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Une infirmière dénonce l'obligation de travailler à l'unité COVID-19 sans formation

Une infirmière se penche sur un patient de la COVID-19 à l'hôpital.

Une infirmière se penche sur un patient atteint de la COVID-19 à l'hôpital.

Photo : Getty Images / Mario Tama

Radio-Canada

Forcée de travailler à l’unité COVID-19 de l’hôpital de Chicoutimi sans détenir l’expérience ni la formation nécessaire, une infirmière clinicienne dénonce les façons de faire du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Eve Gagnon, infirmière au département de pneumologie-neurologie, a dénoncé ce qu’elle considère comme inhumain sur sa page Facebook, lundi. Sa publication a été partagée près de 500 fois.

Dans son témoignage, la jeune professionnelle de la santé de 24 ans affirme avoir été parachutée à l’unité COVID-19 plusieurs mois après avoir reçu une seule journée de formation. Tout juste avant d’y être envoyées, elle et des collègues ont eu un rafraîchissement de deux heures.

En entrevue à l’émission Place publique, Eve Gagnon a raconté qu’après deux quarts de travail, elle n’en pouvait plus, elle qui n’avait jamais travaillé aux soins intensifs auparavant et qui n’avait aucune expérience auprès de patients intubés.

Au début, j’étais contente de pouvoir aller aider. De pouvoir apprendre aussi, mais clairement, quand je suis sortie de mon [premier] quart de travail, ce n’était pas du tout ce à quoi que je m’attendais. Je savais déjà qu’on manquait de formation. C’était clair. À ce point-là, je ne savais pas. Je suis sortie vraiment découragée. J’avais beaucoup de peine pour les patients, mais aussi pour tout le personnel. On était déjà là-dedans depuis des mois, on était déjà fatigués. En plus de nous imposer ça, c’était terrible , a-t-elle raconté.

Une photographie d'Eve Gagnon tirée de son compte Facebook

L'infirmière Eve Gagnon a lancé un cri du coeur sur Facebook et dénonce le fait que le CIUSSS régional l'oblige à travailler à l'unité COVID sans détenir la formation requise.

Photo : Image tirée de Facebook

Le manque de formation est selon elle inacceptable puisque même les infirmières détenant plusieurs années d’expérience qui n’ont jamais œuvré auprès de patients intubés n'ont pas les connaissances requises.

Eve Gagnon ne se sentait pas à la hauteur de la tâche.

Je pense que c’est inhumain de faire subir ça à quelqu’un. Si tu n’as jamais fait de soins intensifs, peu importe l’ancienneté que tu vas avoir, ça prend un minimum de formation et je pense que ç'aurait été possible de nous la donner, bien avant ça, au cours de l’été, avant qu’on ait des patients COVID.

Eve Gagnon, infirmière, CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean

Au bord de l'épuisement professionnel

Rongée par l’anxiété et l'insomnie, la jeune femme s'est tournée vers son médecin, qui a demandé qu’elle soit retirée de l’unité COVID.

Au début, j’avais honte et je culpabilisais beaucoup. Par après, je me suis fait à l’idée que c’était soit ça, ou un épuisement professionnel à venir. Je me sentais tellement légère après ça , dit-elle, la voix affaiblie.

La démarche d’Eve Gagnon a incité d’autres collègues à consulter leur médecin pour demander elles aussi d’être retirées.

Forcée d’y retourner, sans être consultée

Vendredi dernier, à la grande surprise d'Eve Gagnon, la direction du CIUSSS lui a écrit pour l'informer que la restriction signée par son médecin n'était plus valide et qu’elle devait retourner travailler en zone chaude. Eve Gagnon se trouvait alors en vacances.

Ça parle d’une consultation dans la lettre, consultation à laquelle je n’ai pas été invitée. Même mon médecin n’était pas au courant. C’est le médecin de l’hôpital qui en a décidé ainsi , raconte l’infirmière clinicienne, qui est à l’emploi du CIUSSS depuis plus de trois ans.

L’infirmière aurait aimé recevoir un appel de la direction pour qu’on lui explique la démarche.

Comment vous faites pour en arriver à la conclusion que tout d’un coup, je peux y aller et que ça n’aura aucune répercussion sur mon état de santé? Ce médecin-là ne me connaît même pas. Il ne m’a jamais vue. Alors comment peut-on en venir à la conclusion, sans même me connaître? , s’interroge celle qui a fait appel à son syndicat.

Jusqu’ici, l’infirmière n’a pas eu à retourner en zone COVID. Son médecin maintient la restriction. Eve Gagnon a demandé une rencontre avec le médecin de l’hôpital.

La direction lui a demandé de retirer sa publication Facebook, mais après discussion avec un représentant syndical, il n’y aurait aucune matière à sanction dans la dénonciation . Le long message d’Eve Gagnon est donc toujours visible.

Je le fais pour dénoncer, mais aussi pour toutes les autres personnes qui n’ont pas le courage de le faire par peur , laisse-t-elle tomber, en guise d’explication.

Une formation suffisante, dit le CIUSSS

Par courriel, le CIUSSS a rappelé que le contexte de crise sanitaire est sans précédent et que la direction est consciente que la situation n’est pas facile pour le personnel.

Nous avons toutefois une obligation d'offrir les soins et les services aux patients hospitalisés, et ce, dans des contextes parfois difficiles. Et on se doit donc d'être équitable auprès des équipes. Ainsi, chaque demande de restriction de travail temporaire est évaluée et prise en compte de façon à soutenir au maximum notre personne , écrit la porte-parole, Joëlle Savard.

Elle ajoute que la formation de six semaines habituellement dispensée pour les soins intensifs dits réguliers ne s’applique pas à l’unité COVID, où la formation est beaucoup plus courte.

Le CIUSSS précise que les infirmières moins expérimentées sont en tout temps jumelées avec une infirmière des soins intensifs.

Mon premier quart était censé être un quart d’orientation, de jumelage. J’étais bel et bien jumelée. On était deux infirmières avec quelqu’un des soins intensifs, mais on avait un patient chaque déjà en commençant. On a offert du soutien, mais pas assez, pas comme je l’aurais souhaité en tous cas. C’est commencé assez rough merci », conclut Eve Gagnon.

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