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La livraison d'épicerie dans des contenants réutilisables, est-ce plus vert?

Une bouteille de ketchup vide sur le comptoir d'une cuisine, devant un sac de Loop.

Le service Loop, associé à la chaîne de supermarchés Loblaws, livre des produits d'épicerie à votre porte et récupère les contenants vides.

Photo : Loop/Mensies Photography

Un nouveau système de livraison d'épicerie dans des emballages réutilisables, le premier du genre au pays, a vu le jour cette semaine en Ontario. L’objectif est de réduire le gaspillage de plastique à usage unique, mais des écologistes s’inquiètent de l’empreinte carbone du service.

La plateforme Loop, de l’entreprise de recyclage américaine TerraCycle, permet aux clients d’acheter une gamme de produits comme du ketchup Heinz, des céréales Nature’s Path et de la crème glacée Häagen-Dazs.

Les produits d’épicerie qui sont habituellement vendus dans des contenants de plastique à usage unique sont désormais disponibles dans des emballages réutilisables, souvent en verre ou en métal.

Comme à l’époque des laitiers, le service livre des produits à votre porte et récupère les contenants vides. Les livraisons sont gratuites pour les commandes de plus de 50 $. Pour les factures moins élevées, le client doit payer des frais supplémentaires de 25 $, selon l'entreprise.

Loop essaie de faciliter la tâche aux Canadiens qui souhaitent abandonner les emballages jetables à usage unique au profit de contenants réutilisables.

Tom Szaky, fondateur et PDG de TerraCycle

Pour développer de nouvelles habitudes chez les consommateurs, il faut que ce soit aussi simple et aussi pratique que de jeter quelque chose à la poubelle, dit-il.

Afin de déployer son service en Ontario, la plateforme Loop s’est associée à la société de livraison de colis FedEx et à la chaîne de supermarchés Loblaws, la plus grande au pays.

Tom Szaky, fondateur et PDG de TerraCycle.

Tom Szaky est fondateur et PDG de TerraCycle, qui a conçu le service de livraison d'épicerie Loop.

Photo : Loop/TerraCycle

Les consommateurs versent une consigne de 0,50 $ à 5,50 $ en fonction de l’emballage, et ce montant est remboursé lorsque les contenants sont retournés. Ils peuvent soit planifier une collecte gratuite, soit déposer leurs emballages dans une des 500 succursales ontariennes de FedEx.

Bien que le service commence exclusivement en ligne en Ontario, l'objectif est de s'étendre par la suite à travers le Canada et d'offrir ces contenants réutilisables dans les épiceries.

Nettoyage des contenants aux États-Unis

Pour l’instant, Loop trie et nettoie les emballages récupérés dans une installation dans l’État du New Jersey, située à environ 800 km de Toronto.

Les contenants stérilisés sont ensuite acheminés vers les usines des fabricants, tels que Nestlé et Kraft Heinz, pour qu’ils soient de nouveau remplis et vendus aux consommateurs.

Loop s’attaque au problème évident de pollution plastique, mais s'il fait ça en créant plus de carbone avec le transport, ce n'est pas une solution. C'est reporter le problème sur autre chose.

Aliénor Rougeot, militante écologiste
Une femme qui tient un mégaphone en marchant avec des centaines de jeunes qui militent pour l'environnement.

Avant la pandémie, Aliénor Rougeot organisait régulièrement des grèves étudiantes pour le climat à Toronto.

Photo : Dina Dong

Envoyer les contenants aux États-Unis pour ensuite les ramener ici, c'est incroyable, affirme Sylvain Charlebois, directeur du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie, à Halifax.

C'est quand même décevant parce qu’en analysant l'ensemble du cycle, on n'est pas sûr que l'empreinte carbone diminuera, dit-il.

L’entreprise compte prochainement effectuer le nettoyage des contenants au Canada, sans préciser d’échéancier. Le fondateur affirme que l’empreinte carbone du réseau de Loop, même avec le transport vers les États-Unis, est tout de même moins importante après quelques utilisations.

Il compare une bouteille de shampoing en plastique et le même format en aluminium. Après sa troisième utilisation, l’emballage réutilisable a le même impact que l’emballage jetable et ensuite ça s’améliore jusqu’à la dixième utilisation, où c’est environ 50 % mieux que de créer un nouvel emballage chaque fois, explique M. Szaky.

Pour les produits dont les contenants sont déjà réutilisables, comme une bouteille d’huile d’olive en verre, une amélioration de 30 % à 40 % des émissions de gaz carbonique se manifeste dès la deuxième utilisation, selon lui.

Pas encore rentable

Le service de livraison Loop – déjà disponible par l'entremise de Kroger et Walgreens aux États-Unis, de Carrefour en France et de Tesco au Royaume-Uni – n’est pas encore rentable.

L’entreprise perd environ un million de dollars américains par mois à travers son réseau mondial, souligne le PDG. Loop a investi à présent 25 millions de dollars et devra probablement injecter encore 25 millions avant d’engranger un dollar de profit, affirme Tom Szaky.

Il affirme que le transport et le nettoyage coûtent plusieurs millions de dollars à l’entreprise, mais que le coût unitaire diminuera à mesure que Loop vendra des volumes plus importants. Le PDG s’attend à enregistrer des pertes pendant au moins deux ans avant d’atteindre le seuil de rentabilité.

Un supermarché Loblaws situé à Ottawa, Ontario.

Loblaw est le partenaire canadien de la plateforme Loop.

Photo : Reuters / Chris Wattie

Loblaw a refusé notre demande d’entrevue, mais dit se réjouir du partenariat avec Loop dans un communiqué. Il y a trop de déchets plastiques dans l’environnement. Nous faisons partie du problème et devons faire partie de la solution, affirme le président exécutif du conseil, Galen Weston.

La chaîne de supermarchés – qui comprend aussi les épiceries Maxi, Provigo, No Frills et Real Canadian Superstore – s’est engagée à abandonner le plastique à usage unique d’ici 2025.

Loop est l’une des possibilités les plus innovantes. Ce partenariat permet au consommateur de faire lui aussi partie de la solution, ajoute M. Weston.

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