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La républicaine Marjorie Taylor Greene expulsée des comités de la Chambre

Marjorie Taylor Greene, qu'on voit sourire en raison de son regard, porte un masque disant « liberté d'expression ».

Marjorie Taylor Greene, avant la tenue du vote sur la résolution visant à lui retirer ses responsabilités dans les comités de la Chambre des représentants.

Photo : Reuters / KEVIN LAMARQUE

La Chambre des représentants a sévi contre la représentante de la Georgie, Marjorie Taylor Greene, en raison des propos extrêmes et conspirationnistes qu'elle a appuyés ou formulés elle-même sur les réseaux sociaux avant son entrée en politique.

Une majorité d'élus a décidé de la retirer des deux comités auxquels elle était assignée, celui sur le budget et celui sur l'éducation et le travail.

La résolution a recueilli l'appui de 230 élus, dont 11 républicains, et a été rejetée par 199 représentants, tous républicains. Deux démocrates et un républicain se sont abstenus.

La veille, le caucus républicain avait refusé de la priver de ses responsabilités à la Chambre, laissant ainsi son sort entre les mains de l'ensemble de la Chambre. Les démocrates avaient déjà annoncé qu'ils agiraient si leurs adversaires républicains ne le faisaient pas.

Pendant les débats qui se sont déroulés avant le vote, Marjorie Taylor Greene a notamment accusé les démocrates de vouloir la crucifier sur la place publique pour des mots qu'[elle avait] dits il y a des années.

Lors de son discours de près de huit minutes, elle a en outre assuré que le 11 Septembre était absolument survenu et que les fusillades perpétrées dans les écoles étaient absolument réelles.

Au cours des dernières années, elle a notamment contesté le fait qu'un avion avait percuté le Pentagone lors des attentats du 11 septembre 2001 et a qualifié de mises en scène les fusillades des écoles de Sandy Hook, en 2012, ou de Parkland, en 2018.

Ce sont des mots du passé, et ces choses ne me représentent pas, elles ne représentent pas mon district, et elles ne représentent pas mes valeurs.

Une citation de :Marjorie Taylor Greene, représentante républicaine

La représentante, qui avait déjà affiché son accord avec les théories conspirationnistes du mouvement QAnon, a assuré qu'elle n'y adhérait plus. Les partisans de ce mouvement croient entre autres que l'ex-président Donald Trump mène une guerre contre une cabale mondiale sataniste et pédophile, à laquelle participent des démocrates.

J'en suis venue à croire des choses qui n'étaient pas vraies et j’ai posé des questions à leur sujet et j'en ai parlé. Et c'est absolument ce que je regrette, a-t-elle ajouté, ne s'excusant cependant pas pour ses propos incendiaires.

Quand j'ai commencé à trouver des informations erronées, des mensonges, des choses qui n'étaient pas vraies dans ces messages de QAnon, j'ai cessé d'y croire, a-t-elle soutenu, affirmant que cette prise de conscience s'était faite en 2018. Des entrevues accordées après cette date ne donnent toutefois pas cette impression.

Une rhétorique dangereuse

Les démocrates, eux, ont unanimement souligné les dangers des théories conspirationnistes et d'une rhétorique violente.

Marjorie Taylor Greene, que Donald Trump a déjà qualifiée de future étoile républicaine, a déjà approuvé des commentaires appelant à l'exécution de politiciens démocrates.

Peu d'élus démocrates ont livré un plaidoyer aussi passionné que le leader de la majorité à la Chambre, Steny Hoyer.

Aucun d'entre nous ne prend plaisir à ce que nous devons faire aujourd'hui. Mais ne rien faire serait une abdication de notre responsabilité morale envers nos collègues, envers la Chambre, envers nos valeurs, envers la vérité et envers notre pays, a-t-il soutenu.

Steny Hoyer, debout, à côté de l'agrandissement d'un montage de Marjorie Taylor Greene la montrant avec un AR-15, à côté des photos de trois élues démocrates, avec les paroles : « Le pire cauchemar du squad ».

Steny Hoyer a livré un plaidoyer senti en faveur de trois de ses collègues.

Photo : Reuters / Via caméra de la Chambre des représentants

Faisant le tour de la Chambre, il a brandi un agrandissement d'une image que Marjorie Taylor Greene avait publiée sur Facebook, en septembre dernier, en pleine campagne électorale : un montage la montrant avec un AR-15, à côté de photos de trois élues démocrates (des progressistes issues de la diversité), et assorti du message Le pire cauchemar de l'escouade (squad).

Je vous implore de regarder cette image, a-t-il dit, faisant écho aux propos de Marjorie Taylor Greene, qui avait insisté sur le fait qu'elle était une mère.

Deux de ces femmes [...] sont des mères. Une n'a pas d'enfants, mais elle est venue à la Chambre pour se battre pour que les gens aient des logements plus abordables, de meilleurs soins de santé, de meilleurs revenus. Combien terrible! Et elles ne sont pas “l'escouade”. Elles s'appellent Ilhan [Omar], Alexandria [Ocasio-Cortez], Rashida [Tlaib]. Ce sont des personnes. Ce sont nos collègues.

Une citation de :Steny Hoyer, leader de la majorité démocrate à la Chambre

Ces élues ont déjà fait l'objet de menaces de mort.

Marjorie Taylor Greene a par ailleurs dénoncé les médias, se posant en victime de la culture du bannissement.

