Comité international olympique.

Photo : Radio-Canada / Julien Lamoureux

Le comité olympique canadien a d’ailleurs signalé plus tôt cette semaine que le boycottage des Jeux de Pékin n’était pas une option, malgré l’appel de 180 associations politiques et groupes de défense des droits de la personne.

Ottawa pas prêt encore à parler d’un génocide

La lettre envoyée par les 30 signataires au CIO paraît quelques mois seulement après un rapport du sous-comité des droits internationaux de la personne aux Communes, qui concluait à l’existence d’un génocide dans le nord-ouest de la Chine.

Le mot ''génocide'' devrait provoquer une réaction extrêmement forte, affirme la députée néo-démocrate Heather McPherson, qui siège au sous-comité et qui a signé la lettre.

C’est la pire chose que l’humanité puisse faire et c’est en train de se produire en ce moment, ajoute-t-elle.

De nombreux médias européens, dont la BBC, ont récemment mis en lumière la persécution subie par les Ouïgours sous l’ordre du gouvernement chinois. Travaux forcés, camps de rééducation, stérilisation des femmes : les révélations sont troublantes.

Qui sont les Ouïgours?

Plus de 11 millions d'Ouïgours, un groupe ethnique turc de confession musulmane, habitent la région autonome du Xinjiang, dans le nord-ouest de la Chine. Il s’agit de la quatrième minorité en importance dans ce pays d’Asie.

Dans les dernières semaines, les conservateurs fédéraux ont pressé le gouvernement Trudeau de reconnaître, à l’instar du gouvernement américain, qu’il y avait bel et bien un génocide en cours au Xinjiang.

Justin Trudeau a répondu qu’il prenait très au sérieux les allégations de génocide contre les Ouïgours, sans pour autant le reconnaître formellement.

De son côté, Pékin a toujours nié toute forme de persécution au Xinjiang et a affirmé qu’il s’agissait d’une déclaration sans fondement remplie de mensonges et de désinformation.

Plus d’intérêt pour les Tibétains que pour les Ouïgours?

D'après l’ancien ambassadeur du Canada en Chine Guy Saint-Jacques, il y a bel et bien lieu de parler de génocide, puisque le but du gouvernement de Xi Jinping est d’assimiler tout le monde à long terme et d’enrayer la pratique de l’islam.

Il note cependant que la cause des Ouïgours semble avoir suscité beaucoup moins d’intérêt jusqu’à présent en Occident, comparativement, par exemple, à la persécution de Pékin contre les Tibétains.

Au premier plan, un homme est devant une mosquée; plusieurs personnes sont massées devant la mosquée.

Un Ouïgour se rend à une mosquée en Chine.

Photo : Getty Images / AFP Contributor

Les Tibétains, explique M. Saint-Jacques, ont pu compter sur un leader très charismatique – le dalaï-lama – qui est vraiment devenu le champion de la cause. Or, parmi les Ouïgours, il n’y a personne qui est vraiment un leader et elle est là, selon lui, la principale différence.

Une autre hypothèse avancée par M. Saint-Jacques, c’est le mysticisme qui règne autour du dalaï-lama et du bouddhisme tibétain.

Pour les Occidentaux, il y a un côté sympathique et attirant là-dedans qu’ils ne retrouvent pas dans la culture musulmane ouïgoure – qu’ils connaissent d’ailleurs beaucoup moins.

Les signataires de la lettre espèrent toutefois que leur initiative contribuera à sensibiliser les Canadiens à la cause des Ouïgours. On souhaite à terme aller chercher beaucoup plus d’appuis, conclut la députée Heather McPherson.

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