•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Analyse

Vaccins : faites la queue, mon général

Des mains tiennent une fiole de vaccin et une seringue.

Le Québec souhaite vacciner 650 000 personnes d'ici le 1er avril.

Photo : Associated Press / Hans Pennink

Joe Biden, Kamala Harris, Benyamin Nétanyahou, le pape François et Élisabeth II ont tous un point en commun : ils ont été vaccinés contre la COVID-19. Ils sont passés devant les autres, comme les présidents indonésien et turc, le premier ministre de Singapour et le prince héritier d’Arabie saoudite.

Nous ne sommes pas prêts de voir la même chose se produire au Québec, ni au Canada d’ailleurs.

Les peuples démocratiques ont un goût naturel pour la liberté, écrivait Alexis de Tocqueville. Mais ils ont pour l’égalité une passion ardente, insatiable, éternelle, invincible, précisait l'auteur et philosophe français.

Or, s’il existe un parangon de peuple démocratique, c'est certainement le peuple québécois. Ici, le général attend son tour, quitte à passer après ses troupes.

Pourtant, pas besoin d’être un adepte des échecs pour comprendre l’importance de protéger son roi. Alors que le Québec traverse une crise sanitaire sans précédent, s’il fallait que François Legault soit infecté, ou pire, hospitalisé en raison de la COVID-19, l’impact serait majeur.

Dans l’entourage du premier ministre, et même chez ses adversaires, tout le monde comprend qu’il serait sage de donner la priorité au général. Mais tous comprennent aussi le prix politique à payer.

Dans les coulisses, on évoque le fameux sentiment d’injustice des Québécois, qui risquerait de s’emballer. Et on s’imagine mal que la population puisse accepter que le chef de la CAQ passe devant les anges gardiens dans les hôpitaux.

Le miroir d’une société

Plus d’un, comme le sociologue Gérard Bouchard, ont souligné l’attachement particulier des Québécois à l’égalité, de même que leur méfiance envers les élites.

Les mauvaises langues ont même parlé du syndrome de la haie de cèdres, soit le fait qu’au Québec on peut pousser en largeur, mais pas en hauteur. Il ne faudrait pas avoir l’air de remporter plus de succès, et encore moins d'obtenir plus de privilèges, que les autres.

Contrairement à ce qu’on voit en Europe ou chez nos voisins du sud, il nous semble parfois que les dirigeants d’ici doivent jouir du moins d’avantages possibles.

Les ministres qui se sont montrés récemment dans leur élément sur les réseaux sociaux en savent quelque chose. Leur collègue Lionel Carmant leur a proposé de partager ce qui rend leur quotidien plus lumineux pendant la pandémie.

Le défi #Tous ensemble pour aller mieux voulait présenter les dirigeants sous un éclairage plus convivial. Mais ce qui a retenu l’attention a été leur niveau de vie.

On leur a bien fait comprendre, tant au gouvernement qu’à l’extérieur, que leurs boiseries de boudoir, leur piano à queue ou leur salon vitré n’ont rien de flatteur dans l’opinion publique.

La pente glissante

Comme Justin Trudeau en conférence de presse, François Legault a déjà dit qu’il avait hâte de se faire vacciner, mais qu’il attendrait son tour. Son bureau confirme qu’il respectera, là encore, l’avis de la santé publique.

Vardit Ravitsky, professeure en bioéthique à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, croit que c’est la bonne décision. C’est une question de principe. Chez nous, l’idée de solidarité, d’équité et de résistance à la discrimination est très forte, affirme-t-elle.

Le danger de glissement, c’est qu’on commence par le premier ministre et qu’on finisse par les millionnaires, ajoute-t-elle.

Selon la bioéthicienne, il n’y a qu’une raison qui justifie qu’un dirigeant se fasse vacciner en premier : donner l’exemple et encourager la population à se faire vacciner.

Ce qui pourrait arriver plus tôt que tard, car l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) n'exclut pas de le recommander.

En attendant, c’est par là, mon général.

Au Québec, l’ordre de priorité en matière de vaccination est établi par les scientifiques du Comité sur l’immunisation du Québec (CIQ), qui fait partie de l’INSPQ.

Ce comité a déterminé que les personnes vulnérables seraient priorisées. Ce choix est fondé, selon le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), sur notre réalité culturelle, géographique, économique et sociologique.

Le gouvernement souhaite aussi s’assurer qu’il n’y ait pas de bris de services à la population, ce qui justifie la vaccination des employés du réseau de la santé.

Le gouvernement Legault a décidé d’appliquer les recommandations de l’INSPQ, même si l'exercice de priorisation est débuté, mais pas complété, selon le ministère.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !