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Résultats hors normes d’Amazon et de Google, synonymes de leur présence dans nos vies

Un bout d'emballage en carton avec un grand logo d'Amazon imprimé dessus.

Les revenus d'Amazon ont bondi de 38 % en 2020 pour s'établir à 386 milliards de dollars américains.

Photo : Reuters

L’annonce du départ de Jeff Bezos à la direction d’Amazon en fin de journée mardi a éclipsé des résultats financiers sans commune mesure pour le géant du commerce en ligne ainsi que ceux d’Alphabet, la société mère de Google. Leur poids économique s’alourdit, tout comme leur omniprésence dans notre quotidien.

Le chiffre d’affaires d’Amazon de 386 milliards de dollars en 2020 donne froid dans le dos, aux dires de la professeure en comptabilité de l’UQAM Saidatou Dicko. Elle fait remarquer que même le dernier budget du Canada [à 356 milliards en 2019-2020] n’atteignait pas ce chiffre.

Nous sommes fortement dépendants d’Amazon au niveau de la consommation, et la crise de la COVID-19 démontre que nous le sommes encore davantage, souligne Mme Dicko. On l’est tellement qu’elle a connu une augmentation de 38 % de ses revenus. Il faut le faire!

Le commun des mortels connaît la société américaine pour son vaste site de commerce électronique et son service de livraison rapide, sa tablette Kindle, son haut-parleur intelligent Alexa ou sa plateforme de diffusion en continu Prime Video. Aux États-Unis, elle a même lancé l’année dernière sa pharmacie en ligne.

La pandémie lui a également été bénéfique dans un service moins connu, mais en grande demande : l’infonuagique. Les revenus d’Amazon Web Services (AWS) ont bondi de 35 à 45 milliards de dollars en 2020. Pour AWS, ça a été énorme, rapporte le consultant en stratégie numérique Bruno Guglielminetti. Chaque mois, 4 à 5 entrepreneurs me disent être passés à l’infonuagique.

Amazon est, selon lui, la plus belle illustration du succès du commerce en ligne, parce que l'infonuagique a propulsé des dizaines de milliers de commerçants canadiens qui vendent désormais partout sur la planète. Des marchands locaux souffrent tout autant de cette réussite.

Les profits nets d’Amazon se sont ainsi élevés à quelque 21 milliards de dollars. Pendant ce temps, Alphabet est parvenue à générer le double de bénéfices en 2020, soit 40 milliards, sur des revenus inférieurs de près de 183 milliards.

Google et son emprise sur nous

Google nous a attachés dans notre quotidien, dit M. Guglielminetti. En effet, la recherche, le divertissement avec YouTube et les publicités – desquelles elle génère ses revenus – dominent le marché. Avec les commandes vocales dirigées à son haut-parleur ou téléphone intelligent, son moteur de recherche devient également peu à peu un moteur de réponses grâce à l’intelligence artificielle.

Sylvain Amoros, professeur associé en marketing numérique à HEC Montréal, estime en fait que Google a l’emprise la plus forte sur nos vies. Pour moi, il y a une diversification énorme de la part de Google. On lit nos courriels sur Gmail, on se déplace avec Google Maps, on cherche dans Google Search, on regarde des émissions sur YouTube, on paie avec Google Pay, on téléphone avec Android et on voit des publicités sur les sites web avec DoubleClick, le plus gros serveur publicitaire au monde appartenant à Google.

Dans une moindre mesure qu’Amazon, Google fait en plus son chemin dans l’infonuagique, notamment auprès des particuliers qui souhaitent héberger leurs données (photos, musique, etc.). Les revenus de Google Cloud ont plus que doublé à 13 milliards de dollars en deux ans.

On avait l’impression que tout était gratuit et un petit peu avant la fin de l’année dernière, Google a fait comprendre que le stockage a un prix, explique Bruno Guglielminetti. Quand vous avez des milliards d’utilisateurs, ça va commencer à faire entrer des sous. Le volet d’infonuagique, juste par le marché du consommateur, va augmenter en 2021.

Plus encore, le fleuron de la Silicon Valley entend développer des spécialistes en infonuagique par l’intermédiaire de formations en ligne. M. Guglielminetti y voit une stratégie du cheval de Troie pour faire entrer dans les organisations des gens formés pour des solutions Google.

Et Facebook?

L’absence de Facebook dans le créneau névralgique qu’est l’infonuagique serait d’ailleurs le talon d’Achille du réseau social, de l’avis de Sylvain Amoros. Malgré un bénéfice net en hausse de 58 % à 29 milliards de dollars en 2020, il constate que Facebook a une moins bonne diversification et des gros problèmes d’image de marque dans la foulée des tensions politiques aux États-Unis.

D’après lui, l’environnement fermé de Facebook poserait aussi un risque dans l’avenir avec l’élimination prochaine de témoins de connexion (cookies) tiers du fureteur Chrome de Google. Les publicités des annonceurs pourraient devenir de moins en moins ciblées, donc de moins en moins efficaces. Ce qui semble être un gain pour notre vie privée pourrait en revanche permettre à Google d’avoir un contrôle encore plus important sur l’industrie publicitaire.

Saidatou Dicko, du département des sciences comptables de l’UQAM, craint en ce sens que le poids économique sans cesse grandissant de ces entreprises leur assure un poids politique démesuré. Récemment, Google menaçait de rendre son moteur de recherche inaccessible en Australie pour contrer le projet du gouvernement de faire payer les géants du numérique pour le contenu produit par les médias.

Au Canada, le gouvernement a l’intention d’instaurer une taxe sur les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft) à compter de 2022, mais l’expérience australienne laisse présager quelques obstacles.

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