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Vaccins contre la COVID-19 : Trudeau défend bec et ongles son plan d'approvisionnement

Justin Trudeau au micro devant sa maison.

Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, lors d'un point de presse devant sa résidence le 5 février 2021

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Mathias Marchal

Justin Trudeau s'est appliqué vendredi à défendre bec et ongles le plan d'approvisionnement en vaccins contre la COVID-19 de son gouvernement, malgré les nombreux retards de livraison qui le perturbent depuis des semaines.

En conférence de presse, le premier ministre canadien a répété sans relâche que ces délais ne modifient en rien les objectifs annoncés : Pfizer et Moderna sont en voie de livrer les six millions de doses de vaccins attendues d'ici la fin de mars, a-t-il réitéré, et tous les Canadiens qui voudront être vaccinés le seront d'ici la fin de septembre.

Questionné pour savoir s'il assume une part de responsabilité dans ces délais de livraison, Justin Trudeau a évité de répondre, préférant expliquer qu'il comprend la frustration qu'éprouvent de nombreux Canadiens et que son gouvernement fait tout ce qu'il peut pour améliorer la situation.

Il était plus précisément interrogé sur les critiques du ministre québécois de la Santé, Christian Dubé, formulées tout juste avant la conférence. Le ministre se désolait du fait que le Québec ne vaccine presque plus personne, alors qu'il est prêt à le faire massivement. C'est comme si on avait une voiture neuve, bien réglée, puissante, solide, mais qu’on n’avait pas d’essence, a illustré M. Dubé.

Je comprends que les provinces sont en train de faire face à des défis énormes, que ce soit sur le plan des fermetures, de la fatigue des citoyens, de la pression sur nos travailleurs dans nos systèmes de santé, des tragédies qui continuent malgré tous les efforts de tout le monde dans nos CHSLD, a rétorqué M. Trudeau.

On voudrait que tout le monde soit vacciné d’ici une semaine ou deux. Malheureusement, la production mondiale ne permet pas d’aller à ce rythme.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Effectivement, d’une semaine à l’autre, il y a des défis. L’usine de Pfizer en Belgique est en train de faire des manœuvres pour […] ajouter des millions de doses à sa production. C'est une bonne chose, mais ça a créé un délai temporaire dans la livraison de Pfizer, a-t-il ajouté en évoquant les retards malheureux dans la vaccination des aînés.

Depuis quelques semaines déjà, le gouvernement ne cesse d’annoncer des réductions du nombre de doses de vaccins livrées au pays, contrariant les plans de vaccination des provinces. Ces retards touchent les deux seuls vaccins qui ont reçu l’autorisation de Santé Canada, soit ceux de Pfizer-BioNTech et de Moderna.

Le premier ministre n'a donné aucun signe qu'il entendait publier les contrats conclus avec les entreprises pharmaceutiques pour offrir plus de transparence aux Canadiens. Il n'a pas voulu dire non plus si ces contrats prévoient des pénalités en cas de bris d'engagement de la part de ces entreprises.

Le gouvernement canadien a par ailleurs été critiqué cette semaine pour avoir accepté de recevoir des doses de vaccin distribuées en vertu du mécanisme COVAX, mis en place par l’Organisation mondiale de la santé.

Là encore, M. Trudeau a défendu l'approche de son gouvernement en expliquant le fonctionnement de COVAX. Quand les pays les plus riches investissent dans ce mécanisme, la moitié du financement permet d'acheter des doses pour eux et l'autre permet d'acheter des doses pour des pays à revenus faibles ou moyens.

Autrement dit, notre contribution a toujours eu pour but d'acheter des doses de vaccins pour les Canadiens et de soutenir des pays à revenus faibles. [...] Le Canada est déterminé à s'assurer que le reste du monde ne sera pas oublié en matière de vaccination.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Le Bloc exige un plan crédible de distribution de vaccins

Avant le point de presse de M. Trudeau, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, avait invité le premier ministre à faire acte de contrition quant à sa politique d’approvisionnement.

Il y aura des délais, ils seront significatifs, et les objectifs exprimés par le gouvernement ne semblent plus être accrédités par qui que ce soit d’autre que le gouvernement lui-même, a-t-il lancé.

Il est vain, il est inutile de continuer à prétendre que les objectifs annoncés vont être atteints et que tout ira bien, Votre Majesté. Ça n’arrivera pas.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Afin de donner plus de prévisibilité aux provinces, le gouvernement devrait, selon M. Blanchet, publier les contrats signés avec les pharmaceutiques, y compris les modalités de livraison qu’ils contiennent.

Sur la base de cette information, le gouvernement canadien devrait déposer un nouvel échéancier crédible pour la livraison de vaccins.

Ça brasse en comité

Les retards de livraison et le manque de transparence supposé du gouvernement ont aussi été au menu du Comité permanent de la santé, vendredi après-midi.

Talonnée par les partis d’opposition, la ministre fédérale des Services publics et de l’Approvisionnement, Anita Anand, a souligné devant le Comité qu’elle était liée par des clauses de confidentialité. À ma connaissance, on est le seul pays qui rend publics ses échéanciers de livraison, a-t-elle déclaré.

Le député conservateur Pierre Paul-Hus venait de brandir les contrats des États-Unis et de l’Union européenne avec AstraZeneca et celui d’Israël avec Pfizer qui ont été rendus publics, même s'ils ont été abondamment caviardés. On y lit que les objectifs de livraison sont déterminés de façon hebdomadaire ou mensuelle et non pas trimestrielle, comme c’est le cas avec le Canada.

Le Canada semble très mal barré avec la négociation des contrats.

Pierre Paul-Hus

Mme Anand a répété que les six millions de doses attendues d’ici la fin de mars seront livrées comme prévu, même si plusieurs spécialistes et politiciens en doutent. Les entreprises Moderna et Pfizer ont mentionné que les retards sont temporaires, que les livraisons vont s’accélérer de façon importante en mars et très importante au deuxième trimestre, a-t-elle insisté.

La ministre fédérale de l’Approvisionnement, Anita Anand, regarde à sa droite, l'air attentif.

La ministre fédérale de l’Approvisionnement, Anita Anand, assure que le Canada est en bonne voie pour atteindre son objectif de faire vacciner tous les Canadiens qui le désirent d'ici septembre.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Mme Anand a mentionné avoir tenté de contacter l’administration Biden afin d’obtenir des vaccins de Pfizer et de Moderna produits aux États-Unis, mais sans succès jusqu’ici.

En comité, la ministre fédérale de la Santé, Patty Hajdu, a indiqué que 21 % de la population des Territoires du Nord-Ouest a reçu une première dose, et que le taux est de 11 % au Nunavut et de 9 % au Yukon.

Le Canada a déjà reçu plus de 1,1 million de doses, et tous les Canadiens qui le souhaitent auront été vaccinés d’ici la fin de septembre, a-t-elle répété. Ce délai pourrait même être raccourci si les vaccins en attente d’approbation obtiennent l’aval de Santé Canada.

Certains députés du Comité permanent de la santé craignent que le rattrapage des retards de livraison crée des goulots d’étranglement dans les livraisons aux provinces, occasionnant indirectement le gaspillage de certaines doses de vaccin.

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