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Affaire Camara : le SPVM prêt à s’excuser « au moment opportun »

Sylvain Caron en uniforme de police, la tête penchée et portant un masque, en point de presse à l'extérieur.

Le DG du SPVM, Sylvain Caron, a fait le point sur l'enquête en cours devant le quartier général du corps de police, jeudi après-midi.

Photo : Radio-Canada / François Sauvé

Solveig McClure Poirier

Le directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Sylvain Caron, défend le travail de ses enquêteurs après la libération de Mamadi Camara, accusé – à tort, visiblement – d'avoir désarmé et blessé un agent de la paix, la semaine dernière, dans Parc-Extension.

En point de presse, le chef de police de Montréal a parlé d'une situation regrettable et d'une enquête encore très active, tout en précisant que M. Camara demeurait un témoin important de celle-ci.

Selon lui, l'ouverture d'une enquête indépendante sur l'arrestation, l'incarcération et l'inculpation du chargé de laboratoire de 31 ans, qui a recouvré sa liberté mercredi, à la suite d'un arrêt des procédures, pourrait nuire à l'enquête en cours. Il se dit toutefois ouvert à recevoir un observateur indépendant.

Questionné pour savoir si M. Camara avait été victime de profilage racial, le directeur du SPVM a répondu par la négative. On n’est pas dans une situation de profilage, on est dans une enquête criminelle, a-t-il déclaré.

Sylvain Caron se dit toutefois prêt à lui offrir des excuses au moment opportun.

Un événement d’une complexité exceptionnelle

Dans un communiqué diffusé plus tôt dans la journée, le SPVM s'était expliqué brièvement sur les événements ayant mené à l’incarcération de M. Camara, expliquant que l'événement du 28 janvier [était] d'une complexité exceptionnelle et que les policiers [travaillaient] sans relâche pour élucider ce qui s'est passé.

Ce sont d'ailleurs ses enquêteurs qui ont remis au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) les éléments de preuve ayant permis de disculper M. Camara, a rappelé le corps de police jeudi.

À l’heure actuelle, la combinaison de tous les éléments de preuve nous permet d’envisager la présence d’une personne additionnelle sur la scène de l’événement, le soir du crime, a indiqué le SPVM qui, selon nos sources, a localisé le véhicule du suspect.

Plante demande à son tour une enquête indépendante

Comme plusieurs l'avaient déjà fait mercredi, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a demandé jeudi au SPVM et au DPCP de se soumettre à une enquête indépendante pour faire la lumière sur les événements qui ont mené à la mise en accusation erronée de Mamadi Camara.

Ce qui s’est passé est grave, a déclaré Mme Plante, qui dit comprendre que la population se pose des questions sur la présence ou non de profilage racial et social dans cette affaire.

C’est une situation inacceptable. Personne ne souhaite qu’il y ait une erreur comme celle-ci.

Une citation de :Valérie Plante, mairesse de Montréal

L'opposition officielle à l'Hôtel de Ville, qui avait réclamé la veille une enquête indépendante sur cette affaire, est revenue à la charge jeudi en tenant des propos très durs envers le directeur du SPVM.

Dans un message tweeté jeudi après-midi, son chef, Lionel Perez, a invité la mairesse Plante à se questionner sur la confiance aveugle qu'elle accorde au chef de sa police, qui a prouvé à maintes reprises son manque de transparence.

La conférence de presse du SPVM sur le cafouillage de la mise en accusation de M. Camara démontre clairement l'incapacité de M. Caron à exercer ses importantes fonctions dans une métropole aussi multiculturelle et cosmopolite que Montréal, a-t-il ajouté en fin de journée.

Le BEI s'en mêlera-t-il?

Mais ce qu'il est désormais convenu d'appeler « l'affaire Camara » fait aussi réagir à l'extérieur de Montréal.

Au premier chef, le ministre québécois de la Justice, Simon Jolin-Barrette, n’a pas écarté la tenue d’une enquête du Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) pour comprendre ce qui a mené à la mise en accusation erronée de Mamadi Camara.

Sur Twitter, il a déclaré que des discussions étaient déjà en cours avec la Ville de Montréal et que les circonstances menant à cette situation [devraient] être examinées.

Profilage et racisme systémique

Les partis d'opposition se sont également offusqués de la méprise concernant M. Camara.

La chef du Parti libéral, Dominique Anglade, a qualifié l’affaire de franchement épouvantable. Mamadi Camara aurait-il été victime de profilage racial? La question se pose, a répondu la chef libérale.

À Québec solidaire, Manon Massé a tenu des propos similaires, soulignant au passage que le profilage racial était une des caractéristiques du racisme systémique.

Quant au chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon, il a qualifié l’affaire d’ahurissante, en rappelant qu’il n’était pas possible de prendre une telle affaire à la légère dans une société de règles de droit.

M. St-Pierre Plamondon en point de presse à l'Assemblée nationale.

Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

D'autres réactions ont fusé jeudi dans la société civile.

Le Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR), par exemple, considère qu’une enquête indépendante doit être mise sur pied de toute urgence afin d’assurer à M. Camara l’accès à la justice, la protection pleine et entière de ses droits et la restauration de sa réputation et de son honneur.

Une telle enquête est nécessaire, selon l’organisme, pour éviter la déconsidération de l’administration de la justice.

Enfin, pour la Ligue des Noirs du Québec, le cas de Mamadi Camara est une preuve supplémentaire que le système a tendance à vite accuser un homme noir de tous les maux.

Être accusé de crimes que vous n’avez pas commis en raison de la discrimination systémique est une véritable horreur, juge-t-elle.

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