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Des Birmans du Canada réclament le retour des institutions démocratiques

Des soldats bloquent l,accès d'une résidence avec leur véhicule à Naypyidaw.

Des soldats à l'entrée d'une maison d'hôtes, où résident des membres du parlement Naypyidaw au lendemain du coup d’État militaire.

Photo : Getty Images

Vivant au Canada depuis 52 ans, Harn Yawnghwe dénonce le coup d’État perpétré lundi par l’armée de son pays d’origine. « Nous ne pouvons pas permettre à l'armée de lancer un coup d'État. Ce n’est pas une chose à tolérer dans un pays démocratique », dit-il.

Je me demande si les militaires ne regrettent pas l'avènement de la démocratie au Myanmar il y a 10 ans.

Harn Yawnghwe
Harn Yawnghwe et Aung San Suu Kyi.

Le Montréalais Harn Yawnghwe et la Prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi.

Photo : Harn Yawnghwe

Toutefois, Harn Yawnghwe ne dédouane pas non plus le gouvernement et la commission électorale myanmaraise pour leur responsabilité dans la crise actuelle.

Le gouvernement et la commission électorale ne sont pas irréprochables, car ils auraient pu éviter cette situation s'ils avaient donné des réponses aux accusations de fraude électorale formulées par l’armée , déclare-t-il.

Depuis le début des événements, Harn Yawnghwe a pu entrer en contact avec ses proches encore au Myanmar. Jusqu'à présent, tout est calme. Tout le monde reste à la maison. Internet et le téléphone sont toujours perturbés, mais on se débrouille pour se parler avec la famille , explique-t-il.

Selon l’armée, des élections législatives remportées par la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d’Aung San Suu Kyi, ont été entachées de fraudes massives.

Frederick John Packer

Frederick John Packer, professeur et directeur du Centre de recherche et d’enseignement sur les droits de la personne (CREDP) à l’Université d’Ottawa.

Photo : Frederick John Packer

Pour sa part, Frederick John Packer, professeur à la faculté de droit de l’Université d’Ottawa et expert du Myanmar, estime que les allégations de fraude par l'armée semblent jusqu'à présent sans fondement.

Il affirme se baser sur les observateurs occidentaux, y compris des missions diplomatiques sur place au Myanmar. Frederick John Packer reconnaît néanmoins que le pays n'est pas démocratique et que ses institutions ne sont pas transparentes.

Une situation prévisible

Jaivet Ealom

La situation des personnes détenues à la suite du coup d'État inquiète aussi Jaivet Ealom

Photo : Radio-Canada

Jaivet Ealom est birman d’origine et membre de l'ethnie rohingya. Il n'est pas surpris par la crise actuelle. Ce n'était pas surprenant, car quelque chose se préparait depuis un certain temps, déclare le Torontois.

Le professeur Packer pense aussi que ce qui se passe au Myanmar était prévisible.

Tout le processus de démocratisation a été une mascarade. Il suffit de lire la Constitution de 2008 rédigée par les militaires. Elle mentionne à peine la démocratie, uniquement dans un contexte historique, et parle de partis politiques disciplinés, c'est-à-dire contrôlés.

Frederick John Packer, professeur à la faculté de droit de l’Université d’Ottawa et expert du Myanmar

Le professeur souligne qu’au fur et à mesure que divers problèmes sont apparus, les militaires ont été mécontents et ont finalement jeté l'illusion de la démocratisation et ont repris le contrôle . Il ajoute que la LND est devenue encore plus populaire et sans doute menaçante aux yeux des militaires.

Une issue incertaine

Un convoi des forces de l’ordre à Rangoon.

Un convoi des forces de l’ordre à Rangoon le 1er février 2021 après l’annonce de l’arrestation de la dirigeante Aung San Suu Kyi.

Photo : Getty Images

À la suite du coup d'État, un président issu de l’armée a été nommé et un État d’urgence a été proclamé pour 12 mois alors que plusieurs hauts dirigeants, dont le prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, ont été arrêtés.

Jaivet Ealom dit craindre pour l’avenir du Myanmar déjà fragilisé par des crises multiples.

C'est inquiétant, d'autant plus que le pays est en proie aux conflits religieux et ethniques et a une longue histoire des guerres civiles.

Jaivet Ealom

Des dizaines de réfugiés royhingyas couchés par terre, entassés les uns sur les autres.

Des centaines de Rohingyas épuisés à Lhokseumawe en Indonésie après avoir passé plusieurs mois en mer.

Photo : via reuters / ANTARA FOTO

M. Ealom ajoute que le coup d'État peut aggraver la situation des minorités comme les Rohingyas. [ Le coup d’État ] n'apporte aucun soulagement ni pour les Rohingyas ni pour d’autres minorités persécutées le long des frontières des États de Shan et de Kachin.

Frederick John Packer est convaincu que sans une forte pression sur les militaires, le processus de démocratisation du Myanmar risque d’appartenir au passé.

Il est extrêmement improbable que l'armée recule. Elle contrôle tout. Je dirai que la prétention de démocratisation est terminée.

Comme Frederick John Packer, Harn Yawnghwe appelle l’armée et la LND au dialogue pour sortir le Myanmar de la situation d’incertitude . Il envisage aussi le recours à des enquêteurs internationaux pour faire la lumière sur les allégations de fraude électorale.

La situation au Myanmar était, mardi, au centre d’une réunion urgente du Conseil de sécurité de l’ONU.

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