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Caméras et profilage des clients : Place Sainte-Foy renonce à son projet pilote

Les caméras installées à Place Sainte-Foy dans le cadre d'un projet pilote pour profiler la clientèle de certains marchands ne font pas l'unanimité.

Près d'une vingtaine de caméras avaient été installées à Place Sainte-Foy dans le cadre d'un projet pilote.

Photo : Radio-Canada

Le projet pilote, qui consistait à filmer les clients et à recueillir certaines informations personnelles à l’entrée de quelques magasins de Place Sainte-Foy, est définitivement abandonné. Au printemps 2019, l’initiative avait généré une dizaine de plaintes et la Commission d’accès à l’information du Québec (CAIQ) avait déclenché une enquête.

Cette enquête ne sera jamais menée à terme puisque le projet pilote a été passé à la trappe. La CAIQ, sans statuer sur la conformité du projet déployé à Place Sainte-Foy, souligne néanmoins plusieurs enjeux liés à la technologie d’analyse vidéo anonyme (AVA) déployée dans le cadre de ce projet.

Précisons que l’ensemble des images recueillies par les 19 caméras étaient traitées automatiquement, sans que personne les regarde, avant d’être effacées dans les 24 heures. Trois marchands participaient à ce projet pilote qui permettait de déterminer le sexe et l’âge des clients fréquentant les magasins.

D’entrée de jeu, la CAIQ indique que les images des visages des clients constituent des renseignements personnels au sens de la loi puisque la vidéo brute contient de l’information qui permettrait d’identifier une personne.

Les entreprises qui utilisent la technologie AVA ont donc l’obligation d’informer leurs clients qu’ils seront filmés et doivent leur fournir tous les détails sur la manière dont ces renseignements seront utilisés.

Dans le cas de caméras dans un lieu public, la CAIQ estime que cette obligation de transparence est d’autant plus importante que la collecte se fait sans le consentement explicite de la personne concernée, qui a pour seul choix de ne pas aller près des commerces participants ou à l’intérieur.

À Place Sainte-Foy, des affiches explicatives avaient été installées à l’entrée des commerces et les employés avaient été formés pour donner l’information pertinente aux clients.

Certains clients, dans leurs plaintes, ont toutefois critiqué le manque de visibilité des affiches et les réponses parfois imprécises des employés.

Un message destiné aux clients les informe du projet pilote.

Un message destiné aux clients les informait du projet pilote.

Photo : Radio-Canada / Guylaine Bussière

La CAIQ note qu’au départ les caméras devaient aussi permettre de catégoriser la réaction des consommateurs et d’identifier la marque des sacs qu’ils avaient à la main. Ce volet a toutefois été abandonné en cours de route en raison de défis techniques.

Équilibre entre bénéfice et préjudice

La commission souligne aussi que, s’il est légitime pour une entreprise de vouloir mieux connaître sa clientèle afin de cibler ses efforts marketing, il est important de trouver un équilibre quant au respect de la vie privée. L’atteinte à la vie privée que constitue la collecte de l’image d’une personne doit être atténuée et la collecte doit être nettement plus utile à l’entreprise que préjudiciable à la personne concernée.

Dans le cas du projet pilote de Place Sainte-Foy, la CAIQ estime qu’il serait légitime de se questionner sur le caractère important et réel de l’objectif d’analyse de la clientèle poursuivi par le centre commercial étant donné que le projet pilote a pris fin notamment au motif d’une faible acceptabilité sociale et d’une couverture médiatique plutôt négative.

En retard

Tous ces commentaires ont été formulés dans une lettre envoyée par la CAIQ à l’entreprise propriétaire du centre commercial, Ivanhoé Cambridge, au printemps dernier pour lui annoncer la fermeture du dossier d’enquête. Cette lettre a aussi été envoyée au gestionnaire du projet pilote, la Fonderie de l’innovation dans le commerce au détail.

Malgré la forte médiatisation de l’affaire, la décision de mettre un terme à l’enquête n’a jamais fait l’objet d’une annonce formelle de la CAIQ. La lettre n’a que récemment été portée à notre attention, plus de huit mois après sa publication sur le site Internet de la commission.

On convient que les médias qui s’étaient intéressés à l’affaire auraient dû être avisés de cette fermeture [de l’enquête], admet la conseillère en communication de la CAIQ, Isabelle Gosselin. Elle attribue cette maladresse à la réorganisation du travail imposée par la pandémie au printemps dernier.

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