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Comment va la santé mentale des jeunes Canadiens?

Des adolescents dans un couloir d'une école de York, en Pennsylvanie, le 18 septembre 2020.

Selon un rapport sur la santé mentale des Canadiens paru jeudi, presque 83 % des jeunes de 12 à 17 ans en Ontario ont affirmé à l’automne que leur santé mentale était aussi bonne ou meilleure qu’elle ne l’était l’an dernier.

Photo : Reuters / Rachel Wisniewski

Nicolas Haddad

De nouvelles données publiées par Statistique Canada indiquent que la grande majorité des jeunes Canadiens ont affirmé, cet automne, que leur santé mentale actuelle était la même, un peu meilleure, ou bien meilleure qu’avant la pandémie.

Ces résultats semblent contredire ceux d'autres recherches publiées récemment.

Selon l'étude sur la santé mentale des Canadiens (Nouvelle fenêtre) dans le contexte de la COVID-19 parue tôt jeudi, 82,6 % des jeunes de 12 à 17 ans en Ontario avaient affirmé que leur santé mentale était aussi bonne ou meilleure qu’elle ne l’était l’an dernier.

Au Québec, 78,9 % des 12 à 17 ans ont affirmé de même, en Alberta, 77,2 %, et en Colombie-Britannique, ce sont 86,3 % des jeunes qui ont affirmé au mois de septembre que leur santé mentale ne s'était pas détériorée par rapport à avant la pandémie.

Les données publiées jeudi semblent curieusement optimistes, reconnaît Statistique Canada. Comme l'agence l’indique sur son site web, ces chiffres sont à utiliser avec prudence.

En effet, il n’y a que quelques jours, elle soulignait que la pandémie pesait lourd sur la santé mentale des 15 à 30 ans, et que seuls 39,7 % d’entre eux disaient avoir une excellente ou une très bonne santé mentale lors d’une enquête menée du 19 mars au 3 avril 2020.

Cette nouvelle étude publiée jeudi matin contredit aussi en partie une étude menée au mois d’avril par l'hôpital torontois SickKids auprès de 1000 parents et 350 enfants ontariens, qui affirme que 70 % des jeunes ont connu une détérioration de leur santé mentale lors de la première vague.

Les jeunes se sont-ils accoutumés à la pandémie?

Tandis que les études citées ci-haut ont porté directement sur la santé mentale lors de la première vague de COVID-19 au Canada, cette dernière étude a été menée aux mois de septembre et d’octobre, ce qui soulève la question : avec le temps, les jeunes se sont-ils habitués à la pandémie?

La professeure agrégée en psychologie de l’Université d’Ottawa, Nafissa Ismail, affirme qu’elle n’était pas surprise de constater les résultats des différentes études, compte tenu de l’évolution sociale entre la première et la deuxième vague de la pandémie au Canada.

Une femme en tailleur bleu.

Depuis la deuxième vague de COVID-19, il y a moins de parents qui transmettent leur stress à leurs enfants, estime la spécialiste en psychologie de l'Université d'Ottawa, Nafissa Ismail.

Photo : Avec l'aimable autorisation de Nafissa Ismaïl

Pendant la première vague, on était face à une situation qui était tout à fait inconnue où on a vu tout d’un coup tous nos contacts sociaux interrompus et toutes nos activités être interrompues. Mais on n'avait jamais fait face à une situation comme ça, souligne-t-elle.

Selon la spécialiste, c’est cet aspect d’incompréhension qui a contribué à l'ajout de stress et d’anxiété chez les enfants canadiens.

La deuxième vague n'est en rien comparable avec la première, avec notamment l’ouverture des écoles, poursuit-elle. Elle estime que l’été dernier, on était en meilleur contrôle de la situation. On en savait plus sur le virus, et tout ça a permis aux enfants de développer cette résilience.

Cette dernière garde cependant l’esprit critique. Ces statistiques sont limitées à un certain groupe d’enfants et il ne faut pas généraliser. C’est quand même normal qu’il y ait des enfants qui ne se sentent pas bien et qui ne voient pas cette amélioration.

Ne sous-estimons jamais les capacités de nos enfants.

