•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Une aînée anichinabée « choquée et insultée » de l'accord Tewin, à Ottawa

La femme devant un pilier de béton.

Claudette Commanda se dit choquée et insultée d'entendre le maire qualifier un accord de geste de réconciliation.

Photo : Radio-Canada / Joe Lofaro

Radio-Canada

Il y a une semaine, elle a offert une bénédiction au début de la première réunion du conseil municipal d'Ottawa en 2021. Aujourd'hui, elle se dit « choquée et insultée » d'entendre le maire qualifier un accord foncier avec les Algonquins de l'Ontario (AOO) et leur partenaire Taggart de « réconciliation ».

N'appelez pas cela une réconciliation s'il ne s'agit que d'un simple achat de terrain, a déclaré Claudette Commanda, aînée anichinabée. Vous êtes juste en train de terminer cela avec un joli papier rouge et de l'appeler réconciliation. Et ce n'est pas le cas.

Mme Commanda, qui a enseigné à l'Université d'Ottawa et dirigé un certain nombre d'organismes voués à la promotion des droits, de l'histoire et de la culture des Premières Nations, est l'un des leaders autochtones les plus connus de la région.

Elle s'était tenue aux côtés du maire d’Ottawa, Jim Watson, lorsqu'il avait annoncé le plan de réconciliation de la Ville. Lors de la réunion de la semaine dernière, le conseil a renommé une rue en l'honneur de son grand-père William Commanda, et M. Watson a proposé de renommer le pont Prince-de-Galles en l'honneur du défunt chef de Kitigan Zibi.

C'est pourquoi elle se dit surprise et contrariée que le maire ne pense pas à la contacter - ou d'autres Anichinabés de la région - avant de qualifier une proposition de planification de réconciliation.

Les yeux fermés, Claudette Commanda parle dans un microphone et tient des plumes.

Claudette Commanda dirige une prière à Gatineau en 2013, dans la foulée du mouvement de protestation Idle No More.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Et si le conseil approuve le plan, de plus en plus controversé, d'inclure des terres appartenant aux AOO dans la zone urbaine d'Ottawa au nom de la réconciliation, Mme Commanda dit qu'il effacera presque toutes les bonnes relations établies avec la nation algonquine.

Si le conseil municipal ne fait pas ce qu'il faut, alors il fait partie du problème, a-t-elle déclaré. Alors, prenez ce plan de réconciliation […] déchirez-le et jetez-le parce que vous êtes retourné cent cinquante ans en arrière.

Des terres ajoutées au dernier moment

Mme Commanda se joint aux multiples voix qui s'opposent à un plan soutenu par M. Watson et de nombreux conseillers municipaux pour approuver - pour la réconciliation - un plan du regroupement des AOO et de leur partenaire Taggart pour créer une communauté durable de 45 000 résidents appelée Tewin dans la partie sud-est de la ville.

Le personnel de planification de la Ville a donné une cote inférieure au terrain et a recommandé que la proposition des AOO soit analysée plus en détail au cours des prochaines années avant d'autoriser le projet dans la zone urbaine.

Mais une motion surprise qui faisait référence au plan d'action vérité et réconciliation de la Ville appelait à inclure les 445 hectares dans la zone urbaine et a été approuvée par neuf conseillers la semaine dernière.

Le conseil devrait discuter de la question lors de sa réunion de mercredi prochain.

Des dirigeants algonquins consternés

Au cours des derniers jours, un nombre croissant de dirigeants algonquins de toute la région ont déclaré qu'ils ne considéraient pas l'accord comme une véritable réconciliation et exigeaient qu'ils soient consultés sur la planification.

Nous écrivons pour exprimer nos vives objections et nos inquiétudes quant à la manière dont la Ville d'Ottawa aborde ce qu'elle appelle la réconciliation avec les groupes autochtones, a écrit le chef Dylan Whiteduck, de Kitigan Zibi, dans une lettre ouverte adressée au conseil jeudi.

La réconciliation doit avoir les ingrédients appropriés avant qu'elle ne soit qualifiée ainsi, ajoute-t-il.

Verna Polson, la grande chef du Conseil tribal de la nation algonquine Anishinabeg, a également été consternée d'apprendre le soutien du maire au plan AOO-Taggart.

Si la Ville d'Ottawa veut vraiment soutenir les vraies Premières Nations et prendre des mesures concrètes vers la réconciliation, nous conseillons fortement à la Ville d'Ottawa de s'opposer ou de reporter la décision sur la proposition, a écrit Mme Polson dans une lettre envoyée par courriel au maire.

Les Algonquins de l'Ontario (AOO) sont un groupe qui a été formé en 2004 et qui est reconnu au provincial et au fédéral pour négocier des revendications territoriales avec le gouvernement. Les Algonquins de Pikwàkanagàn sont la seule Première Nation algonquine reconnue par le gouvernement fédéral dans le groupe AOO, ce qui a amené d'autres Premières Nations algonquines à soutenir que de nombreux membres de l'organisation ontarienne ont de faibles revendications d'ascendance autochtone.

Certains conseillers veulent suspendre le projet

Certains conseillers demandent également que le plan Tewin soit suspendu. Le conseiller Scott Moffatt a déclaré qu'il y avait un désir de réconciliation à tous les niveaux de gouvernement, y compris au niveau municipal. Ils essaient tous de trouver exactement comment faire cela, et ils ne le font probablement pas toujours correctement, a soutenu le conseiller.

M. Moffatt, qui a voté contre l'autorisation du projet Tewin dans la zone urbaine, a déclaré que la proposition d'AOO-Taggart pour une communauté durable qui soit accessible à pied, axée sur les transports en commun et offrant une gamme de logements, est attrayante et peut-être possible, mais nécessite une étude plus approfondie, comme le recommandent les urbanistes.

Je ne pense pas qu'attendre cinq ans pour bien faire les choses soit une mauvaise chose, ajoute-t-il.

Certains conseillers ne savent pas non plus comment la réconciliation s'inscrit dans la prise de décisions en matière de planification. Le conseiller Jeff Leiper, qui a également voté contre l'ajout des terres Tewin, a déclaré qu'il était préoccupé par le fait que la nouvelle communauté contribuerait à l'étalement urbain et à la manière dont le concept de réconciliation s'inscrit dans l'équation.

Le conseiller Mathieu Fleury a déclaré que si le conseil veut faire valoir que l'ajout des terres Tewin dans la limite urbaine fait partie de la réconciliation, nous avons besoin des conseils d'experts qui peuvent nous conseiller sur notre propre plan de réconciliation.

Avec les informations de Joanne Chianello, de CBC, et du journaliste Antoine Trépanier

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !