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Annuler le congé de mars? Une option « désastreuse », disent les enseignants en Ontario

Les experts, eux, ont des opinions partagées.

Une classe vide avec, en avant-plan, une bouteille de désinfectant.

Le ministre de l'Éducation en Ontario, Stephen Lecce, a évoqué la possibilité d'annuler la semaine de relâche, pour limiter les déplacements.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La possibilité évoquée par le ministre de l'Éducation, Stephen Lecce, d'annuler la semaine de relâche cette année à cause de la pandémie suscite une levée de boucliers chez les syndicats d'enseignants.

L'AEFO [Association des enseignants franco-ontariens] s'oppose catégoriquement à ce que ses membres et la communauté scolaire perdent leur semaine de congé de mars, un congé important pour le mieux-être de toutes et de tous, affirme la présidente du syndicat, Anne Vinet-Roy.

Le ministre de l'Éducation, Stephen Lecce, a demandé au médecin hygiéniste en chef de la province, le Dr David Williams, d'évaluer l'idée d'annuler la semaine de relâche, afin de limiter les déplacements et la propagation de la COVID-19.

Selon moi, les Canadiens devraient rester à la maison et éviter de voyager compte tenu de l'émergence des nouveaux variants, explique-t-il dans une déclaration.

Mme Vinet-Roy répond ceci : Les recherches démontrent qu’il n’existe pas de consensus dans la communauté médicale ou scientifique confirmant que l'annulation ou le déplacement du congé de mars aurait l'effet souhaité.

L'AEFO croit que le gouvernement devrait plutôt mettre en place des tests asymptomatiques quotidiens dans tous les lieux de travail, réduire la taille des classes dans toutes les écoles de la province et songer à renforcer les restrictions sur les déplacements dans la province et à l’extérieur de l’Ontario.

Une citation de :Anne Vinet-Roy, présidente de l'AEFO

Pour elle, l'annulation de la semaine de relâche serait une décision « désastreuse ».

Même son de cloche de la part des enseignants catholiques anglophones. Annuler le congé de mars ne ferait qu'empirer les sérieux enjeux de santé mentale et de bien-être auxquels font déjà face nombre d'enseignants, d'élèves et de parents, selon Liz Stuart, la présidente de l'Association des enseignants catholiques anglophones de l'Ontario.

Pour elle, le fait que le ministre évoque l'idée d'annuler la semaine de relâche montre qu'il n'a pas mis les mesures nécessaires en place pour que les écoles soient sécuritaires, y compris l'amélioration de la ventilation et une réduction de la taille des classes pour faciliter l'écart sanitaire.

Le président de la Fédération des enseignants des écoles secondaires, Harvey Bischof, croit qu'il s'agit d'un « ballon politique plutôt qu'une question de santé publique ». Si l'objectif est de prévenir les rassemblements, sa logique m'échappe, parce qu'il y a de grands rassemblements en classe dans les écoles chaque jour, note-t-il.

La Fédération des enseignants de l'élémentaire de l'Ontario affirme que ses membres, les parents et les élèves ont besoin d'une « pause ».

S'il y a des préoccupations au sujet des voyages, des déplacements et des interactions durant la semaine de relâche, le gouvernement et la santé publique ont le pouvoir de régler ces enjeux [sans garder les écoles ouvertes], dit le président du syndicat, Sam Hammond.

Présentement, les écoles sont rouvertes dans le Nord de l'Ontario et dans plusieurs régions du Sud et de l'Est de la province, y compris à Ottawa depuis lundi. Le retour en classe doit avoir lieu lundi prochain dans 13 autres régions, alors qu'il n'est prévu que le 16 février dans les zones chaudes de Toronto, de Peel et de York, où les élèves poursuivent leur apprentissage en ligne depuis la fin du congé des Fêtes.

La semaine de relâche doit avoir lieu du 15 au 19 mars en Ontario.

Les experts sont partagés

Selon le virologue Hugues Loemba, chercheur clinicien à l'Hôpital Montfort, à Ottawa, annuler la semaine de relâche serait une « arme à double tranchant » :

  • En annulant la semaine de relâche, on sous-entend que les familles ne pouvant pas voyager à l'extérieur à cause des restrictions en place pourraient se tourner vers les déplacements locaux. Donc ainsi, on va peut-être restreindre les retrouvailles interfamiliales et ou bien les déplacements qui peuvent se passer en dépit des consignes sanitaires. Et ceci peut certainement réduire les risques de transmission interfamiliale du virus de la COVID-19 ou de ses variants.
  • Par contre, l'annulation de la semaine de relâche ne va pas réduire les risques de transmission du virus en milieu scolaire, au contraire. On pourrait se retrouver avec des cas d'éclosion dans certaines écoles qui pourraient être obligées de fermer temporairement à cause de la quarantaine si on signale la transmission d'un variant, etc. Par ailleurs, cette décision peut aussi avoir des effets pervers à cause de la santé mentale des élèves et des parents, de la fatigue qui s'installe, et ceci peut aussi nuire aux performances scolaires des élèves et enseignants par la suite.
Le Dr Hugues Loemba en entrevue.

Le virologue Hugues Loemba affirme que l'annulation du congé de mars est une arme à double tranchant.

Photo : Radio-Canada

L'épidémiologiste et professeur à l'Université de Toronto Colin Furness croit, lui, que les nouvelles restrictions sur les voyages mises en place par le fédéral, y compris vers les destinations soleil, devraient « beaucoup aider » pour la semaine de relâche, durant laquelle beaucoup de familles voyageaient à l'extérieur du pays par le passé.

Selon lui, écoles ouvertes ou non, des parents qui veulent faire fi des consignes pourraient retirer leurs enfants des cours cette semaine-là et partir en voyage.

Le professeur d'épidémiologie à l'Université Ryerson de Toronto Tim Sly note qu'en une semaine, il est possible de faire une saucette de 2 à 3 jours en Floride, si on subit des tests de dépistage avant et après le voyage. Ça n'en vaut clairement pas la peine, précise-t-il.

Anna Banerji en plan rapproché.

La Dre Anna Banerji est ambivalente au sujet de la possibilité d'annuler la semaine de relâche.

Photo : Photo fournie

La Dre Anna Banerji, pédiatre et professeure à l'École de santé publique Dalla Lana, à l'Université de Toronto, est ambivalente. D'un côté, elle pense que les enfants ont besoin d'une pause, mais de l'autre, elle souligne que les élèves ont pris beaucoup de retard à l'école avec la pandémie.

Ça dépendra du nombre de cas de COVID-19 et de variants à ce moment-là, dit-elle.

Pour leur part, les conseils scolaires disent qu'ils suivront les directives du ministère de l'Éducation.

Le directeur de l'éducation du Conseil public du Grand Nord de l'Ontario, Marc Gauthier, affirme toutefois ceci : Si les élèves sont à l'école, il risque d'avoir moins de transmission communautaire, mais le personnel et les élèves ont besoin d'une pause. Ceci est nécessaire pour la santé mentale.

L'opposition néo-démocrate croit elle aussi que les éducateurs, les parents et les élèves nécessitent un congé. Doug Ford doit arrêter de semer la confusion - va-t-il annuler [la semaine de relâche] ou pas? Les parents ont besoin d'avoir l'heure juste, fait valoir le NPD.

Le ministre de l'Éducation n'a pas précisé à quelle date il annoncerait sa décision.

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