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Nos aînés en perte d’autonomie depuis le début de la pandémie

Une homme âgé avec deux morceaux de casse-tête dans ses mains.

Le confinement entraîne un déconditionnement physique chez certains aînés. (archives)

Photo : Getty Images / Mladen Zivkovic

Le confinement qui s’allonge commence à avoir des impacts concrets pour les personnes âgées. Elles sont de plus en plus nombreuses à perdre leur autonomie depuis le début du confinement.

Moi ça va très bien, je suis en sécurité, nous assure André Bergeron, qui demeure dans la résidence pour personnes âgées Bleu Horizon à Rouyn-Noranda.

L’homme de 82 ans constate toutefois que ce n’est pas le cas pour tous ses amis qui habitent le même immeuble que lui.

Il y en a que je vois que la figure change un peu, si vous voulez, ils ont leur voyage, mais je leur dis que ce n’est pas le temps de lâcher, parce que ça achève cette affaire-là, décrit M. Bergeron, qui a tout de même bien hâte de pouvoir rencontrer ses amis en personne. Il tente de leur remonter le moral en discutant avec eux au téléphone.

La salle à manger devrait d’ailleurs pouvoir ouvrir bientôt, selon l’assouplissement des règles qui a été annoncé par le premier ministre mardi dernier.

Une décision qui aidera beaucoup, assure Léo Poirier, lui aussi résident du Bleu Horizon. Ça va bien ici dans l’ensemble. Qu’est-ce que tu veux, tout le monde est enfermé, c’est le confinement puis on a hâte que ça finisse, mais on n’a pas de pouvoir là-dessus, faut prendre ça du bon côté. C’est sûr qu’il y en a qui trouvent ça plus ennuyant, affirme l’homme de 89 ans, qui est aussi l’un des fondateurs des garages Poirier, bien connus dans la région.

Un bâtiment de plusieurs dizaines de logements.

La résidence pour personnes âgées Bleu Horizon de Rouyn-Noranda (archives)

Photo : Radio-Canada / Marie-Hélène Paquin

Dans un récent sondage mené par la Fédération de l’âge d’Or du Québec (FADOQ), le tiers des répondants avouent avoir perdu des capacités ou de l’autonomie depuis le début de la pandémie.

C’est une préoccupation que les gens ont, mais en même temps ils en sont conscients qu’ils en ont perdu. Plus ça va, pire c'est, alors il faut vraiment que les gens continuent de se tenir en forme et de se maintenir allumés intellectuellement, indique la directrice régionale, Jacinthe Doyon.

Une situation qui se fait déjà ressentir dans les hôpitaux de la région. Malheureusement, dans les derniers mois, ce qu’on constate c’est qu’il y a plus de personnes qui se présentent à l’urgence et que malheureusement le confinement a fait en sorte que ça a pu contribuer à dégrader leur situation d’autonomie, soutient la présidente-directrice générale du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Abitibi-Témiscamingue, Caroline Roy.

Ils ont arrêté de se tenir actifs, ils ont aussi perdu des contacts avec leurs proches. Je vous dirais même qu’ils ont perdu la motivation. Avant, ça pouvait être d'aller souper avec les petits enfants qui motivait à se garder en forme. À partir du moment qu’on coupe les contacts sociaux, c’est là qu’on commence à se délaisser et c’est difficile seul à la maison de trouver la motivation de sortir et de se dire je vais prendre ma marche quotidiennement, ajoute pour sa part Jacinthe Doyon.

Même si plusieurs se gardent actifs malgré le confinement, il n’en demeure pas moins que les activités sont moins nombreuses.

Juste le fait de moins conduire, les réflexes se perdent, si on est habitué d’aller à Val-d’Or ou Rouyn-Noranda, ce sont de grandes distances, mais si on va juste à l’épicerie pendant un an, après ça peut être plus de stress de reprendre la route.

Une citation de :Jacinthe Doyon

L’importance de demeurer actif malgré tout

Tant à la Fédération de l’âge d’Or du Québec qu’au CISSS de l’Abitibi-Témiscamingue, les dirigeants tentent de trouver des solutions afin de freiner cette hausse du nombre de personnes en perte d’autonomie.

La FADOQ a notamment lancé le défi aux membres de la région de combiner plus de 2000 kilomètres de marche au total entre le 14 janvier et le 31 mars. L’objectif a pratiquement déjà été atteint, un signe que plusieurs continuent d’être actifs malgré tout.

L’été dernier, des professionnels ont été déployés dans les résidences pour aînés afin de les faire bouger, faire de l’exercice ou activer leurs activités cognitives, mais le projet du CISSS-AT s’est terminé au début de l’automne.

Une femme assise devant quatre aînés leur fait bouger les bras.

Les Animateurs Bonheur se rendaient dans les résidences privées pour aînés l'an dernier. (archives)

Photo : gracieuseté

Caroline Roy assure que d'autres moyens seront utilisés. Dans les prochaines semaines, il y aura un feuillet qui sera distribué dans toute la région pour être capable de contrer le déconditionnement, adopter de saines habitudes de vie, un programme d’exercices et différentes activités qui peuvent être faites malgré le confinement pour être capable de rejoindre ces gens-là, dit-elle.

Il est aussi important qu’ils demeurent actifs psychologiquement par différents moyens. C’est un grand enjeu auquel on est confronté. Il va y avoir plusieurs actions que nous allons poser dans les prochaines semaines parce qu’on va se retrouver à la fin de la pandémie à avoir vraiment des personnes âgées qui sont plus déconditionnées et qui doivent malheureusement être orientées dans un autre milieu de vie que leur domicile et ce n’est pas ce qu’on aurait souhaité et eux non plus, ajoute Caroline Roy.

Plus une personne est âgée, plus il est difficile de récupérer de la musculation ou de la mobilité qui a été perdue, selon Jacinthe Doyon. Au niveau musculaire, à partir de 75 ans, c’est presque impossible de reprendre de la masse musculaire perdue, surtout pour ceux qui font de l'escalade ou qui jouent au hockey, ça va être un enjeu vraiment important pour eux juste de maintenir ce qu’ils ont perdu, précise Jacinthe Doyon.

Un vaccin attendu

Certains aînés ont déjà reçu le vaccin contre la COVID-19. C’est le cas de Léo Poirier et d’André Bergeron. On va tous être vaccinés tout à l’heure. C’est vraiment bon pour le moral de plusieurs ça, d’avoir reçu le vaccin déjà, affirme André Bergeron.

Je pense que le vaccin est vraiment la solution pour se sortir de cette impasse. À partir du moment où les gens vont être vaccinés, ils vont pouvoir reprendre leurs activités ou au moins reprendre leurs contacts sociaux, c’est le nerf de la guerre, estime pour sa part Jacinthe Doyon, qui espère des assouplissements importants une fois que tous les aînés auront reçu les deux doses de vaccin.

D’ici là, André Bergeron et Léo Poirier n’ont pas l’intention de se plaindre. Les deux hommes y voient plutôt l’occasion d’avoir de nouvelles anecdotes à raconter.

Les filles viennent nous apporter les repas, elles cognent pour nous dire que c’est prêt et mettent ça à la porte. Moi je me sens comme dans un gros hôtel. Faut prendre ça comme ça, dit André Bergeron en riant.

On voit quelqu’un puis on se sauve maintenant. Je n’aurais jamais pensé vivre ça un jour. Mettons qu’on aurait vu quelqu'un masqué dans une banque avant, tout le monde se sauve puis aujourd’hui, on voit quelqu’un pas de masque et c’est là qu’on fait le tour, c’est tout un changement de vie ça là!, ajoute Léo Poirier.

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