•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le plan pour éviter une troisième vague

Alors que l’Ontario et le Québec se déconfinent partiellement, des chercheurs réclament l’adoption d’une stratégie nationale d’éradication du virus, à l’instar des pays qui maîtrisent le mieux la situation. Un chemin éprouvé pour éviter un nouveau confinement en attendant l’arrivée des vaccins.

Un couple portant des masques chirurgicaux marche dans une rue.

Une troisième vague de COVID-19 frappe la Corée du Sud.

Photo : Reuters / KIM HONG-JI

Binh An Vu Van

« Ce qu’il ne faut surtout pas faire, c’est déconfiner alors que le nombre de cas quotidien n’est pas encore suffisamment faible. Il ne faut pas déconfiner trop tôt », insiste le Dr Andrew Morris, spécialiste en maladies infectieuses à Toronto. « Sinon, inévitablement, le nombre de cas va remonter, comme toujours, de manière exponentielle. »

Le Dr Andrew Morris a lancé en novembre dernier le mot-clic #COVIDzero (#Covid0 ou #NoMoreWaves), un mouvement derrière lequel se rangent de plus en plus d’experts, de médecins, d'épidémiologistes, etc. Ils ont un plan pour arriver à maîtriser l’épidémie.

Portrait d'Andrew Morris.

Andrew Morris est spécialiste en maladies infectieuses à Toronto.

Photo : Radio-Canada

Ils réclament que le Canada et ses provinces agissent fermement pour réduire le nombre de cas à près de zéro, afin que toute éclosion future puisse être contenue sans confinement. L’idée de #COVIDzero est venue en observant les pays qui s’en sont le mieux tirés et ceux qui ont échoué.

Ashleigh Tuite, épidémiologiste et modélisatrice à l’Université de Toronto, appuie aussi l’idée : Pourquoi ne pas tenter de faire mieux que d’avancer à tâtons comme nous le faisons depuis des mois? Pourquoi ne pas cesser de simplement réagir à ce qui s’en vient directement devant nous? De l’avis général, il existe un chemin pour s’en sortir.

Éradication ou mitigation

Ces chercheurs observent, en rétrospective, que les réactions des différents pays face à la pandémie peuvent être catégorisées en deux grands types : celles qui ont visé l’éradication et celles qui ont visé la mitigation.

Plus nous comprenons comment gérer la COVID-19, plus il devient clair que les pays qui ont tenté de supprimer agressivement le virus sont ceux qui s’en sont le mieux sortis, explique le Dr Irfan Dhalla, chercheur à l’école de santé publique Dalla Lana, de l’Université de Toronto. Déjà au printemps dernier, il avait publié une lettre dans le Globe and Mail (Nouvelle fenêtre) demandant au gouvernement fédéral de cibler l’éradication.

Ceux qui ont visé l’éradication du virus ont agi rapidement, fermant leurs frontières tôt et ne tolérant aucune éclosion. Ils ont aussi abondamment testé, tracé et isolé à l’aide d’outils technologiques, d'applications téléphoniques ou de grandes équipes d’enquêteurs. Parmi ces pays, il y a la Chine, la Corée du Sud, Taïwan, le Vietnam, la Nouvelle-Zélande, l’Australie.

Ces pays ont eu peu recours au confinement, ont connu relativement peu de cas – quelques dizaines de milliers – et n’ont aujourd’hui pratiquement aucune circulation communautaire. La plupart sont revenus à une vie presque normale.

Une femme verse de la bière dans un verre derrière le comptoir d'un bar. Quelques clients sont attablés non loin de là.

Le nombre de clients que les bars peuvent accueillir en Nouvelle-Zélande varie selon le niveau d’alerte. Les bars doivent imposer des mesures de distanciation sociale et enregistrer les contacts des clients pour pouvoir les retrouver en cas de flambée des contaminations.

Photo : Getty Images / Phil Walter

De l’autre côté, les pays qui ont ciblé la mitigation ont tenté d’aplatir la courbe juste assez pour protéger le système hospitalier, prêts à vivre avec le virus, prêts à rouvrir une fois le système hospitalier sauvegardé.

