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Un projet immobilier d'Ottawa visant la réconciliation dénoncé par des Algonquins

Le projet Tewin « n'est pas de la réconciliation », disent des chefs algonquins

Le chef de Kitigan Zibi, Dylan Whiteduck.

Le chef de la communauté anichinabée de Kitigan Zibi, Dylan Whiteduck, s'est dit très inquiet lorsqu’il a pris connaissance du projet Tewin.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Poudrier

Antoine Trépanier

Un important projet immobilier piloté par les Algonquins de l’Ontario et qualifié d’occasion de réconciliation par des élus d’Ottawa ne passe pas le test des Algonquins (Anichinabés) du Québec et des fonctionnaires municipaux.

La semaine dernière, les fonctionnaires municipaux ont présenté aux élus municipaux des pistes de solution pour inclure au périmètre urbain plus de 1000 hectares de terres présentement en milieu rural.

Parmi celles qu’ils n’ont pas retenues : des terrains dans l’est de la ville, à proximité du quartier Orléans et tout près du centre de distribution du géant Amazon.

Carte du projet Tewin dans l'est d'Ottawa

Cette carte a été présentée aux élus municipaux membres du Comité de l’urbanisme. Les zones en rose appartiennent au groupe qui pilote le projet Tewin.

Photo : Ville d'Ottawa

Ces terres ont été acquises en janvier 2020 par l’organisation les Algonquins de l’Ontario pour plus de 16,9 millions de dollars.

Le groupe s’est joint au promoteur Taggart pour construire une communauté pouvant accueillir 45 000 résidents. Son objectif est de faire de Tewin un projet durable.

La proposition des Algonquins n’a pas été retenue par les fonctionnaires de la Ville, puisque les terres en question ne seraient pas propices à accueillir un projet d’une telle envergure, notamment en raison des coûts pour y construire le réseau d'aqueduc et les routes.

Les fonctionnaires ont suggéré aux élus municipaux de ne pas accepter ce projet.

Or, les membres du comité conjoint ont majoritairement demandé à la Ville de continuer à analyser ce projet pour qu’il s’inscrive dans la deuxième étape de l’expansion du périmètre urbain de la municipalité. Le conseil doit d’ailleurs entériner cette décision le 10 février et tout indique qu’une majorité d’élus sont favorables à ce développement.

Terrain non exploité à l'intersection des chemins Hall et Thunder, dans l'est d'Ottawa.

Une partie du terrain du projet Tewin à l'intersection des chemins Hall et Thunder, dans l'est d'Ottawa.

Photo : Radio-Canada

La raison de leur enthousiasme? La réconciliation.

Dans les derniers jours, le maire Jim Watson a déclaré que le Conseil municipal a déjà pris un engagement envers le processus de réconciliation, mais nous devons maintenant passer à l’action.

Il n’y a pas de réconciliation si nous ne partageons pas la richesse avec nos partenaires algonquins, pense le maire. Et la terre étant une ressource limitée, il est logique de soutenir cette nouvelle communauté durable qui sera un énorme moteur de prospérité future pour les Algonquins de l'Ontario.

Ce n’est pas de la réconciliation

Mercredi, le Conseil tribal de la nation algonquine Anishinabeg, la première nation de Kitigan Zibi et celle de Kebaowek ont signifié par l’entremise d’une lettre au maire Watson leur forte opposition à ce projet.

Ces trois communautés algonquines situées au Québec disent ne pas avoir été consultées par le gouvernement ontarien avant de conclure la transaction en janvier 2020. Elles estiment avoir un droit de regard sur ces terres et donc que les Algonquins de l’Ontario n’ont pas le droit de développer ces terrains.

En entrevue, le chef de la communauté anichinabée de Kitigan Zibi, Dylan Whiteduck, dit avoir été très préoccupé lorsqu’il a pris connaissance de ce projet.

« Nous, les Anichinabés de Kitigan Zibi, nous ne reconnaissons pas ce groupe, les Algonquins de l’Ontario, comme étant des Algonquins. C’est un groupe qui s’autoproclame ainsi et que nous ne reconnaissons pas. »

— Une citation de  Dylan Whiteduck, chef de la communauté de Kitigan Zibi Anishinabeg

Il y a toujours une occasion de faire la réconciliation avec les Premières Nations algonquines. Malheureusement, ceci ne l’est pas, dit-il. Selon lui, ces 450 hectares n’ont pas été cédés et ils appartiennent au peuple algonquin.

En entrevue avec CBC, le chef de la Première Nation Kebaowek, Lance Haymond, soutient que le prétexte de la réconciliation par les élus ottaviens est malheureux. Les municipalités comme Ottawa se demandent comment elles peuvent aller de l’avant et donner du symbolisme à la réconciliation et, dans ce cas-ci, c’est tout simplement malavisé, dit-il.

« Je suis content que la Ville fasse cet effort, mais d’exclure les vrais Algonquins de ces plans de réconciliation, c’est une situation qui est triste. »

— Une citation de  Lance Haymond, chef de la Première Nation de Kebaowek

Pour sa part, la chef de la Première Nation algonquine de Pikwakanagan, membre des Algonquins de l’Ontario, rétorque que l’organisation a acquis les terres du projet Tewin. La chef Wendy Jocko voit là une occasion unique d'intégrer le peuple algonquin dans le tissu socioéconomique de la ville d'Ottawa, d'une manière respectueuse de l'environnement.

La chef affirme que les gouvernements du Canada et de l’Ontario reconnaissent la légitimité de l’organisation.

Le gouvernement fédéral reconnaît officiellement 10 Premières Nations algonquines, soit 9 au Québec et une seule en Ontario, celle de Pikwakanagan. Les chefs de ces communautés disent ne pas voir la rivière des Outaouais comme une frontière, mais bien comme une voie navigable.

Mardi, Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada expliquait par courriel ne pas être du tout impliqué dans ce dossier.

Le maire persiste et signe

Dans une déclaration envoyée mercredi soir, le bureau du maire Jim Watson garde le cap et croit que les Algonquins de l’Ontario sont des partenaires légitimes.

Un homme s'adressant à des journalistes lors d'un point de presse. Il porte un costume et des lunettes.

Le maire d'Ottawa, Jim Watson

Photo : Radio-Canada

Si nous n’aidons pas les Algonquins de l’Ontario avec cette nouvelle communauté durable, leur accord territorial avec la province de l’Ontario serait périmé, bloquant ainsi toute possibilité pour eux d’utiliser la terre pour créer une prospérité future, a-t-il dit.

Or, pour le conseiller Jeff Leiper, qui s’est opposé à la proposition d’inclure le projet de Tewin dans l’élargissement du périmètre urbain, le dossier vient de prendre une toute nouvelle tournure.

Il y a d’importantes questions par rapport à qui représente les Autochtones d’Ottawa et les groupes qui se sont manifestés démontrent qu’il y a une division. Je ne pense pas que la réconciliation sera bien accomplie avec du développement de terres et des promoteurs immobiliers du privé et sans unanimité dans les communautés autochtones, affirme M. Leiper.

Au moment d’écrire ces lignes, le gouvernement de l’Ontario n’avait pas répondu à nos demandes de commentaires.

Avec des informations de Kate Porter et Jorge Barrera de CBC

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