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Efficacité, durée, transmission : le point sur les vaccins contre la COVID-19

Une main tien une fiole et une seringue.

Un travailleur de la santé s'apprête à donner une dose du vaccin Pfizer-BioNTech.

Photo : Reuters / CARLOS OSORIO

Mathieu Gobeil

Le Canada a conclu des ententes avec sept fabricants de vaccins, dont deux ont été approuvés jusqu’à maintenant. Comment se compare leur efficacité et que signifie-t-elle? Qu’en est-il de la durée de l’immunité conférée? Peut-on attraper le coronavirus même si on a été vacciné? Voici les réponses.

Santé Canada a approuvé le 9 décembre le vaccin de Pfizer-BioNTech et le 23 décembre celui de Moderna, deux vaccins similaires, basés sur l’ARN, dont l’efficacité dépasse les 90 %. Des centaines de milliers de doses ont été données au pays.

Les autres vaccins, ceux d’AstraZeneca, de Johnson & Johnson, de Novavax, de Medicago et de Sanofi-GlaxoSmithKline, n'ont pas reçu à ce jour l’autorisation de Santé Canada et reposent sur différentes technologies. Leur efficacité, selon les études menées jusqu’ici, varie.

Même si les vaccins demeurent la meilleure arme pour venir à bout de la pandémie, ils ne sont pas une panacée et plusieurs facettes de leur action restent à documenter, soulignent les experts.

Qu’est-ce que l’efficacité d’un vaccin et comment la calcule-t-on?

L’efficacité signifie la capacité du vaccin à empêcher le développement de symptômes de la COVID-19 chez la personne vaccinée.

Pour la déterminer, Pfizer, par exemple, avait recruté plus de 40 000 participants dans son étude clinique de phase 3, explique Benoît Barbeau, professeur de virologie au Département des sciences biologiques à l'UQAM.

Environ la moitié des participants ont reçu les deux doses du vaccin, et l’autre moitié, un placebo. Ensuite, on a laissé les gens retourner à la communauté et vaquer à leurs occupations en étant possiblement exposés au virus.

On les a suivis pendant plusieurs mois. Et ceux qui démontraient des symptômes apparents de la COVID-19, à ce moment-là, devaient se rapporter, et on leur faisait passer un test de dépistage pour confirmer si, en effet, ils étaient infectés par le virus, explique le virologue.

Il s’agissait ensuite de compter le nombre de cas de COVID-19 dans les deux groupes. Au total, 170 personnes ont été infectées par le virus. 162 cas se trouvaient dans le groupe témoin, qui avait reçu le placebo, et seulement 8 dans le groupe vacciné. Ce qui donne un ratio de 5 % de cas chez les vaccinés par rapport au groupe témoin. On en conclut donc que le vaccin est efficace à 95 %.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu’un vaccin contre la COVID-19 doit montrer une efficacité d’au moins 50 % pour s’avérer utile.

Les données disent que si vous avez reçu le vaccin de Pfizer, vous avez une probabilité de 95 % d’être protégé des symptômes, résume M. Barbeau. C'est la seule chose qu'on peut dire en ce moment, avec ces données.

Ainsi, un petit pourcentage des personnes qui reçoivent les deux doses du vaccin de Pfizer auront quand même des symptômes si elles contractent le virus après avoir été vaccinées.

Les études ont montré que l’efficacité variait d’un vaccin à l’autre, mais aussi selon la sous-population vaccinée (moins de 65 ans par rapport aux 65 ans et plus) et selon d’autres paramètres.

L'Allemagne, la France et la Belgique ont notamment approuvé le vaccin d'AstraZeneca, mais seulement pour les personnes de moins de 65 ans, citant un manque de données pour démontrer l'efficacité chez les aînés.

De plus, il a été démontré que les vaccins de Moderna, de Pfizer et d'AstraZeneca sont plus efficaces après une deuxième dose.