C’est le choix de la majorité des pays occidentaux, dont plusieurs ont recensé des millions d’infections, plusieurs vagues et mis en place des confinements prolongés jusqu’à ce jour. C’est aussi selon ce principe qu’à l’automne, au lieu d’adopter des confinements sévères, le Canada, comme bien d’autres, a adopté des confinements partiels ou modifiés : Ce sont des confinements qui tentent d’épargner certains secteurs de l’économie et les écoles, observe Ashleigh Tuite.

Le Dr Irfan Dhalla observe : Plus la pandémie progresse, plus il est clair que la stratégie de modération adoptée par beaucoup de pays a mené à des deuxièmes vagues importantes.

Plusieurs personnes marchent avec un masque.

La pandémie de COVID-19 a durement frappé l'Italie.

Photo : Reuters / Daniele Mascolo

Le pire scénario, c’est celui des montagnes russes, où les gouvernements doivent confiner à répétition parce qu’ils ne réduisent pas assez le nombre de cas en circulation, observe Thomas Hale, chercheur en politique publique mondiale à l’Université d'Oxford.

Ce chercheur fait un suivi des mesures adoptées par tous les pays du monde dans son Coronavirus Government Response Tracker (Nouvelle fenêtre). Ainsi, vous tuez votre économie à de multiples reprises, sans jamais récolter les bénéfices sur la santé publique.

C’est précisément pour éviter une nouvelle vague que les chercheurs réclament la mise en place du plan #COVIDzero. Il a notamment été présenté dans un article publié en décembre dans le Journal de l’Association médicale canadienne (Nouvelle fenêtre).

D’abord, il faut mettre en place toutes les mesures nécessaires aux frontières pour empêcher le virus de pénétrer au pays. Ensuite, on doit ramener, par des confinements fermes, le nombre de cas à zéro, en apportant le soutien nécessaire aux commerces ainsi qu’aux individus devant s’isoler. Le tout doit être assorti d’un message gouvernemental clair.

Des voyageurs forment une file d'attente à l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau de Montréal.

Le gouvernement Trudeau a annoncé que les voyageurs qui entrent au pays devront s'isoler pendant deux semaines, dont trois jours à l'hôtel à leurs frais.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Mais ce n’est pas tout. Cette période de confinement doit servir à mettre en place un système de tests et de traçage agressif. Ainsi, une fois le nombre de cas abaissé, il sera possible de contenir rapidement toute éclosion future, d'éviter une nouvelle vague et d'en finir avec les confinements. Bien sûr, il reste des éclosions occasionnelles en Australie, au Vietnam ou en Nouvelle-Zélande, mais elles sont maîtrisées très rapidement, explique le Dr Irfan Dhalla.

Thomas Hale, de l’Université d'Oxford, ne parle pas explicitement de #COVIDzero, mais nomme précisément ces étapes pour maîtriser l’épidémie : Mettez en place ces éléments, et vous n’aurez pas de prochaine vague. Il poursuit : Des pays de toute région, de tout type, avec des niveaux de ressources divers, sont ainsi parvenus à contrôler leur épidémie. À mon avis, aucun gouvernement ne peut dire que c’est trop difficile. Il n’y a aucune excuse valable pour ne pas y parvenir.

Le reportage de Binh An Vu Van et d'Hélène Morin est diffué à Découverte sur ICI Télé le dimanche à 18 h 30 et à ICI RDI le samedi à 18 h 30.

Un système de tests et de traçage à améliorer

C’est au sujet des tests et du traçage que le Canada a fait défaut dans la dernière année, selon plusieurs observateurs. Et c’est aujourd’hui encore la plus grande leçon à tirer des pays asiatiques, selon le Dr Tim Evans, ancien sous-directeur de l’Organisation mondiale de la santé : L’Europe, le Canada, les États-Unis ont sous-estimé la difficulté de gérer ce virus, malgré les avertissements des épidémiologistes. On s’est dit qu'on allait voir ce qui allait arriver. On a perdu du temps.

Et puis, les services de santé publique sont généralement petits. Ils ne comptent que quelques employés, observe Tim Evans. Lorsqu’ils ont voulu réagir et embaucher 10 ou 100 fois le nombre de personnes, ils se sont rendu compte que c’était très difficile à faire. Il y a beaucoup d’inertie organisationnelle, décisionnelle, budgétaire.

