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L’Université Laurentienne devrait se relever de ses défis financiers, selon des experts

L’Université Laurentienne, en situation d'insolvabilité, a entamé lundi des démarches pour se mettre à l'abri de ses créanciers.

Affiche à l'entrée de l'Université Laurentienne de Sudbury où on voit le nom et le logo de l'établissement.

L'Université Laurentienne n'aurait pas pu poursuivre ses activités jusqu'à la fin du mois ni effectuer les paies sans l'intervention du tribunal.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Pepin

Radio-Canada

L’Université Laurentienne, dans l’incapacité de payer ses factures courantes, a pourtant de bonnes chances de réussir sa restructuration et de survivre à ses difficultés financières, assurent deux experts.

Comme toutes les autres universités, la Laurentienne est trop grande pour fermer, tranche Alex Usher, président du cabinet-conseil torontois Higher Education Strategy Associates.

Le plus souvent, les entreprises insolvables qui passent par un processus de restructuration sont en mesure de se remettre sur pied et de poursuivre leurs activités, confirme Nathan Sugeng, professionnel agréé de l’insolvabilité et de la réorganisation.

Selon M. Sugeng, il ne faut pas confondre cette procédure avec une procédure de faillite.

L’insolvabilité se définit comme l'incapacité pour une entité de rembourser sa dette à temps, alors que, dans le cas d'une faillite, l’entité est incapable de rembourser ses dettes aux créanciers.

D’après les documents relatifs au processus de restructuration (Nouvelle fenêtre) (en anglais), l’Université Laurentienne n'aurait pas pu poursuivre ses activités jusqu'à la fin du mois ni effectuer les paies sans l'intervention du tribunal.

Les documents indiquent que l'université envisage, entre autres, de réduire ses coûts en diminuant le nombre de programmes qu'elle offre et le nombre de postes de professeurs.

Raisons de l’insolvabilité

La firme Ernst & Young (EY), chargée de mettre en œuvre un plan de restructuration, relève sept causes qui ont mené l'Université Laurentienne à l'insolvabilité.

Parmi celles-ci, on note une multiplication des investissements à long terme dans des projets d’infrastructure, comme la modernisation du campus ainsi que la construction d'un bâtiment pour la Faculté de l'éducation, d’une nouvelle résidence étudiante et d'un centre de loisirs pour étudiants.

Une part importante de ces dépenses a été financée par des dettes à long terme. [L’université] pensait que ces projets contribueraient à accroître le nombre d'inscriptions, ce qui aurait conduit à une augmentation des subventions de fonctionnement et des revenus associés aux droits de scolarité, peut-on lire dans le rapport.

Cependant, la firme indépendante EY observe une nette diminution du nombre d'étudiants depuis les dernières années.

Autre point relevé par la firme, un grand nombre de programmes ont un taux d'inscription constamment faible et ne sont pas financièrement viables.

Dans les faits, le quart des étudiants se retrouvent dans 5 programmes de premier cycle sur un total de 132.

La réduction puis le gel des droits de scolarité imposés par le gouvernement ontarien en janvier 2019 et la pandémie de COVID-19 sont également mentionnés dans les causes.

Un portrait d'Alex Usher.

Alex Usher, président du cabinet-conseil torontois Higher Education Strategy Associates

Photo : Martin Trainor (CBC)

Depuis les dix dernières années, la Laurentienne cumule des déficits presque chaque année. Ça arrive peu dans les universités du Canada, explique Alex Usher.

Parmi les créanciers, Desjardins et la Banque royale du Canada ont décidé d’annuler leur entente de crédit avec l’université à la suite de discussions récentes. Ces contrats permettaient à la Laurentienne d’emprunter jusqu’à 31 millions $.

Opacité

L'accélération de la crise a été très, très rapide, et je ne sais pas comment il se fait qu'on voie de petits déficits ici et là et une crise imminente. L'histoire n'est pas bien connue à ce point-ci, estime Alex Usher.

L'Association des professeures et professeurs de l'Université Laurentienne (APPUL) s’inquiète depuis plusieurs années de la manière dont sont gérés les fonds de l’institution.

Selon le rapport d’EY, jusqu'en décembre 2020, l’université fonctionnait avec un seul compte d’opérations où étaient déposés les droits de scolarité, les subventions de recherche et les dons. Aucun compte bancaire séparé n'avait été ouvert pour recevoir et conserver des fonds déjà affectés.

Il n'est pas rare que les universités déposent les subventions de recherche et autres fonds affectés à leur compte de fonctionnement principal. Mais dans le cas de l’Université Laurentienne, ses fonds à l'heure actuelle sont insuffisants pour couvrir les obligations liées à ces fonds affectés, signale le rapport.

Après avoir eu vent de cette pratique fin décembre 2020, le Conseil des gouverneurs et le recteur, Robert Haché, ont chargé l'administration d’ouvrir trois comptes séparés dans le but d’isoler les nouveaux fonds destinés à de la recherche ou à d’autres fonds déjà affectés.

Ce qui est le plus préoccupant, c’est le manque de transparence. Il y a une certaine opacité dans la nature des dettes.

Une citation de :Jean-Charles Cachon, secrétaire-trésorier de l'Association des professeures et professeurs de l'Université Laurentienne

Nous avons aussi des préoccupations concernant des avantages octroyés à des administrateurs passés et présents, a affirmé en entrevue à l’émission Jonction 11-17 le président de l'APPUL, Fabrice Colin.

Un homme vêtu d'une veste noire à rayures blanches.

Fabrice Colin est le président de l'Association des professeures et professeurs de l'Université Laurentienne.

Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga

Les professeurs et les bibliothécaires syndiqués de l’Université Laurentienne avaient lancé un ultimatum la semaine dernière aux administrateurs afin qu'ils partagent avec eux leurs données financières.

Près de 600 professeurs et bibliothécaires sont sans contrat de travail depuis le mois de juillet 2020.

En avril dernier, l’Université Laurentienne prévoyait un déficit de 15 millions $ pour l’année financière 2020-2021, en grande partie en raison de la pandémie de COVID-19.

Avec les informations de Zacharie Routhier, Alice Zanetta, et CBC

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