Une citation de :Pierre Faubert, psychothérapeute
Le psychologue Pierre Faubert au micro de Radio-Canada.

Le psychologue Pierre Faubert

Photo : Radio-Canada

Selon le psychologue psychothérapeute québécois Pierre Faubert, les humains sont résilients. On va chercher au plus profond de soi des ressources qui n’étaient pas encore nécessaires.

Ce n'est que lorsque nous avons des questions, comme des sondages, qu'on prend conscience qu’effectivement, contre toute attente, les personnes vont mieux, souligne-t-il.

Mais cette évolution du comportement social des jeunes face à la pandémie n’est qu’une seule explication des chiffres publiés jeudi matin.

D’autres experts ont aussi désigné les évènements précis à Toronto et à l'Ontario qui expliquent en partie les résultats contradictoires des différentes études.

Une mère, sa fille et son fils marchent devant l'École Thorncliffe Park.

L'ouverture des écoles en Ontario à l'automne a joué un rôle important dans l'amélioration de la santé mentale des jeunes, selon de nombreux experts en psychologie.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

L'étude de Statistique Canada a été menée de septembre à octobre, immédiatement après les vacances d'été, lorsque les restrictions avaient principalement été levées et, de façon peut-être encore plus importante, les élèves ont pu fréquenter l'école en personne partout au Canada, souligne la Dre Jane Sanders, professeure adjointe à la Faculté de travail social de la King's University College de l'Université Western, à London, en Ontario.

L’étude de SickKids, de son côté, a suivi les jeunes à partir du mois d'avril pour obtenir un portrait beaucoup plus complet de l'impact. Elle est aussi basée à Toronto, où les fermetures d'écoles ont été les plus longues, ajoute-t-elle.

Même son de cloche de la Dre Janine Hubbard, une psychologue basée à Terre-Neuve spécialisée en enfance. Ces études captent des moments précis, explique-t-elle. La santé mentale des enfants en avril, contre cet été, cet automne et maintenant, ce sont des portraits complètement différents.

Le reflet de la santé mentale de leurs parents?

Selon de nombreux experts en psychologie juvénile interviewés par Radio-Canada, la santé mentale des jeunes est souvent influencée par celle de leurs parents.

Une fillette fait ses devoirs, assise à une table, alors que son père travaille à l'ordinateur.

Selon le psychothérapeute Pierre Faubert, « les enfants sont des éponges », et leur santé mentale évolue souvent à l'image de celle de leurs parents.

Photo : Reuters / Bernadett Szabo

La Dre Jane Hubbard souligne qu’avec les enfants, cela dépend en grande partie de l'environnement familial, de la façon dont les parents font face aux facteurs de stress auxquels ils sont confrontés. Ont-ils eu des difficultés à travailler à domicile? Ont-ils été touchés par des mises à pied? Avaient-ils eux-mêmes des problèmes de santé mentale préexistants? Tout cela a un impact important sur la santé mentale du jeune.

Selon cette dernière, la pandémie est loin de toucher à sa fin, et c'est maintenant le moment idéal pour être proactif et de développer les capacités d'adaptation des jeunes.

Une opinion que partage la travailleuse sociale et psychothérapeute Gillian LaMariana, qui pratique son métier à Vaughan, en Ontario.

Les enfants souffrent des effets résiduels du stress de leurs parents. Les parents sont confinés dans des espaces restreints et à mesure que les conflits entre partenaires augmentent, le stress dans le système nerveux de l’enfant augmente également, explique-t-elle.

La maison n'est pas toujours un lieu sûr et, pour le moment, les enfants sont coincés à la maison.

Une citation de :Gillian LaMariana, travailleuse sociale et psychothérapeute

Nous n'en voyons peut-être pas les effets directs pour le moment, mais il sera intéressant de voir comment cette génération d'enfants et l'ensemble de ces unités familiales seront touchées par la suite.

Avec des informations de Thalia D’Aragon-Giguère et de Liam Casey de La Presse canadienne

Votre famille recherche-t-elle de l'aide en santé mentale?

Le site web d'Anxiété Canada (Nouvelle fenêtre), développé par le gouvernent de la Colombie-Britannique, offre des ressources destinées aux enfants, aux adolescents et à leurs parents.

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