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La Fraternité des policiers de Montréal accuse la mairesse d'« ingérence politique »

Yves Francoeur en commission parlementaire.

Yves Francoeur demande à Valérie Plante de ne plus se mêler de l'enquête policière en cours.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Le syndicat des policiers de Montréal dénonce les propos tenus jeudi par Valérie Plante en lien avec l'affaire Camara. Son président, Yves Francoeur, accuse la mairesse d'« ingérence politique ».

Dans un courriel transmis vendredi à son cabinet, la Fraternité des policiers et policières de Montréal souligne que les plus récents commentaires de Mme Plante ont provoqué un profond malaise.

Sur le plan des principes les plus élémentaires, il était sidérant de vous entendre, en plein point de presse, présumer des conclusions d’une enquête de police complexe, délicate, et surtout, encore intensément active, écrit Yves Francoeur.

Il était également surréel de vous entendre réclamer une enquête neutre tout en énonçant vos propres conclusions, ajoute-t-il.

La délicate question du profilage

Dans son courriel, le président de la Fraternité reproche aussi à la mairesse Plante son évocation du profilage racial – une allusion qu'il juge extrêmement déplorable.

Malheureusement, [cette évocation] ne fait que s’inscrire dans votre tendance, en cette matière, à tenir des propos insidieux et à attiser des perceptions négatives à l’égard de vos policiers et policières, écrit M. Francoeur.

Ce faisant, vous jetez de l’huile sur le feu, nuisez au climat social et compliquez encore davantage la tâche de ceux et celles qui ont la responsabilité d’assurer la sécurité des Montréalaises et des Montréalais, poursuit-il.

Nous espérons que vous saurez dorénavant vous comporter de façon plus responsable en évitant que vos biais idéologiques interfèrent avec votre nécessaire devoir de réserve, conclut le président du syndicat, qui a refusé notre demande d'entrevue.

Montréal, Québec et Ottawa sur la même longueur d'onde?

En guise de réplique, le cabinet de la mairesse a fait parvenir à Radio-Canada une déclaration dans laquelle il rappelle que Mme Plante a demandé une enquête neutre afin de faire la lumière sur le processus qui a mené à l’arrestation et à la détention pendant six jours et cinq nuits de M. Camara, un citoyen montréalais, tout comme l’ont aussi demandé la ministre de la Sécurité publique du Québec et le premier ministre du Canada.

Or ce n'est pas tout à fait ce qu'ont soutenu Geneviève Guilbault et Justin Trudeau.

Les circonstances ayant conduit à la mise en accusation de M. Mamadi Fara Camara doivent être examinées, a tweeté la ministre de la Sécurité publique, jeudi. Nous travaillons avec la Ville de Montréal sur la formule la plus optimale tout en respectant l’enquête du SPVM, qui est toujours en cours.

Quant au premier ministre Trudeau, qui a été questionné précisément sur le sujet vendredi, il a déclaré qu'il avait confiance que les autorités [mettent] en place les mesures nécessaires pour faire la lumière sur cette situation troublante.

Je pense que tous les citoyens, dont moi en tant que député de la communauté affectée, [veulent] avoir des réponses claires [...] et on va juger les autorités [et] les institutions selon les processus et les réponses qu’elles parviennent à nous donner.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Je pense que toutes les personnes en place sont très conscientes qu’elles vont devoir donner des réponses très claires et très ancrées dans les vrais faits pour rassurer les citoyens, pour donner [aux] citoyens une confiance qu’ils doivent continuer à avoir dans nos institutions, a conclu le premier ministre.

Mamadi Camara, entouré de nombreuses personnes, marche vers la caméra.

Mamadi Camara à sa sortie de la salle d'audience au palais de justice de Montréal

Photo : Radio-Canada

Arrêté, incarcéré et inculpé pour avoir présumément désarmé et blessé un policier la semaine dernière dans le quartier Parc-Extension, Mamadi III Fara Camara a recouvré sa liberté mercredi en raison d'un arrêt des procédures annoncé par le DPCP, qui s'est justifié vendredi par communiqué.

Le principal intéressé ne s'est pas encore prononcé publiquement sur son sort ni sur les recours qui pourraient être entrepris.

Une piste à suivre

En attendant, l'enquête du SPVM se poursuit. Un poste de commandement a été installé dans l'arrondissement de LaSalle, où un véhicule suspect a été localisé.

Évoquant jeudi une enquête exceptionnellement complexe, le corps de police a expliqué par communiqué que de nouveaux éléments recueillis au cours des derniers jours permettaient maintenant d’envisager la présence d’une personne additionnelle sur la scène de l’événement, le soir du crime.

En fin de journée, son directeur Sylvain Caron s'est dit prêt à présenter des excuses à M. Camara « au moment opportun ».

Questionné pour savoir si le principal intéressé avait été victime de profilage racial, le chef de police de Montréal a répondu par la négative.

On n’est pas dans une situation de profilage, on est dans une situation d'enquête criminelle, a-t-il souligné. Et il y a des faits, des observations et des témoins qui nous ont amenés à procéder à des gestes, alors on est loin d'une situation de profilage racial actuellement.

De la poudre aux yeux

La Ligue des Noirs du Québec ne voit pas les choses du même œil.

L'affaire Mamadi Camara nous oblige à réfléchir sérieusement à l'attitude du SPVM, écrit-elle dans un communiqué transmis aux médias vendredi après-midi.

Selon l'organisme, la police a agi avec beaucoup trop de précipitation en décidant d’emprisonner Mamadi Camara et l’argument de la complexité de l’enquête est de la simple poudre aux yeux.

Si l’enquête était si ardue, si complexe, c’était une raison de plus pour ne pas faire en sorte de détenir Mamadi Camara pendant six jours, estime-t-il, jugeant qu'il aurait plutôt fallu le libérer sous simple promesse de comparaître.

La Ligue des Noirs du Québec déplore en outre que le service de police s'obstine à présenter au public Mamadi Camara comme étant toujours possiblement le criminel ayant attaqué son agent, malgré la preuve vidéo et les témoins.

Il y a des limites à vouloir prendre les gens pour des idiots.

Extrait d'un communiqué de la Ligue des Noirs du Québec

Enfin, les auteurs du communiqué saluent la réactivité de la mairesse Valérie Plante, qui a exigé une enquête indépendante, tout en se demandant où diable se cache la nouvelle commissaire à la lutte contre le racisme et la discrimination systémique de la Ville de Montréal, Bochra Manaï.

Si celle-ci ne se manifeste pas dans les moments de crise comme celui de l’affaire Mamadi Camara, que penser? demandent-ils.

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