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Marjorie Taylor Greene et Liz Cheney survivent toutes deux à la grogne républicaine

Collage de photos en gros plan de Marjorie Taylor Greene, souriante, et de Liz Cheney, plus sérieuse, toutes deux devant un micro.

Marjorie Taylor Greene et Liz Cheney représentent deux ailes du Parti républicain en compétition pour la direction que prendra la formation.

Photo : Reuters / Elijah Nouvelage et Aaron P. Bernstein

Les républicains de la Chambre des représentants se sont réunis derrière des portes closes, mercredi, pour déterminer quel sort réserver à la numéro trois de leur formation à la Chambre, Liz Cheney, qui a appuyé la mise en accusation de Donald Trump, et à la nouvelle venue conspirationniste Marjorie Taylor Greene. Leur verdict : les deux élues conservent leurs responsabilités respectives.

Les deux représentantes, qui symbolisent deux ailes du parti, l'une plus traditionnelle et l'autre résolument pro-Trump, faisaient l'objet d'une fronde qui aurait pu les priver de leurs responsabilités respectives en Chambre et qui illustre la division des républicains.

Les démocrates exigent le retrait de Marjorie Taylor Greene des deux comités auxquels elle siège, celui sur le budget et celui sur l'éducation et le travail, en raison des propos extrêmes qu'elle a appuyés ou formulés elle-même sur les réseaux sociaux avant son entrée en politique.

Il n'en est pas question, ont tranché les républicains, dont les leaders n'ont même pas soumis la question au vote de leur caucus.

La formation a donc choisi de laisser le sort de Marjorie Taylor Greene, qui a multiplié les déclarations controversées et invraisemblables ces dernières années, entre les mains de l'ensemble de la Chambre. Les démocrates avaient déjà averti qu'ils agiraient si leurs adversaires républicains ne le faisaient pas.

À l'issue de la rencontre, les trois leaders républicains de la Chambre, dont Liz Cheney, se sont brièvement adressés aux reporters, affichant un front uni.

Dans deux ans [lors des élections de mi-mandat], nous obtiendrons la majorité, car cette conférence est plus unie, a lancé le leader de la minorité républicaine à la Chambre, Kevin McCarthy. Le whip Steve Scalise a fait écho à ses propos.

Les membres de tous les camps concernés ont fait part de leurs doléances [...], mais ils ont abordé la question en famille et en équipe [...] et nous en sommes sortis beaucoup plus forts.

Une citation de :Steve Scalise, whip de la minorité républicaine à la Chambre

Se portant à la défense de Marjorie Taylor Greene, Kevin McCarthy a soutenu qu'elle avait dénoncé les théories conspirationnistes du mouvement QAnon, qu'il a lui-même prétendu ne pas connaître, prononçant mal leur nom.

Plusieurs adeptes de QAnon ont participé à l'assaut du Capitole du 6 janvier dernier.

M. McCarthy a en outre affirmé que la représentante avait soutenu que les déclarations controversées qui lui étaient reprochées ne représentaient pas ses positions. Elle les a en outre tenues avant son entrée en politique, a-t-il insisté, accusant certains élus démocrates de tenir des propos extrémistes.

Déjà abonnée aux controverses, la recrue républicaine, qui a très facilement remporté le 14e district de la Georgie en novembre dernier, s'est retrouvée sous le feu des projecteurs depuis la diffusion de divers reportages, la semaine dernière, au sujet de ses activités sur les réseaux sociaux.

Certains propos qu'elle a aimés, commentés et qu'elle a elle-même écrits ou enregistrés par vidéo appelaient par exemple à l'exécution de politiciens démocrates ou qualifiaient de mises en scène des fusillades perpétrées dans des écoles, comme celles de Sandy Hook, en 2012, ou de Parkland, en 2018.

Par le passé, autant le Parti républicain que le Parti démocrate avaient sévi à l'endroit d'élus qui avaient tenu des propos répréhensibles.

Selon CNN, la majeure portion de la rencontre des républicains aurait été consacrée à Liz Cheney, qui se serait fait copieusement réprimander.

Le réseau a également rapporté qu'une bonne partie du caucus avait accueilli l'allocution de Marjorie Taylor Greene par une ovation debout, des informations dont a également fait état Vice News.

La Chambre s'exprimera

Après s'être entretenu avec son homologue de la minorité républicaine, le leader de la majorité démocrate à la Chambre, Steny Hoyer, a indiqué en après-midi que la Chambre se prononcerait sur la proposition de lui retirer ses responsabilités.

