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L’affaire Sloan-O’Toole expose des divisions au Parti conservateur

L’expulsion de Derek Sloan du caucus conservateur expose au grand jour des tensions au sein du parti qui pourraient éclabousser son chef Erin O’Toole.

On voit M. Sloan, de profil, qui parle à la caméra. En arrière-plan, un commerce.

Derek Sloan, député indépendant

Photo : Radio-Canada / David Richard

L’ex-député conservateur porte un manteau rouge. Il fait froid, et quand il parle, son souffle se transforme en vapeur, son visage est entouré d’un nuage de colère.

J’ai été trahi, soutient Derek Sloan en entrevue à l’extérieur de son bureau de circonscription de Belleville, en Ontario. Le député indépendant bouillonne depuis qu’il s’est fait montrer la porte du Parti conservateur, il y a trois semaines.

La raison : une série de comportements destructeurs, disait Erin O’Toole, notamment pour avoir accepté un don politique d’un suprémaciste blanc bien connu.

Mais Derek Sloan, qui niait connaître la provenance de ce don, estime qu’il s’agit plutôt d’un règlement de compte.

Erin O’Toole a défendu des positions semblables aux miennes durant la course à la direction. Et maintenant qu’il est devenu chef, dénonce-t-il, il change de direction.

Et il envoie son ex-rival en exil politique.

« L’élite politique du parti ne veut pas de moi. Mais la base du parti aime mes idées. Ce parti appartient aux membres, et pas à Erin O’Toole. »

— Une citation de  Derek Sloan, député indépendant de Hasting–Lennox et Addington

Derek Sloan est exclu du groupe parlementaire conservateur, mais est toujours officiellement membre du parti. Et il n’a pas l’intention de le quitter paisiblement.

Il a été choisi par acclamation comme candidat conservateur de sa circonscription en décembre 2020. Depuis son expulsion en janvier, le parti a entrepris de lui retirer ce titre. Un geste que Derek Sloan conteste avec l’appui de certains membres du parti, dont le président de l’exécutif local, Carlo Petracca.

On voit M. Petrecca qui parle à la caméra.

Carlo Petracca, président de l'association conservatrice de Hastings–Lennox et Addington

Photo : Radio-Canada / David Richard

Nos membres sont furieux, en colère, dit Carlo Petracca, l’expulsion de Derek est un coup politique pour mieux contrôler le parti. Erin O’Toole tourne le dos aux conservateurs sociaux et notre base se sent abandonnée.

De son côté, le parti conservateur indique être en train de prendre les mesures nécessaires pour que Derek Sloan ne soit pas candidat conservateur, sous aucune circonstance. Point! indique son porte-parole Cory Hann.

Fissures conservatrices

La bataille qui se dessine expose les fissures entre l’aile des conservateurs sociaux, les plus militants du parti, et celle des modérés. Entre ceux qui souhaitent qu’il défende des positions plus tranchées dans des dossiers comme l’avortement, les mariages de conjoints de même sexe et la possession d’arme à feu et ceux qui voudraient qu’il adopte des positions plus progressistes afin d’attirer plus de gens en son sein.

Un combat qui se déroule à l’échelle nationale, mais qui est clairement mis en relief dans la circonscription de Hasting–Lennox et Addington, représentée par Derek Sloan.

On voit des bâtiments de ferme et un champ, l'hiver.

Une ferme dans la région du Grand Napanee

Photo : Radio-Canada / David Richard

Ici, on aime notre liberté, la chasse et la pêche, lance d’emblée Edward Embury, rencontré à sa ferme près de Napanee. Il vote conservateur de père en fils, comme la grande majorité des gens du coin. Les conservateurs ont régné pas moins de 138 ans sur cette région durant les 150 dernières années.

Derek représente bien nos valeurs, estime Edward Embury, contrairement au chef conservateur Erin O’Toole, qui essaie, selon lui, d’être une pâle copie des libéraux.

Pour lui, l’expulsion du député Sloan est la goutte qui a fait déborder le vase.

« Si ça continue comme ça, je vais déchirer ma carte de membre et dire adieu à mon parti. »

— Une citation de  Edward Embury, agriculteur
On voit M. Embury qui parle à la caméra.

Edward Embury, agriculteur

Photo : Radio-Canada / David Richard

Et il n’est pas le seul à penser ainsi. Les gens de la région sont proches de la terre et de la religion. Les racines bleues sont profondes.

Sur la rue principale du Vieux Napanee, certains électeurs, comme Darlene, appuient Derek Sloan : Parce que je suis d’accord avec sa position contre l’avortement, dit-elle. Si Sloan se présente comme député indépendant, elle envisage de voter pour lui.

À l’inverse, d’autres passants, comme George, trouvent les positions de Derek Sloan trop extrêmes : Il se comporte comme un républicain des États-Unis, dit-il, et on ne veut pas de ça ici, ajoute-t-il.

On voit les façades des commerces du centre-ville et quelques voitures garées.

Le centre-ville du Vieux-Napanee

Photo : Radio-Canada / David Richard

Conflit interne

C’est l’exemple à l’échelle locale d’un dilemme auquel Erin O’Toole et les conservateurs sont confrontés à l’échelle nationale.

Les récents sondages montrent que certaines idées de droite, comme celle du Make America Great Again de Donald Trump, galvanisent la base conservatrice. Mais ces mêmes idées rebutent ceux qui pourraient être tentés de voter conservateur, des électeurs progressistes que le parti veut courtiser pour prendre le pouvoir.

Alors que les conservateurs se préparent à tenir leur congrès national le mois prochain, ces deux factions se livrent une bataille interne afin de tenter de prendre contrôle de l’ordre du jour, des politiques et de l’exécutif national qui trace la direction du parti.

Dans son atelier de mécanique, Max Kaiser prend une pause après une dure journée de labeur à sa ferme. Il vote normalement conservateur et il se réjouit de l’expulsion de Derek Sloan.

Ça envoie un message aux membres, selon lui, que le parti doit se moderniser, et que même dans les régions rurales, les mentalités sur l’avortement et les mariages gais évoluent.

« Pour attirer de nouveaux membres, le parti doit trouver le chemin de la modération. Parce qu’on est en 2021. »

— Une citation de  Max Kaiser, agriculteur et maire adjoint du Grand Napanee
On voit M. Kaiser dans un garage, qui parle à la caméra.

Max Kaiser, agriculteur et maire adjoint du Grand Napanee

Photo : Radio-Canada / David Richard

En temps de pandémie, dit Max Kaiser, beaucoup de gens quittent les grandes villes pour venir faire du télétravail à la campagne. La démographie change, les valeurs aussi, indique Max, qui songe même à voter libéral lors de la prochaine élection.

Un aveu qui devrait faire office de sonnette d’alarme au bureau d’Erin O’Toole.

La dizaine de circonscriptions voisines de Hasting–Lennox et Addington votent la plupart du temps conservateur. Sauf quand la base est divisée. Ainsi, plusieurs d’entre elles sont passées au rouge durant l’intermède du Reform et de l’Alliance canadienne.

C’est une éventualité que le chef conservateur souhaite éviter, et qui dépendra en partie de la façon dont il trouvera l’équilibre entre les exigences de sa base et les désirs des électeurs qu’il souhaite attirer au parti.

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