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Île Brion : une première chasse au phoque sous le regard des scientifiques

Un phare sur l'Île Brion, vu de la mer.

La chasse commerciale au phoque gris a fait l'objet d'observations scientifiques (archives).

Photo : Michel Papageorges

La première chasse commerciale au phoque gris en observation scientifique s'est déroulée sans embûche lundi dans la réserve écologique de l'île Brion, au nord de l’archipel madelinot.

Un équipage de huit Madelinots, dont cinq chasseurs, s’est rendu en bateau pour abattre 160 jeunes phoques gris, tel qu’autorisé en octobre par le ministère de l’Environnement. Le nombre de bêtes chassées a été fixé en fonction de la capacité de Total Océan d'entreposer les peaux lardées.

La chasse s’est vraiment bien déroulée, affirme le président de l’Association des chasseurs de phoque intra-Québec, Jonathan Vigneau, qui faisait partie de l’équipage. Il y avait en masse de phoques sur la plage. On a atteint la limite qu’on s’était fixée assez rapidement. On est arrivé sur l’île en fin d’avant-midi et on est rentré au port en soirée.

L’opération de chasse s’est déroulée sur une section limitée de la plage, sans utilisation d’un véhicule tout-terrain, sous le regard attentif de près d’une dizaine de personnes.

Deux chercheurs de l'Université Laval se sont rendus sur l'île Brion à bord d'un deuxième bateau pour évaluer les impacts de la chasse sur l’écosystème dunaire de la réserve écologique. Des représentants de Pêches et Océans Canada, dont trois agents des pêches, dépêchés à bord deux hélicoptères, étaient aussi présents.

De jeunes phoques gris dans un milieu dunaire

La colonie de phoques gris de l'île Brion, une réserve écologique à 16 kilomètres au nord de Grosse-Île, est évaluée à au moins 10 000 individus.

Photo : Jonathan Vigneau

On a cartographié les sites des activités de chasse et on retournera voir cet été si ces sites montrent des signes de perturbation, si on peut détecter des traces de la chasse sur l’écosystème dunaire, explique le professeur au département de biologie Stéphane Boudreau.

A priori, le professeur Boudreau estime que le type de chasse effectuée lundi semble avoir des impacts pas très importants sur la flore de l'île Brion, mais qu’il est encore trop tôt pour énoncer des conclusions formelles.

Le chercheur mentionne toutefois qu'il s'agissait d'une sortie de chasse qui n'est pas nécessairement représentative d'une expédition commerciale à grande échelle.

Une chasse commerciale où on irait prélever davantage de phoques, où l’équipe de chasse serait être plus grande et où il y pourrait y avoir des véhicules tout-terrain impliqués, là les impacts sont totalement différents, affirme Stéphane Boudreau.

Nos conclusions cette année vont vraiment s’appliquer à une chasse impliquant 5 chasseurs sans véhicule tout-terrain avec une récolte de 160 bêtes.

Stéphane Boudreau, professeur au département de biologie de l'Univerisité Laval
Vue aérienne de la population de phoques gris sur l'île Brion : la plage est complètement occupée par les phoques.

Vue aérienne de la population de phoques gris sur l'île Brion en 2014 (archives)

Photo : Courtoisie Pêches et Océans Canada

Stéphane Boudreau, dont le mandat principal est de documenter les impacts potentiels de la taille de la colonie de phoques gris sur la faune et la flore de l’île Brion, retournera cet été dans la réserve écologique. Il procédera à d’autres relevés de végétation, prélèvera des échantillons d’excréments de renard afin de savoir s'ils se nourrissent de carcasses de phoques, et continuera d’analyser les images captées à l’aide de caméras automatisées.

Déjà, sa visite sur l'île Brion lundi lui a permis de constater la grande distance que peuvent parcourir les phoques sur l’île Brion, bien au-delà de la plage.

C’est un constat qu’on a fait qui est assez impressionnant, indique le professeur de l’Université Laval. Les phoques se rendent jusqu’à la falaise et jusqu’aux premiers arbres dans la section où la falaise est plus basse. Ils se rendent plus loin qu’on ne le pensait a priori.

Des bêtes valorisées en partie seulement

La presque totalité des peaux lardées des phoques chassés lundi a été vendue à Total Océan.

L'entreprise madelinienne qui souhaite commercialiser l’huile de loup-marin disposait d’une capacité de stockage des peaux limitée, puisqu’elle attend toujours de recevoir un distillateur moléculaire dont la fabrication est en cours en Chine. L’absence d’un tel équipement rend impossible la commercialisation de l’huile à des fins pharmaceutiques.

L’option de stocker de grandes quantités de peaux était moins intéressante pour nous à ce moment-ci, explique le coprésident de Total Océan, François Gaulin. On voulait jouer de prudence.

Des bacs de pêche sur le pont d'un bateau avec des peaux de phoques.

Les chasseurs ont rapporté 160 peaux lardées ainsi que la viande de 40 à 50 phoques.

Photo : Jonathan Vigneau

Total Océan a donc congelé 140 peaux lardées, dans le but de les traiter ultérieurement. Les produits de la chasse sur l’île Brion permettront aussi de réaliser des tests et de calibrer certains équipements.

Les peaux sont arrivées à l’usine, mentionne M. Gaulin. On a déjà des échantillons qui sont partis pour nos laboratoires, donc on continue nos recherches et développements de ce côté-là, ce qui est une excellente nouvelle parce que ça imite une condition de chasse normale avec traitement immédiat.

Quant à la viande de phoque, seul le quart des carcasses ont été conservées pour les besoins personnels des chasseurs, car le propriétaire de la boucherie Côte à Côte ne souhaitait pas s'approvisionner avec les phoques provenant de l'île Brion.

On n’a pas pu sauver toute la viande, parce qu’il n’y avait pas d’acheteur, on a pris ce dont l’équipage avait besoin, mais le reste on a été obligé de le remettre à l’eau parce qu’on n’avait pas d’acheteur, explique le président de l'Association des chasseurs de phoque intra-Québec, Jonathan Vigneau.

D’autres expéditions de chasse à venir

Jonathan Vigneau et son équipage devraient se rendre jeudi au Corps-Mort, un îlot madelinot situé à l’ouest de l’île du Havre Aubert, pour chasser pour le compte de la boucherie Côte à Côte.

Le boucher Réjean Vigneau avait d’abord prévu s’approvisionner sur l’île Pictou en Nouvelle-Écosse, mais l’expédition a été annulée en raison d’un coût d’assurances trop élevé pour le bateau qui devait s’y rendre.

La façade de la Boucherie Côte à Côte de Cap-aux-Meules aux Îles-de-la-Madeleine.

La boucherie Côte à Côte de Cap-aux-Meules est le principal acheteur de viande de loup-marin aux Îles-de-la-Madeleine (archives).

Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

M. Vigneau espère qu’entre 75 et 100 bêtes pourront être chassées au Corps-Mort. Il prévoit également d’autres expéditions de chasses printanières au large des îles de la Madeleine pour s’approvisionner en jeunes phoques du Groenland, dont la mise bas est plus tardive, ou en phoques gris adultes.

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