Toute source d'information qui est un mélange de vérités et de mensonges est dangereuse, a-t-elle poursuivi, comparant QAnon aux médias, dont elle a souvent déploré les fausses nouvelles, à l'instar de l'ex-président Donald Trump.

Laisserons-nous les médias, qui sont tout aussi coupables de présenter des vérités et des mensonges que QAnon, nous diviser? Allons-nous nous permettre d'être accros à la haine?

Une citation de :Marjorie Taylor Greene, représentante républicaine

Elle a assuré ne pas avoir exprimé les commentaires qui lui sont reprochés depuis son entrée en politique.

Pro-Trump convaincue, elle a accusé les antifas et le mouvement Black Lives Matter (La vie des Noirs compte) d'être responsables de l'assaut du Capitole du 6 janvier, pourtant mené par des partisans de l'ancien président. Ceux qui alimentent l'insurrection et répandent des conspirations ont du sang sur les mains, a-t-elle ironiquement écrit le mois dernier sur Twitter au sujet d'élus démocrates.

Depuis que des commentaires qu'elle avait partagés sur les réseaux sociaux ont refait surface dans divers médias, elle s'est servie de cette polémique, apparemment avec succès, pour amasser des fonds auprès de ses partisans contre les démocrates, qu'elle a qualifiés de foule d'émeutiers, de radicaux de gauche complètement hors de contrôle.

Sur Twitter et dans un courriel à ses partisans, elle a affirmé la semaine dernière avoir reçu 1,6 million de dollars en quelques jours.

À la même période, des démocrates avaient appelé à sa démission.

Les républicains dénoncent un coup de force partisan

Les républicains ont insisté sur la procédure, dénonçant le précédent que créaient les démocrates.

Le leader de la minorité républicaine à la Chambre, Kevin McCarthy, a condamné les propos de sa collègue, affirmant à tort qu'elle s'était excusée pour sa rhétorique passée, mais il a surtout accusé ses rivaux politiques de faire preuve d'hypocrisie et de réaliser un coup de force partisan.

Vous le regretterez, et peut-être bien plus tôt que vous ne le pensez, a-t-il lancé. Si c'est la nouvelle norme, si les gens sont tenus à ce qu'ils ont dit avant même d'être dans cette Chambre, si un parti majoritaire arrive à décider qui siège dans quels comités, j'espère que vous garderez cette norme, car nous avons une longue liste.

La numéro trois des républicains à la Chambre, Liz Cheney, qui avait survécu à un vote de confiance, la veille, après avoir fait l'objet d'une fronde menée par des alliés de Donald Trump qui lui reprochent son vote pour la mise en accusation de l'ancien président, a cette fois-ci respecté la ligne de parti.

Si elle a condamné les propos de sa collègue, elle a du même souffle attaqué les démocrates.

La présidente [de la Chambre des représentants, Nancy] Pelosi et la majorité démocrate n'ont pas à déterminer quels républicains siègent dans les comités. Le vote d'aujourd'hui crée un dangereux précédent pour cette institution que les démocrates pourraient regretter lorsque les républicains retrouveront la majorité, a-t-elle dit dans un communiqué.

Six des 11 républicains ayant voté contre Marjorie Taylor Greene viennent de New York, au cœur des attentats du 11 septembre, ou de la Floride, l'État où a été commise la fusillade de Parkland, relève le Washington Post.

Par ailleurs, 3 des 10 républicains qui ont appuyé la mise en accusation de Donald Trump pour incitation à l'insurrection, il y a trois semaines, soit Adam Kinzinger, John Katko et Fred Upton, se sont également prononcés contre leur collègue.

Plusieurs sénateurs républicains n'avaient pas hésité à la critiquer dans des mots sans équivoque. Le leader de la minorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, a par exemple soutenu qu'elle ne vit pas dans la réalité et a qualifié les théories du complot de cancer pour le Parti républicain.

Mitt Romney a pour sa part affirmé qu'il n'y avait pas de place au sein du parti à la fois pour les conservateurs et les cinglés.

Des propos outranciers

Au cours des dernières années, Marjorie Taylor Greene a multiplié les déclarations controversées et invraisemblables.

Une vidéo la montre par exemple en train de harceler David Hogg, un élève qui a survécu à la fusillade de Parkland et qui est devenu militant pour le contrôle des armes à feu, et de l’accuser d’être payé par des lobbys pour attaquer son droit au deuxième amendement.

Abonnée aux théories du complot, elle a par exemple accusé l'ex-candidate à la présidence Hillary Clinton d'avoir participé au meurtre d'un enfant au cours d'un rituel satanique, d'avoir ordonné de tuer un agent de police pour couvrir son crime et d'avoir assassiné John F. Kennedy fils de concert avec son mari, l'ex-président démocrate Bill Clinton.

Elle a aussi déjà laissé entendre que les feux de forêt de Californie, en 2018, avaient été causés par un laser juif venu de l'espace et suggéré, en février 2019, que la juge de la Cour suprême Ruth Bader Ginsburg, morte l'an dernier, avait été remplacée par un double.

Elle a également affirmé que l'ancien président Barack Obama était musulman et a déploré l'invasion islamique du Congrès.

Et la liste de ses déclarations controversées est loin d'être exhaustive.

Représentante d'un bastion républicain, Marjorie Taylor Greene a remporté le 14e district de la Georgie en novembre dernier avec 75 % des voix.

Avec les informations de Washington Post

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