Il est clair qu'il n'y a pas d'autre option que celle de tenir un vote de la Chambre sur la résolution visant à retirer la représentante Greene de ses fonctions au sein de comités.

Une citation de :Steny Hoyer, leader de la majorité démocrate à la Chambre des représentants
M. Hoyer devant des drapeaux des États-Unis

Le leader de la majorité démocrate à la Chambre des représentants, Steny Hoyer

Photo : Getty Images / Alex Edelman

Le vote, qui devrait se tenir jeudi, forcera les élus républicains à prendre publiquement position. La situation s'annonce délicate pour ceux qui représentent des districts qui ne sont pas acquis à l'un ou à l'autre des partis.

Dans un communiqué publié pendant la rencontre des républicains, Kevin McCarthy, qui avait discuté avec Marjorie Taylor Greene la veille, a clairement indiqué qu'il ne trancherait pas la question.

Les commentaires de Marjorie Taylor Greene sur les fusillades dans les écoles, la violence politique et les théories de conspiration antisémites ne représentent pas les valeurs ou les croyances de la Conférence républicaine de la Chambre des représentants. Je condamne ces commentaires sans équivoque, a-t-il déclaré.

Il a ajouté lui avoir indiqué qu'en tant qu'élue, elle avait la responsabilité de respecter des normes plus élevées que celles d'une simple citoyenne. Marjorie l'a reconnu au cours de notre conversation. Je m'attends à ce qu'elle respecte sa parole et agisse [en conséquence] à l'avenir, a-t-il écrit, pivotant cependant rapidement pour blâmer les démocrates.

Kevin McCarthy parle en levant l'index.

Kevin McCarthy est le leader de la minorité républicaine à la Chambre des représentants.

Photo : Associated Press / Susan Walsh

Je comprends que les commentaires de Marjorie aient causé des blessures profondes à plusieurs personnes et, en conséquence, j'ai offert au leader de la majorité, M. Hoyer, une solution pour apaiser les tensions et répondre à ces préoccupations, a-t-il précisé.

Au lieu de s'unir pour faire cela, les démocrates choisissent de faire monter les tensions en prenant une mesure sans précédent pour poursuivre leur prise de pouvoir partisane concernant les affectations des comités du parti adverse.

Une citation de :Kevin McCarthy, leader de la minorité républicaine à la Chambre

Selon CNN, Kevin McCarthy aurait tenté, mardi, de convaincre Marjorie Taylor Greene de s'excuser pour ses commentaires, mais elle aurait refusé.

Si le leader républicain se montre convaincu de voir la représentante agir différemment dorénavant, un article publié mercredi après-midi par le site conservateur Washington Examiner laisse présager qu'elle n'entend changer ni son ton ni la teneur de ses propos.

Les démocrates ne se rendent même pas compte qu'ils m'aident. Je suis étonnée de voir à quel point ils sont stupides, a affirmé en entrevue Marjorie Taylor Greene, qui aurait recueilli 300 000 $ en dons politiques en une semaine.

Kevin McCarthy et tous ces leaders, le leadership [républicain] et tout le monde prouvent qu'ils ne font que parler, mais n'agissent pas, a-t-elle soutenu, insultant les démocrates ainsi que le leader de la minorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, le qualifiant de grosse tortue.

Aujourd'hui, nous avons Joe Biden à la Maison-Blanche et Nancy Pelosi, qui a 80 millions d'années, comme présidente de la Chambre, et nous avons un Sénat que nous ne contrôlons pas, avec, vous savez, M. Grosse Tortue, qui perd gracieusement, qui perd gracieusement. Et tout le monde essaie de se soumettre, au nom de l'unité, à Joe Biden, qui n'a pas la moindre idée de ce qui se passe.

Une citation de :Marjorie Taylor Greene, représentante de la Georgie

Liz Cheney conserve sa place au sein du leadership républicain

La présidente de la Conférence républicaine de la Chambre, Liz Cheney, devait pour sa part faire face à la grogne de plusieurs de ses collègues, notamment les membres du Freedom Caucus (caucus de la liberté), une faction du parti, qui voulaient lui retirer ses responsabilités.

À l'issue de discussions houleuses et d'un vote secret, elle a eu le dessus, recueillant 145 votes en sa faveur et 60 contre, une personne choisissant de ne pas se prononcer.

