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Proud Boys : « Il était temps d'appeler un chat un chat »

Des membres du groupe des Proud Boys, certains vêtus d'équipement militaire, manifestent leur soutien à l'ex-président Donald Trump.

Les Proud Boys, ici présents lors d'une manifestation en soutien à l'ex-président Donald Trump, sont désormais considérés comme une organisation terroriste par le Canada.

Photo : Getty Images / Michael Ciaglo (archives)

Radio-Canada

Mercredi, le Canada devenait le premier pays du monde à accoler l'étiquette de terroristes aux Proud Boys, en plus de l'étendre à trois autres groupes aux allégeances d'extrême droite. Il s'agit, selon certains experts, d'un pas dans la bonne direction, mais il faudra en faire plus pour endiguer la montée de l'extrême droite au pays.

Un texte de Jean-François Thériault

Pour David Morin, cotitulaire de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l'extrémisme violent de l'Université de Sherbrooke, l'annonce du gouvernement Trudeau est une étape supplémentaire, qui vient prendre acte de la montée de l'extrémisme violent de droite et antigouvernemental depuis une décennie en Amérique du Nord.

Il faut vraiment considérer l'extrême droite avec un énorme sérieux, dit Solange Lefebvre, titulaire de la Chaire en gestion de la diversité culturelle et religieuse, et auteure du rapport Peur de quoi? L’extrémisme violent au Québec et le paysage médiatique.

Elle est catégorique : il ne faut pas minimiser la présence de ces groupes au Canada, même s'ils sont moins visibles qu'aux États-Unis. Ces groupes sont bel et bien présents au Québec, surtout sur les réseaux sociaux. Certains de leurs membres ont une grande influence, explique-t-elle.

« Il y a peut-être peu de gens radicalisés [à ses idéologies] au Québec, mais ce n'est pas parce qu'ils ne sont pas nombreux qu'ils ne sont pas dangereux. »

— Une citation de  Solange Lefebvre, titulaire de la chaire en gestion de la diversité culturelle et religieuse

Questionné à ce sujet, David Morin évalue à quelques centaines le nombre d'individus ouvertement affiliés aux Proud Boys au Canada.

Il précise toutefois qu'il n'est pas nécessaire que le groupe représente une menace dans le moment pour être placé sur la liste des entités terroristes. Ils ont commis des crimes ailleurs dans le monde, et c'est suffisant pour les considérer comme à risque, dit-il.

La liste des entités terroristes est, pour M. Morin, un outil parmi d'autres. Mais, ajoute-t-il, la réponse punitive n'a jamais été suffisante pour endiguer l'essor de l'extrême droite potentiellement violente. Il faut accroître la régulation générale sur les réseaux sociaux, et investir beaucoup plus en santé psychologique et mentale.

Appeler un chat un chat

D'après Solange Lefebvre, l'annonce d'Ottawa pourrait avoir pour effet de corriger une perception tordue présente dans la population, selon laquelle le terrorisme idéologique est moins présent dans nos sociétés que le terrorisme religieux.

C'est que la majorité a tendance à atténuer une menace qui est proche d'elle, avance la professeure. L'attaque contre le Capitole, une institution de la majorité, aurait eu pour effet, selon elle, de réveiller la population face au danger que peut représenter l'extrême droite.

« Selon les sondages et les expériences, les Québécois croient que l'extrémisme violent s'explique davantage par des facteurs individuels que sociaux, mais cette interprétation est influencée par l'identité du suspect : lorsque celui-ci porte un prénom francophone plutôt qu'à consonance arabe, les répondants ont davantage tendance à attribuer son acte violent à un problème de santé mentale et moins au terrorisme. »

— Une citation de  Extrait du rapport Peur de quoi? L'extrémisme violent au Québec et le paysage médiatique

Il y a quatre ans, l'attentat commis à la grande mosquée de Québec a beaucoup été expliqué par la santé mentale du suspect, croit-elle. Or, si cet attentat se produisait aujourd'hui, je crois que la population et les corps policiers considéreraient davantage le geste comme une manifestation de l'extrême droite.

On le sait, l'extrême droite a fait plus de victimes ces dernières années en Amérique du Nord que le terrorisme islamiste, rappelle David Morin. Au dire de Solange Lefebvre, il était donc temps d'appeler un chat un chat.

Un appel à encadrer les plateformes en ligne

D'après Pierre Trudel, professeur de droit à l'Université de Montréal, la bataille contre la propagation de discours haineux ne doit pas s'arrêter à donner des étiquettes à certains groupes. La première étape, dit-il, c'est d'identifier les groupes dangereux. Mais il faut aller plus loin si on veut être en mesure de prévenir les activités dangereuses.

L'annonce du gouvernement fédéral, selon lui, montre qu'un gros chantier est en train de se développer au Canada pour encadrer beaucoup plus les réseaux souterrains de propagande haineuse en ligne.

Bien sûr, dit Pierre Trudel, il faut éviter de tomber dans la censure bête. Mais il soutient qu'il est tout à fait possible de mettre en place un cadre pour réguler les activités de ces groupes.

Comment? En s'attaquant aux processus algorithmiques, notamment, qui font en sorte que ces discours haineux sont poussés aux usagers en fonction de leurs préférences ou de ce qui retient le plus leur attention, dit-il.

« Il faut forcer les entreprises de médias sociaux à plus de transparence. Si on veut vraiment venir à bout de la haine en ligne, il faut réglementer les algorithmes et les technologies d'intelligence artificielle. »

— Une citation de  Pierre Trudel, professeur de droit à l'Université de Montréal

Il faut, de l'avis de Pierre Trudel, que les gouvernements prennent conscience que l'on peut se servir d'Internet comme d'une arme, comme d'autres se sont servi d'avions ou de camions pour commettre des attentats. Internet, dit-il, ce n'est pas le paradis terrestre. Il faut reconnaître que ça peut servir à des fins néfastes.

En ce moment, les astres sont alignés. Les événements de Washington en janvier, l'écœurement de la population à l'égard des discours racistes, xénophobes, homophobes, tout cela me dit que les gens sont conscients qu'il faut vraiment faire quelque chose, constate Pierre Trudel.

Et il conclut ainsi : C'est peut-être le seul effet positif de ces événements catastrophiques : ils font réfléchir et ils nous forcent à être alertes pour les éviter à l'avenir.

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