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L’attaque des Titans et la guerre des géants de la diffusion en ligne pour les animes

Les plateformes de diffusion en ligne se livrent une lutte pour la diffusion des animes japonais à succès, qui attirent un public de plus en plus large en dehors de l’archipel nippon.

Un Titan mesurant plusieurs dizaines de mètres se tient au milieu d'une place, dans une ville à l'allure médiévale. Des soldats se tiennent sur le toit d'un édifice.

Dans « L'attaque des titans », les êtres humains affrontent les Titans, des géants qui semblent avoir pour seul but de les dévorer.

Photo : Wit Studio

Dominic D. Matthews

Chaque dimanche depuis quelques semaines, des hordes d’adeptes de la série d’animation japonaise L’attaque des Titans attendent impatiemment la diffusion du plus récent épisode de l’ultime saison sur des plateformes spécialisées. Cet engouement n’a pas échappé à Netflix ou à Amazon, qui tentent de mettre la main sur ces animes ayant réussi à séduire des personnes pourtant étrangères au monde des mangas.

Tirée d’un manga du Japonais Hajime Isayama, la série apocalyptique met en scène une humanité au bord du précipice, réfugiée derrière des murs immenses pour se protéger des Titans. Ces géants agissent comme de très grands bébés, à la différence que leur seul but semble être de dévorer des êtres humains.

La première saison de L’attaque des Titans, diffusée en 2013 au Japon, a été reprise ensuite sur Netflix au Canada, aux États-Unis et en France, entre autres, ce qui lui a donné un rayonnement hors des cercles traditionnels d’adeptes d’animes.

Pour voir la suite des aventures d’Eren Jaeger et de ses collègues soldats et soldates d’élite en guerre contre les Titans, il faut s’abonner à Crunchyroll ou à Funimation, des plateformes consacrées à l’animation japonaise et peu connues du grand public.

L’attaque des Titans n’est qu’un exemple de cette lutte que se livrent les plateformes de diffusion en ligne pour avoir l’exclusivité des séries japonaises à succès et attirer les fans d’animes.

La première saison de Demon Slayer : Kimetsu no Yaiba, un autre phénomène provenant du Japon, vient de faire son apparition sur Netflix. La semaine dernière, la série était l’une des 10 émissions les plus regardées sur la plateforme au Canada et aux États-Unis. Mais les adeptes l’avaient probablement déjà vue sur Crunchyroll ou Funimation, où elle était offerte depuis 2019.

Une jeune fille fait face à un jeune homme armée d'une épée.

Image tirée de l'anime « Demon Slayer: Kimetsu no Yaiba »

Photo : Aniplex

Une industrie plutôt hermétique

Jusqu’à récemment, l’industrie japonaise de l’animation montrait peu d’intérêt envers l’exportation de ses productions et leur diffusion en ligne, malgré une base solide de fidèles un peu partout dans le monde. 

L’auditoire japonais de la télévision traditionnelle demeure au centre de la stratégie commerciale, selon Marc Steinberg, professeur à l’école de cinéma Mel Hoppenheim de l’Université Concordia, spécialisé notamment dans l’industrie de l’anime.

Toutefois, au tournant des années 2010, des géants de la diffusion en ligne sont venus cogner à la porte des maisons de production et des diffuseurs pour acheter les droits de diffusion de séries à succès. L’attitude a commencé à changer au Japon, et les prix se sont mis à gonfler.

L’entrée au Japon de Netflix et d’Amazon a été comme un signal de réveil pour les diffuseurs télévisuels pour les pousser à s’investir dans la diffusion en ligne, explique Marc Steinberg.

Des négociations de droits compliquées

Pas simple, cependant, pour une entreprise provenant de l’extérieur comme Netflix d’obtenir des droits de diffusion. Elle doit négocier avec des comités de production qui peuvent inclure de très nombreuses parties prenantes : de la maison d’édition des mangas à l’entreprise qui produit des jouets dérivés, en passant par la maison de production de la série animée et le télédiffuseur.

C’est pas mal compliqué et ça fait que, par exemple, Netflix a la première saison [de L’attaque des Titans], mais pas la seconde, alors que Crunchyroll diffuse les derniers épisodes presque en simultané avec la télévision, précise Marc Steinberg.

Netflix et Amazon ont rapidement décidé qu’au lieu de payer tant d’argent pour essayer d’obtenir les droits, ils feraient mieux de s’impliquer dans la production dès le départ et d’inclure les droits de diffusion exclusifs dans le contrat, poursuit-il.

En 2014, Netflix a diffusé en exclusivité Knights of Sidonia, et multiplie depuis les partenariats avec des studios japonais. En octobre dernier, le géant américain a signé des ententes avec les studios Anima & Company, Science Saru, qui a notamment déjà réalisé Japan Sinks pour Netflix, et Mappa (qui est derrière la dernière saison de Attack on Titan, par ailleurs).

En seulement quatre ans, nous avons bâti une équipe à Tokyo qui se consacre à créer du nouveau contenu pour les adeptes de l’animation japonaise, a indiqué l’entreprise dans un communiqué.

Ce genre de partenariats a déjà donné naissance à plusieurs séries sur la plateforme américaine, dont Altered Carbon: Resleeved.

Sony, un adversaire de taille

En décembre dernier, Sony a annoncé que le géant américain AT&T, à qui appartient WarnerMedia et donc HBO, avait accepté une offre d’achat de 1,175 milliard de dollars américains pour la plateforme Crunchyroll.

Plusieurs personnages animés colorés en train de courir.

La série animée japonaise « One Piece » est l'un des programmes les plus populaires sur la plateforme de diffusion Crunchyroll.

Photo : Toei Animation

L’entreprise japonaise, qui détient également Funimation, l’autre joueur important sur le marché mondial des plateformes spécialisées en animes, fourbit ses armes pour affronter Netflix.

Avec Crunchyroll, nous allons créer la meilleure expérience possible pour les adeptes d’animes et davantage d’occasions pour les créateurs, producteurs et éditeurs au Japon et ailleurs, a indiqué Sony dans un communiqué.

Si les 4 millions d’abonnements payants de Crunchyroll font pâle figure face aux 200 millions de personnes abonnées chez Netflix, Sony peut espérer pouvoir se tailler une place de choix auprès des adeptes fidèles du genre.

Assiste-t-on à la naissance d’un joueur qui pourrait dominer le marché? Netflix, Amazon et Sony (avec Crunchyroll et Funimation) ont tous les trois les moyens de se livrer une chaude lutte, croit le professeur Steinberg. Et c’est sans compter les géants chinois qui s’intéressent également à l’anime : Nous ne sommes pas près d’avoir besoin d’un seul service pour avoir accès à tous les animes.

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