La représentante du Wyoming, fille de l'ancien vice-président Dick Cheney, qui a servi sous George W. Bush, a suscité la colère de plusieurs électeurs de son district, mais aussi de sa famille politique, pour son soutien à la mise en accusation de Donald Trump pour « incitation à l'insurrection ».

Elle avait expliqué sa décision en disant que jamais un président des États-Unis n'avait trahi de façon aussi importante sa fonction et son serment à la Constitution.

Son vote est d'autant plus notable que son district, le seul de son État, a voté à 70 % pour Donald Trump. Il s'agit de l'écart le plus imposant enregistré dans un État par le républicain en novembre dernier.

La semaine dernière, le représentant républicain Matt Gaetz, un partisan indéfectible de l'ancien président, s'est rendu au Wyoming, où il avait invité les électeurs républicains de l'État à se rassembler pour critiquer leur représentante, appelant à la défaite de sa collègue aux élections de mi-mandat de 2022.

L'automne dernier, avant la présidentielle, des élus du Freedom Caucus avaient ouvertement pourfendu Mme Cheney, la jugeant trop critique à l'endroit du président Trump.

Pendant la rencontre des républicains, elle aurait nettement indiqué qu'elle ne s'excuserait pas pour avoir voté selon sa conscience et aurait réclamé un vote sur le maintien de ses responsabilités, selon CNN.

Neuf autres républicains, sur un total de 211, avaient eux aussi voté en faveur de la mise en accusation de Donald Trump.

Des sénateurs républicains désavouent Greene

Certains sénateurs républicains ont choisi leur camp, commentant de façon exceptionnelle les affaires internes de leurs confrères de la Chambre.

Sans la nommer, Mitch McConnell, beaucoup plus tranchant envers Marjorie Taylor Greene que ne l'a été son homologue de la Chambre, a déclaré lundi qu'elle ne vit pas dans la réalité. L'appui aux théories du complot est un cancer pour le Parti républicain, a-t-il dit.

Il est devant des drapeaux américains.

Le leader de la minorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell

Photo : Getty Images / Chip Somodevilla

Le sénateur Mitt Romney a pour sa part affirmé qu'il n'y avait pas de place à la fois pour les conservateurs et les cinglés au sein du parti.

Marjorie Taylor Greene fait partie des élus républicains qui ont refusé de valider la victoire de Joe Biden et continuent d'affirmer, à tort, que Donald Trump s'est fait voler l'élection.

Il y a 10 jours, Twitter avait suspendu temporairement son compte en raison de multiples violations des politiques d'intégrité civique après un message dans lequel elle dénonçait des fraudes électorales.

Elle a par ailleurs accusé les antifas et le mouvement Black Lives Matter (La vie des Noirs compte) d'être responsables de l'assaut du Capitole du 6 janvier, pourtant mené par des pro-Trump.

Ceux qui alimentent l'insurrection et répandent des conspirations ont du sang sur les mains, a-t-elle ironiquement écrit sur Twitter au sujet d'élus démocrates.

La représentante, qui a véhiculé plusieurs autres théories farfelues, a déjà affiché son soutien au mouvement conspirationniste QAnon, qui croit que Donald Trump mène une guerre contre une cabale mondiale sataniste et pédophile, à laquelle participent des démocrates.

Elle avait aussi harcelé un jeune survivant de la fusillade de Parkland, devenu militant pour le contrôle des armes, lui demandant pourquoi il voulait lui soutirer son droit au deuxième amendement.

Elle a aussi déjà affirmé que l'ancien président Barack Obama était musulman, suggéré que les attentats du 11 septembre 2001 étaient un canular et présenté la mort de John F. Kennedy fils comme un autre des meurtres commis par l'ex-président démocrate Bill Clinton et l'ex-candidate à la présidence Hillary Clinton.

Elle a également laissé entendre que les feux de forêt de Californie, en 2018, avaient été causés par un laser venu de l'espace et contrôlé par une riche famille juive.

Marjorie Taylor Greene a par ailleurs déjà exprimé son accord avec un commentaire disant qu'Hillary Clinton avait participé au meurtre d'un enfant au cours d'un rituel satanique et ordonné de tuer un agent de police pour couvrir son crime.

La liste de ses déclarations farfelues, à laquelle s'en ajoutent plusieurs autres, est aussi longue que révélatrice.

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