Le Groupe stratégique consultatif d'experts (SAGE) sur la vaccination de l'OMS recommande l'administration de deux doses de ces vaccins dans un délai de 21 à 28 jours. Pfizer-BioNTech a prévenu que l'efficacité maximale de son vaccin contre la COVID-19 n'était pas démontrée si la deuxième injection est retardée.

Peut-on attraper le coronavirus et le transmettre même après avoir été vacciné?

Dans les études [de phase 3], on a vraiment ciblé ceux qui avaient des symptômes, souligne Benoît Barbeau. Il se peut que des personnes vaccinées lors des études aient ensuite contracté le virus sans développer de symptômes. Donc oui, cette possibilité existe.

Mais ceux qui sont asymptomatiques ont un taux viral assez faible. À ce moment-là, possiblement, ils sont porteurs sans être tellement contagieux. Du moins, c'est ce qu'on espère, poursuit le virologue.

Ce qui est important, c'est de savoir la quantité de virus qu’une telle personne a dans son corps, et aussi la quantité qu'elle projette sous forme de gouttelettes lorsqu'elle éternue, tousse. C'est la source principale de la transmission du virus.

Donc il y a en effet des [indications] que non seulement les gens vont être moins susceptibles de développer des symptômes, mais aussi vont être fort probablement moins contagieux lorsqu’ils ont été vaccinés, poursuit M. Barbeau.

Des études sont en cours pour déterminer la façon dont le virus se propage chez les personnes vaccinées.

Par exemple, une étude non encore publiée (Nouvelle fenêtre) portant sur le vaccin d’AstraZeneca indique que non seulement les personnes vaccinées sont protégées de la maladie, mais seraient moins à même de la transmettre à d’autres.

En ce moment, on ne dispose pas encore de données, mais ça va être un élément très important [à élucider], poursuit le virologue.

L'élément clé qui devait être établi [en phase 3] était de savoir si les vaccins sont capables d'empêcher de développer des symptômes sévères qui pourraient mener à un décès chez ceux qui auraient une difficulté à contrôler l'infection virale. Cela a en effet été démontré pour les vaccins approuvés.

Les autres éléments comme la transmission du virus et la durée de l’immunité sont maintenant analysés, en phase 4, une fois la commercialisation entamée.

Combien de temps dure l’immunité conférée par un vaccin?

Il est difficile de le dire avec certitude pour l’instant, affirme M. Barbeau, puisque cela fait seulement quelques semaines que les premiers vaccins ont été homologués et déployés. Seul le temps dira s’il sera nécessaire de se faire vacciner chaque année, comme c’est le cas actuellement pour la grippe.

Pour une infection naturelle [au coronavirus], on parlait initialement de 3 à 6 mois [de protection], maintenant on parle de 8 à 9 mois. Pour les vaccins, on espère que cela dure plusieurs mois, voire des années.

Le virologue rappelle que les virus et les vaccins provoquent la production d’anticorps pour combattre l’infection, mais aussi que des cellules du système immunitaire développent une mémoire du pathogène, permettant de le reconnaître et de combattre la maladie lors d’une future infection.

Il faudra également surveiller la durée de l’immunité en fonction des différents vaccins autorisés, dit M. Barbeau. On a en ce moment des vaccins ARN, et il y a les autres, les vaccins basés sur des adénovirus, il y a d'autres vaccins en développement qui sont basés sur des virus inactivés, atténués. Alors, il y a une multitude de vaccins qui ont différentes propriétés qui vont activer différentes facettes de la réponse immunitaire. Tout cela reste à étudier.

M. Barbeau précise toutefois que l’émergence de nouveaux variants pourrait avoir un effet sur l’efficacité des vaccins. Par exemple, Pfizer-BioNTech et Moderna étudient déjà la possibilité d’ajouter une dose supplémentaire pour que leur vaccin soit davantage efficace contre les variants britannique et sud-africain.

Les experts ne savent pas encore quel pourcentage de la population doit être vacciné pour atteindre une immunité collective contre le COVID-19.

Avec les informations de Mélanie Meloche-Holubowski

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