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Aujourd’hui décriés, les pipelines pourraient être essentiels à une économie verte

Trois travailleurs s'affairent sur une canalisation.

Les pipelines existants pourront être convertis pour accueillir de l'hydrogène.

Photo : La Presse canadienne / John Woods

Énergie Est, Trans Mountain, Keystone XL, Coastal Gas Link sont autant de pipelines devenus synonymes de controverses. Ce réseau de canalisations sera cependant vital au transport de l’hydrogène, une énergie vue comme une composante clé des ambitions de carboneutralité du Canada.

Les rêves de croissance du gouvernement fédéral dans ce domaine sont en effet ambitieux. Dans sa stratégie dévoilée à la mi-décembre, le gouvernement fédéral affirme que le tiers des besoins énergétiques seront comblés par l’utilisation de l’hydrogène comme source d’énergie.

Des compagnies de pipelines intéressées

Sans moyen de transport pour cet hydrogène, il n’y aura cependant pas de nouveau réseau énergétique, explique Dan Wicklum, le président-directeur général de l’Accélérateur de transition, un organisme à but non lucratif qui réfléchit aux défis énergétiques de demain.

Plusieurs solutions existent, mais la plus sûre et la moins coûteuse pour transporter du gaz reste les pipelines, indique M. Wicklum.

Qu’est-ce que l’Accélérateur de transition?

Il s’agit d’un organisme à but non lucratif fondé au printemps 2019. Il se propose de trouver de nouvelles solutions pour transformer des régions et des secteurs et répondre aux changements climatiques. 

En plus de l’hydrogène, l’Accélérateur dit aussi travailler sur les questions de transport personnel, d’agroalimentaire et d’électrification. 

L’Accélérateur s’appuie sur trois directeurs de recherche: James Meadowcroft, professeur en sciences politiques à l’Université Carleton, Normand Mousseau, professeur de physique à l’Université de Montréal et David Layzell directeur de l’initiative CESAR à l’Université de Calgary. Son travail le conduit toutefois à s’allier avec des municipalités, des entreprises et des chercheurs. 

L’organisme a été financé au départ par cinq fondations philanthropiques : la fondation Ivey, Jarislowsky, McConnell, la fondation familiale Trottier et la fondation communautaire d’Edmonton.

Dan Wicklum assis sur un canapé.

Dan Wicklum gère un organisme qui étudie les voies vers une économie de l'hydrogène.

Photo : Radio-Canada

Le potentiel de cette nouvelle économie n’a pas échappé aux compagnies de pipelines.

Nos membres sont très engagés dans ce domaine, puisque les pipelines seront vitaux au développement à long terme d’une économie de l’hydrogène. Il y a de nombreuses occasions d’affaires, affirme Chris Bloomer, le président de l’Association canadienne des pipelines d’énergie (ACPE).

Lors de sa conférence téléphonique, à la fin du mois d'octobre, le PDG de la compagnie TC Énergie, François Poirier, avait également signifié son intérêt. Nous en sommes aux prémices, mais nous voyons vraiment [l’hydrogène] comme une occasion d’investir des capitaux supplémentaires, avait-il dit.

Trois solutions de transport

Dans un premier temps, l’hydrogène pourrait en effet être mélangé au gaz naturel dans les canalisations.

Une canalisation sur laquelle est apposée un autocollant où l'on peut lire, en anglais, gaz naturel.

Au moins deux entreprises ont lancé des projets pilotes de mélange de l'hydrogène au gaz naturel pour le chauffage résidentiel.

Photo : Autre banques d'images / Guy Leblanc

La compagnie de distribution de gaz ATCO a ainsi lancé un projet pilote de mélange de 5 % d’hydrogène à Fort Saskatchewan, en banlieue nord-est d’Edmonton.

Enbridge ajoutera également 2 % d’hydrogène dans ses canalisations alimentant 3600 résidents de Markham, en Ontario. Les résultats de ce projet pilote permettront à la compagnie de poursuivre des projets supplémentaires et à plus grande échelle de mélange d’hydrogène.

Au-dessus d’une proportion de 15 % à 20 % d’hydrogène, ce gaz pourrait toutefois causer des dommages aux canalisations en fonction de leur âge et des matériaux utilisés. Les pipelines devront être rénovés pour pourvoir faire face à une plus grande concentration.

L’autre solution est de construire un nouveau réseau de pipelines entièrement consacrés à l’hydrogène : des hydrogénoducs. Le gouvernement fédéral note toutefois que l’investissement initial serait élevé.

L’Europe en avance

À quoi ressemblera le réseau d’hydrogène au Canada? Personne ne veut trop se mouiller.

Il y a beaucoup d’incertitudes. À quelle vitesse les camions à l’hydrogène, le chauffage à l’hydrogène se développeront-ils? C’est vraiment difficile de définir nos besoins en infrastructures, puisque la demande et l’offre se développent en même temps, en ce moment même, explique M. Wicklum.

Chris Bloomer fait preuve de la même prudence. Intégrer jusqu’à 20 % d’hydrogène dans les gazoducs existants représente déjà une production énorme de gaz par rapport à la production actuelle, note-t-il.

Arriver à 100 % d’hydrogène, cela va prendre du temps.

Une citation de :Chris Bloomer, président de l'ACPE

L’Union européenne mène cependant la charge tambour battant. Après la publication d’une stratégie, cet été, une douzaine de compagnies gazières ont établi la colonne vertébrale de l’hydrogène pour l’Europe.

Selon leurs plans (Nouvelle fenêtre) (en anglais), en 2040, 23 000 km de pipelines relieront des vallées de l’hydrogène, dont 75 % seront des canalisations de gaz naturel converties. Le coût total est estimé entre 27 et 64 milliards d'euros.

Une énergie déjà débattue

Si ce réseau se concrétise, sera-t-il mieux accepté de la population? Chris Bloomer et Dan Wicklum sont convaincus que l’opposition ne tient pas au mode de transport, mais au contenu des tuyaux.

Un chemin de fer bloqué, une affiche indique «pas de pipeline».

L'opposition est-elle contre les pipelines en général ou contre ce qu'ils transportent?

Photo : Radio-Canada / Craig Ryan

Déjà, toutefois, des débats se dessinent. Des groupes environnementaux comme Environmental Defence ont dénoncé la prévalence de l’hydrogène fossile, un hydrogène produit à partir du gaz naturel et couplé à la capture et à la séquestration du carbone.

Ils encouragent plutôt une stratégie basée exclusivement sur l’hydrogène vert produit à partir des énergies renouvelables.

L'organisme Les amis de la Terre en Europe affirme que les intérêts des compagnies d'hydrocarbures vampirisent le débat. L'investissement coûteux dans l'hydrogène pourrait être utilisé pour d'autres technologies plus vertes, selon lui.

Le gouvernement fédéral n’a pas encore pris position dans ce débat.

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