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Depuis 20 ans, un monument de Windsor célèbre le Chemin de fer clandestin

Photo d'un monument

Le Underground Railroad Freedom Monument commémore à Windsor le chemin de fer clandestin qui a permis à des esclaves de se réfugier au Canada.

Photo : Sanjay Maru

Le Tower of Freedom Underground Railroad Monument célèbre cette année son vingtième anniversaire. Il a été mis en place le 20 octobre 2001 pour célébrer le Chemin de fer clandestin qui permettait aux esclaves fuyant les États-Unis de trouver refuge au Canada.

Ce monument est un objet de fierté pour Irene Moore Davis, historienne et résidente de Windsor. Je suis fière de tout mon héritage africain, mais je suis tout particulièrement fière de ce que j’ai hérité de ce chemin de fer et de ces braves ancêtres qui ont vécu l’esclavage, qui auraient pu rester où ils étaient, vivre dans la peur, mais ont décidé de prendre des risques, explique-t-elle.

Ils n’étaient pas particulièrement instruits, ils avaient peu de provisions, peu de vêtements chauds. Ils n'avaient pas d'argent, mais ils ont effectué ce voyage de plusieurs centaines de kilomètres.

Une citation de :Irene Moore Davis.

Le Chemin de fer clandestin était un système de routes et un réseau de personnes qui travaillaient ensemble pour aider des Afro-Américains à fuir l’esclavage qui sévissait dans leur pays. Ce réseau a conduit les gens du sud des États-Unis vers le nord et jusqu'au Canada. Il a aussi conduit des gens plus au sud, vers le Mexique.

Les ancêtres de la mère de Mme Moore Davis font partie des personnes qui ont emprunté le Chemin de fer clandestin. Elle souhaite que l’histoire des figures noires locales, celles qui se sont établies dans le Sud-Ouest de l'Ontario, soit plus connue.

Beaucoup de personnes ici, spécialement en ce moment de l’année, parlent beaucoup de gens tels que Rosa Park ou Martin Luther King. Mais nous avons une histoire des Noirs ici tellement intéressante et passionnante, indique-t-elle.

Irene Moore Davis répond aux questions.

Irene Moore Davis est fière du travail accompli par le comité qui a mis en place le monument.

Photo : Elvis Nouemsi Njiké

C’est la raison pour laquelle sa mère et elle faisaient partie du comité qui a œuvré pour la mise en place du monument commémorant le chemin de fer clandestin.

Ma mère faisait partie du comité fondateur de ce qui est désormais le Amherstburg Freedom Museum et elle était à la tête du comité qui a fait venir le monument ici à Windsor et moi j’en étais la secrétaire. Toute ma vie, nous avons effectué beaucoup de travail en rapport avec l’histoire des Noirs. C’est une inclination naturelle chez moi, ajoute-t-elle.

Ode à la mémoire

L’histoire du Chemin de fer clandestin est aujourd’hui l’héritage de milliers de Canadiens.

Parcs Canada estime qu’en 1831 environ 30 000 Noirs ayant fui des États esclavagistes, tels que le Kentucky et la Virginie, vivaient dans ce qui est aujourd’hui l'Ontario.

Un certain nombre de ces personnes vivaient dans le Sud-Ouest de l’Ontario, puis précisément dans les régions de Windsor-Essex et Chatham-Kent qu’elles ont aidé à bâtir.

C’est pour célébrer leurs accomplissements que le monument a été mis en place dans la foulée du trois centième anniversaire de la ville de Détroit, explique Mme Moore Davis. L'histoire de deux villes est interconnectée, insiste-t-elle.

Il y a simultanément eu un groupe d’activistes et d'historiens du côté américain qui voulait mettre en place un monument en l’honneur du chemin de fer. Donc, le 300e anniversaire de Détroit a réuni les deux groupes. Nous avons commencé à travailler sur un monument binational et c’est ainsi que l’idée est née, explique-t-elle.

À l’époque, c’est le sculpteur américain Ed Dwight, ancien pilote de l’air, qui décroche le contrat pour réaliser les monuments. Il est connu pour avoir conçu plus d’une centaine de monuments qui racontent l’histoire des Noirs et qui sont aujourd’hui disséminés aux quatre coins des États-Unis.

Ed Dwight répond aux questions.

Ed Dwight a construit les monuments qui commémorent le chemin de fer clandestin de Détroit et Windsor.

Photo : Sanjay Maru

Les chasseurs d’esclaves avaient le droit de venir dans le Nord [des États-Unis] attraper des esclaves et les ramener vers le Sud. [...] Le Canada est devenu un refuge, pour ainsi dire.

Une citation de :Ed Dwight.

On avait besoin de quelqu’un qui ferait attention et comprendrait l’Histoire. Ce que j’ai fait, puisque je suis désormais plus un conteur qu’un sculpteur. Je me suis rendu compte de l’importance des mémoriaux que je fabrique. Cela tient plus à l’histoire qu'ils racontent qu’à l’art. L'art n’était en fait qu’un moyen de raconter l’histoire, indique-t-il.

Improbables télescopages historiques

Né en 1933 au Kansas où il a grandi, M. Dwight n’a découvert l’histoire des Noirs que sur le tard. Il était alors au début de la quarantaine. C’est George Leslie Brown, qui était à l’époque le lieutenant-gouverneur du Colorado, qui lui raconte cette histoire et le pousse à l'époque à faire des sculptures qui leurs sont dédiées.

Il m’a expliqué que les Afro-Américains étaient sur ce continent depuis 250 ans. Et il m’a dit que si on allait dans des musées, des galeries, des parcs municipaux, des endroits qui rendent hommage à des personnes célèbres, il était difficile de savoir que les Noirs faisaient aussi partie de l’histoire des États-Unis. Il m'a dit que ce que je devais faire pour le reste de ma vie était de remplir ces musées, et ces espaces municipaux avec des sculptures qui racontent l’histoire de l’esclavage, la lutte des noirs, et leur réussite, explique-t-il.

Je lui ai demandé ce que les Noirs avaient déjà accompli. [...] Il était très en colère. J’ai fréquenté des écoles blanches toute ma vie. Je ne savais rien de l’histoire des Noirs.

Une citation de :Ed Dwight.

Quelques années plus tard, Ed Dwight s'est considérablement documenté avant de proposer les dessins de deux sculptures au comité de création des monuments en hommage au chemin de fer clandestin. L'une de ses sculptures, baptisée The Gateway for Freedom International Memorial to the Underground Railroad, se trouve à Détroit. Elle fait face au Tower of Freedom Underground Railroad Monument qui se trouve à Windsor.

Ces deux monuments remplissent Irene Moore Davis d’émotion chaque fois qu’elle les évoque.

Ce qu’il y a de génial avec les deux monuments c’est que celui de Détroit présente [notamment] George DeBaptiste, qui a travaillé sur le chemin de fer clandestin à Détroit. Il pointe du doigt en direction de Windsor. Et sur celui de Windsor, la petite fille qui regarde derrière regarde directement vers George DeBaptist. C’est quelque chose de génial que beaucoup de personnes ignorent, explique-t-elle.

La mise en place des monuments en 2001 aurait pourtant pu être gâchée par un télescopage historique improbable, selon Irene Moore Davis.

Toute la période qui a précédé la mise en place du monument, tout le monde était très enthousiaste. [...] Et juste quelques semaines avant, il y a eu les attentats du 11 septembre 2001. Nous ne savions alors même pas si nous pourrions traverser la frontière pour célébrer. Mais en fin de compte, ça s'est avéré être une très belle manière d’embrasser notre héritage binational et transnational, indique-t-elle.

20 ans plus tard, le monument est toujours en place et il rappelle à Mme Moore Davis bien plus que l’histoire de ses ancêtres.

Sur le plan personnel, ma mère avait des problèmes de santé et travailler sur ce monument était le plus grand rêve de sa vie. C’était sa passion, mais elle y a laissé énormément d’énergie. Quand je pense à ma défunte mère, je pense à ce monument comme son plus grand accomplissement et j'éprouve tant de gratitude vis-à-vis d’elle pour avoir consacré autant de temps à celui-ci, conclut-elle.

Avec des informations de CBC

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