Portrait de Tim Evans.

Tim Evans a été sous-directeur de l’Organisation mondiale de la santé.

Photo : Radio-Canada

Thomas Hale remarque : Au printemps, lorsque la majorité des pays européens se sont rendu compte qu’il fallait agir, il était trop tard pour mettre en place des systèmes sophistiqués de tests et de traçage.

Pourtant, l’été venu, le nombre de cas quotidien au Québec était autour de 40, et de moins de 300 au Canada. Le moment aurait été idéal pour suivre la voie des pays asiatiques et mettre en place ces systèmes de tests et de traçage : Nous avons manqué notre chance; nous aurions pu éviter une seconde vague, dit Andrew Morris.

Tout le monde était au courant des mesures à prendre pendant l’été. Nous avons perdu trois mois très importants, observe Tim Evans. En septembre, en pleine seconde vague, lorsque le gouvernement ontarien a annoncé qu’il allait embaucher 500 personnes pour faire du traçage, je me suis dit : "Pourquoi maintenant?" Il aurait fallu embaucher 5000 personnes, et en juin, pour faire du traçage!

Il n’est toutefois pas trop tard pour mettre en place un tel système de tests et de traçage, alors que le nombre de cas commence à redescendre partout au pays.

Si nous investissons immédiatement dans les tests, le traçage et l’isolation, nous allons bénéficier d’un bien meilleur printemps et d'un bien meilleur été que si nous poursuivons comme nous le faisons en attendant le vaccin.

Une citation de :Irfan Dhalla

D’ailleurs, le Dr Irfan Dhalla remarque que la stratégie d’éradication existe déjà au Canada sans avoir été nommée de manière explicite : Le Nouveau-Brunswick et le Québec partagent une frontière entre eux et une autre avec les États-Unis. Une province s’en est très bien sortie, l’autre souffre énormément. Pourquoi? Parce que le Nouveau-Brunswick a cherché à empêcher complètement le virus d’entrer dans la province, mais pas le Québec.

File d'attente d'automobilistes au point de contrôle entre le Madawaska et le Témiscouata.

Un barrage à la frontière entre le Nouveau-Brunswick et le Québec (archives)

Photo : Radio-Canada / Alain Fournier

À ceux qui s’inquiètent de la faisabilité d’un tel projet compte tenu de la longue frontière partagée avec les États-Unis, le Dr Andrew Morris répond : À mon avis, c’est possible, pourvu qu’il y ait une volonté politique. S’il n’y a pas de volonté politique en ce moment, c’est qu’il n’y a pas de volonté du public. Et la raison pour laquelle il n’y a pas de volonté du public, c’est que personne ne l'a informé qu’il existait une autre option. Qu’il y avait une alternative.

Ashleigh Tuite en appelle à un débat public : Ce n’est pas à des médecins dans un bureau de prendre ces décisions. C’est une conversation ouverte que nous devons avoir sur nos priorités et la direction à prendre.

Le Dr Andrew Morris décrit les deux choix ainsi : Que préférez-vous? Souffrir une fois, avec une date de fin fixe, puis retrouver pour de bon une liberté, sans nouveau confinement, ou alors, souffrir longtemps, à répétition? Personne ne choisira la seconde option.

Les gouvernements ont souvent opposé économie et santé. C’est un paradoxe qui s’est révélé faux cette année, dit Ashleigh Tuite.

Le 1er janvier 2021, des gens marchent le long d'un centre commercial à Wuhan, dans la province centrale du Hubei, en Chine.

Les experts pourraient se rendre à Wuhan vers le 20 janvier, un an après la mise en quarantaine de cette métropole de 11 millions d'habitants.

Photo : Getty Images / NOEL CELIS

Le pays dont l'économie croît le plus cette année est la Chine, observe Thomas Hale. On présente souvent des arguments économiques pour contester les mesures de contrôle, mais c'est une vision à court terme. Et ces derniers mois, à mon avis, ces arguments se sont évaporés.

Toute épidémie aura des effets sur l’économie. Le seul moyen d'atténuer les effets de la maladie sur l’économie et la société, c’est de combattre la maladie elle-même, résume Andrew Morris.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !