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Le déconfinement partiel, une surprise pour le milieu culturel québécois

Des photos de baleines sont affichées au mur dans des cadres.

Les musées pourront rouvrir leurs portes partout au Québec à partir du 8 février.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau

Fanny Bourel

Le premier ministre François Legault a annoncé mardi la réouverture des musées et des librairies au Québec le 8 février ainsi que celle des cinémas et des théâtres dans six régions de la province à compter du 26 février.

Cette nouvelle a été accueillie avec joie et surprise par les musées et les librairies, mais d'autres organisations culturelles affichent plus de réserves.

C'est une nouvelle qu'on attendait depuis plusieurs mois, même si on était solidaires des décisions gouvernementales en matière de gestion de la pandémie, a réagi Stéphan La Roche, président-directeur général du Musée de la civilisation, à Québec.

Comme les autres institutions muséales québécoises, son musée est clos depuis le 1er octobre dernier.

Nous n’avions pas été mis au courant à l’avance, mais on se réjouit de constater que le gouvernement a entendu que les musées étaient des lieux sécuritaires en temps de pandémie, a ajouté Stéphane Chagnon, directeur de la Société des musées du Québec (SMQ), qui voit une reconnaissance dans la décision de Québec.

Les musées entendus par le gouvernement

L'automne dernier, lors de l’annonce de la fermeture des lieux culturels situés en zone rouge, les institutions muséales avaient souligné qu’aucune éclosion de COVID-19 n’était survenue dans leurs murs. Les musées ont appliqué les protocoles sanitaires avec rigueur et ne sont pas des lieux de rassemblement. Les gens y circulent seuls, en couple ou en famille, a-t-il insisté.

Les 120 musées ayant répondu à un sondage réalisé par la SMQ ont dépensé 2,2 millions de dollars pour garantir la sécurité sanitaire de leurs lieux en 2020.

Les visites sur réservation, notamment, permettaient facilement la distanciation physique dans les établissements. Il faut aussi rappeler que les musées sont des édifices très bien ventilés par souci de préservation des œuvres d’art, a déclaré par communiqué Line Lamarre, présidente du Syndicat de professionnelles et professionnelles du gouvernement du Québec (SPGQ). Ce dernier regroupe notamment le personnel travaillant pour les musées nationaux.

En décembre, le Dr Horacio Arruda, directeur national de santé publique, avait admis en commission parlementaire qu’il n'avait jamais recommandé la fermeture des musées au gouvernement.

La réouverture des musées va apporter un peu de bien-être aux gens qui ont soif de culture, s’est félicité Stéphane Chagnon. De très belles expositions attendent les visiteurs partout au Québec.

Selon lui, si certaines institutions muséales particulièrement réactives peuvent accueillir le public dès la semaine prochaine, d’autres auront besoin de deux ou trois semaines pour rappeler leur personnel, remonter des expositions et remettre en place des mesures sanitaires.

Des librairies satisfaites

L’enthousiasme est aussi au rendez-vous chez les libraires qui pourront à nouveau accueillir leur clientèle après plus de six semaines passées à préparer des commandes effectuées en ligne.

On est très heureux, car la logistique derrière les ventes en ligne est lourde et les frais de livraison sont coûteux pour les librairies, a expliqué Katherine Fafard, directrice générale de l’Association des libraires du Québec (ALQ).

Autre motif de satisfaction pour les libraires : remplir à nouveau leur mission de conseil aux bibliophiles et mettre en marché de nouveaux livres. Il y a un énorme retard, car les éditeurs attendaient la réouverture pour lancer des nouveautés, a-t-elle dit.

Si la cueillette en magasin a gagné en popularité ces dernières semaines, venant s'ajouter à l’option de livraison, les ventes de livres ont tout de même chuté de 45 % le mois dernier par rapport à janvier 2020.

On sait que, comme l’an dernier, on va refaire ce retard, a assuré Katherine Fafard. Malgré tout, 2020 a été une bonne année.

En dépit du confinement du printemps dernier, les librairies indépendantes québécoises ont vu leurs ventes grimper de 5,2 % l’an dernier, et de 18 % sur le marché du grand public.

Une librairie.

Les ventes de livres ont chuté de 45 % en janvier par rapport à la même période en 2020.

Photo : Radio-Canada / Éloïse Demers-Pinard

Entre bonne nouvelle et attente

Du côté de RIDEAU, qui est l’association professionnelle des diffuseurs de spectacles, la réaction à l'annonce gouvernementale de mardi est plus mitigée.

On est contents que les salles d’une partie du Québec puissent rouvrir leurs portes et d’avoir une période tampon jusqu’au 26 février pour que les diffuseurs puissent s’organiser, réembaucher du personnel, mettre en vente les billets et promouvoir leurs spectacles, a indiqué Julie-Anne Richard, directrice générale de RIDEAU.

En effet, avoir de la prévisibilité faisait partie des revendications de RIDEAU, mais aussi de celles déjà exprimées par le Conseil québécois du théâtre (CQT).

On sent qu'on est pris au sérieux dans cette demande qui est importante, s'est réjouie Annie Trudel, la présidente du CQT.

D’ici le 26 février, les salles de spectacle et les théâtres situés dans les six régions en zone orange pourront également continuer à bénéficier des mesures d’aide gouvernementales, rassurant ainsi RIDEAU et le CQT.

Quant aux salles en zone rouge, elles devront attendre et font les frais de décisions qui vont au-delà de la question de la sécurité sanitaire, a estimé Julie-Anne Richard.

Pourquoi ouvrir les centres commerciaux? s’est-elle interrogée. Les salles sont sécuritaires, mais il y a des raisons économiques et psychologiques. Je comprends que le gouvernement ne veut pas donner l’impression de déconfiner.

Toutefois, RIDEAU préfère voir les salles de spectacle rester closes en zone rouge plutôt que de rouvrir et de devoir fermer à nouveau peu après. Ce serait encore plus dramatique.

Le fait que les artistes puissent remonter sur scène dans certaines salles permettra également à des compagnies de théâtre installées en zone rouge de s'y produire. Cela ouvre la possibilité de faire des tournées, notamment pour le théâtre jeunesse, qui est souvent présenté dans le cadre de tournées, a expliqué Anne Trudel.

Les annonces de François Legault constituent un pas dans la bonne direction, cela permet de souffler un peu, a-t-elle ajouté. Et on sent que nos demandes font du chemin, mais ce n'est qu'un début pour nous afin d'assurer la survie de l'ensemble du secteur. Il faut absolument que de l'argent soit injecté dans les programmes du Conseil des arts et des lettres du Québec.

La déception des cinémas

Bien que les cinémas reprendront les projections de films avant la fin du mois en zone orange, la Corporation des salles de cinéma du Québec (CSCQ) est déçue de l’annonce de François Legault.

On aurait aimé que tous les cinémas puissent ouvrir pour la semaine de relâche, a déclaré son président Éric Bouchard en entrevue avec Eugénie Lépine-Blondeau de l'émission Le 15-18. Mais on a de l’empathie pour les travailleurs de la santé.

Les régions en zone orange – Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, Bas-Saint-Laurent, Saguenay–Lac-Saint-Jean, Abitibi-Témiscamingue, Nord-du-Québec et Côte-Nord – ne comptent qu’une quinzaine de cinémas. Ce nombre est trop bas pour pousser les entreprises de distribution à lancer de nouveaux films, les régions de Montréal et de Québec constituant les plus importants marchés de la province.

On peut présumer que les distributeurs seront frileux de sortir des films dans le contexte où seulement [les salles de] six régions seront ouvertes.

Selon Éric Bouchard, les cinémas en région seront donc confrontés à un défi de programmation. Les gens veulent voir des nouveautés, a-t-il mis en avant.

Une rencontre du comité de relance créé au printemps dernier par les cinémas et les distributeurs de films sera bientôt organisée pour décider d’un plan de match.

Avec les informations de Louis Gagné et d’Eugénie Lépine-Blondeau

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