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Comment expliquer l’impopularité des prêts pardonnables de Québec?

Une femme et un homme, séparé par un comptoir, dans un restaurant.

Amélie Nouveau, qui s'est recyclée en livreuse avec la fermeture des salles à manger, et Dominic Laflamme, copropriétaire du restaurant l'État-Major dans Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll

Les prêts pardonnables offerts par Québec aux entreprises fermées en zone rouge depuis l’automne ne suscitent pas autant d’intérêt qu’attendu. Seulement entre 10 % et 20 % de celles qui étaient admissibles ont eu recours à l’Aide aux entreprises en régions en alerte maximale (AERAM).

Pourtant, le programme rembourse jusqu’à 15 000 $ par mois ou 80 % du prêt destiné à couvrir les frais fixes, comme le loyer, les taxes et l’électricité.

Avec le déconfinement annoncé mardi, le gouvernement a prévu prolonger l’aide d’un mois pour les entreprises qui auront été fermées 90 jours ou moins et de deux mois pour celles qui auront été fermées plus de 90 jours.

Le programme, alléchant à première vue, a rapidement été source de désenchantement à ses débuts.

Ça a été très compliqué d’arriver au bout de la demande, rapporte le restaurateur Dominic Laflamme. Il demandait [le programme] des états financiers vérifiés et les frais fixes avant et après pandémie. On a abandonné en se disant que ça allait être simplifié et l’aide fédérale était plus facile à obtenir.

M. Laflamme est copropriétaire des restaurants Quartier général, État-Major et Heirloom. Cette année, si on peut écrire juste 0 $ dans nos livres, on sera très contents. C'est certain qu’on va aller jusqu’au bout là-dedans, dit-il.

François Meunier, vice-président aux affaires publiques et gouvernementales de l’Association des restaurateurs du Québec, dit également parler tous les jours à des restaurateurs qui ont été exclus du programme.

On a refusé des dossiers parce que les gens ne sont pas solvables, mais quand vous êtes dans la COVID depuis des mois, pensez-vous que les gens sont solvables?, questionne-t-il.

François Meunier, vice-président aux affaires publiques et gouvernementales pour l'Association des restaurateurs du Québec

François Meunier, vice-président aux affaires publiques et gouvernementales pour l'Association des restaurateurs du Québec

Photo : Radio-Canada

Un formulaire de cinq pages

À propos de la lourdeur du processus administratif, le ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon a rétorqué que la demande devant être faite auprès des municipalités régionales de comté a été simplifiée.

Le fameux formulaire, je l’ai ici, il a cinq pages. Il n’est pas recto verso. Il a cinq pages.

Une citation de :Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie

Selon lui, soit que le programme est trop compliqué, soit que les entreprises ne le souhaitent pas ou qu’elles n’ont pas besoin d'argent.

L’AERAM a jusqu’ici principalement soutenu des restaurateurs et des tenanciers de bars parmi les 2858 demandes.

C’est quand même peut-être 15 % des restaurants qui ont appliqué, affirme M. Fitzgibbon. C’est quoi le message que ça envoie? Bien, ce n’est peut-être pas si pire que ça.

Le ministre québécois de l'Économie, Pierre Fitzgibbon, assis durant une conférence de presse.

Le ministre québécois de l'Économie, Pierre Fitzgibbon

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le ministre est d’avis que le nombre d’entreprises bénéficiant de l’AERAM devrait augmenter, puisque des zones pourraient demeurer au rouge encore longtemps.

Un programme plus généreux

Toutefois, François Meunier croit surtout que la Subvention canadienne d’urgence pour le loyer, plus accessible et généreuse, répond davantage aux attentes pour payer les frais fixes mensuels.

L’AERAM va s’appliquer sur la partie résiduelle. [...] Peut-être qu’à la fin, des gens se disent que l’effort n’en vaut pas la chandelle, estime-t-il.

À la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, le vice-président au Québec, François Vincent, avance que les entrepreneurs souhaitent plutôt une aide directe, comme la Subvention ontarienne pour le soutien aux petites entreprises, et que la paperasserie soit réduite au maximum.

Il soutient que l’endettement moyen des PME en raison de la COVID-19 dépasse déjà les 100 000 $.

À ce jour, selon le ministère de l'Économie et de l'Innovation, la valeur des prêts découlant de l’AERAM s’élève à 99 millions de dollars, dont 66 millions seraient pardonnés. Sa prolongation pourrait coûter de 25 à 50 millions supplémentaires. Seulement 5 % des demandes déposées auraient été rejetées.

Au total, le gouvernement québécois a versé un soutien financier de 900 millions de dollars à 7000 entreprises avec ses différents programmes depuis le début de la pandémie.

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