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Une tente chauffante pour les itinérants en mémoire de Raphaël André

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La tente chauffante sera fonctionnelle pendant au moins deux semaines, à partir de mardi.

Photo : Nakuset / Twitter

C’est à partir de mardi soir que les sans-abris pourront trouver un peu de chaleur au square Cabot, à Montréal, sous une tente chauffante installée à la mémoire de Raphaël Napa André.

L’homme, un Innu itinérant, a été retrouvé mort il y a quelques semaines dans une toilette chimique installée devant le refuge Open Door, dont les portes avaient été fermées pour la nuit en raison, notamment, d’une éclosion de COVID-19.

L’affaire continue de susciter le débat à propos du couvre-feu en vigueur au Québec, mais aussi à propos de la situation des sans-abris à Montréal, qu’ils soient autochtones ou non.

Cela fait des mois que je soulève la question d’avoir des tentes chauffantes… et je parle du début de la première vague!, s’exclame au bout du fil Nakuset, la responsable du Native Women’s Shelter of Montreal et cogestionnaire de Résilience Montréal, un autre organisme d’aide aux itinérants.

J’ai répété cela presque constamment… Et puisque j’ai agi de la sorte, Ian Lafrenière [le ministre des Affaires autochtones au sein du gouvernement Legault, NDLR] a tenu une conférence de presse, il y a environ deux semaines, pour annoncer qu’il y aura une tente, et a ensuite un peu placé le dossier entre mes mains. C’était un peu inattendu, mais nous avons trouvé une façon d’y arriver.

Selon Mme Nakuset, cette tente chauffante devrait être disponible entre le moment actuel et lorsqu’il fera chaud, quand les gens n’auront plus besoin de se protéger du froid.

Quand j’ai discuté avec Ian Lafrenière, je lui ai dit que je faisais déjà le maximum; c’est vous qui avez la capacité de faire intervenir l’armée, la Croix-Rouge, et ils peuvent installer leurs tentes et utiliser leurs employés.

Toujours selon Mme Nakuset, les échanges subséquents avec le gouvernement ont entraîné plusieurs modifications des plans en vue de l’installation de la tente chauffante.

Si celle-ci devait au départ être fournie par de tierces parties – l’ancienne commissaire de l’ENFFADA, Michèle Audette, a notamment proposé de fournir la plus belle tente du monde, mentionne Mme Nakuset –, les autorités ont finalement rejeté cette première idée.

Un budget de 44 000 $ a ensuite été prévu pour louer une tente, la chauffer et payer les employés ainsi que leur hébergement.

Michèle et moi avons lancé une campagne de sociofinancement sur GoFundMe, qui a permis d’amasser 13 000 $. […] Ensuite, j’ai eu des échanges avec un ami avec qui j’allais au secondaire, qui a eu vent de ce que je faisais, et qui est arrivé, la semaine dernière, avec un chèque de 26 000 $!

Après avoir obtenu le feu vert pour mettre le projet en oeuvre, la semaine dernière, la Ville de Montréal a finalement fait savoir qu’elle fournirait la tente. Cela veut dire que je peux utiliser l’argent pour autre chose, c’est super!, mentionne Mme Nakuset.

Un espoir à long terme?

Après cette première étape visant à aider les itinérants, y a-t-il de l’espoir pour que les différents ordres de gouvernement s’attaquent plus fortement aux problèmes touchant les sans-abris?

Idéalement, la tente serait là à long terme, jusqu’à ce qu’elle ne soit plus nécessaire, mais la Ville ne l’offre que pour deux semaines, indique Mme Nakuset.

Je voulais vraiment que tous les paliers de gouvernement s’impliquent; donc le fédéral avec [le ministre des Services aux Autochtones] Marc Miller et Ian Lafrenière et la Ville de Montréal, pour qu’ils préparent leurs propres plans visant à aider la population itinérante.

Malgré tout, la responsable du Native Women’s Shelter of Montreal est bien contente qu’une tente chauffante soit installée pendant deux semaines et précise que les réactions sont très positives par rapport à la décision de nommer l’endroit à la mémoire de Raphaël André.

Il faut que les gens qui sont au square Cabot [un lieu où se rassemblent beaucoup d’itinérants, y compris des Autochtones, NDLR] y restent; je ne sais pas pourquoi les gens croient qu’ils se rendront maintenant à l’Open Door, ou sur la rue Papineau, ou à la Place Dupuis. Ils ne se déplacent pas ou, du moins, très rarement.

Grâce à des dons, notamment de différentes communautés autochtones, les gens qui se rendront sous la tente chauffante pourront prendre place sur des chaises Adirondack, conserver la distanciation physique, manger et se tenir au chaud avec des couvertures et des mitaines, précise Mme Nakuset.

C’est une initiative menée par les Autochtones; devant une tragédie, nous avons trouvé une façon de présenter la tente comme ayant une signification profonde et de nous unir, en tant que communauté, pour éviter que d’autres personnes ne trouvent la mort, dit-elle.

Et pensez-y bien : un groupe d’Autochtones demande à la Ville la permission d’installer une tente!

On nous jette dans la gueule du loup

Au bout du fil, Jenny Hervieux se prépare à une longue nuit. Coordonnatrice au Centre Mamuk, à Québec, un centre multiservices destiné aux Autochtones, cette femme fait partie des gens qui aideront à assurer le bon fonctionnement de la tente chauffante au cours des deux prochaines semaines.

Au moment d'écrire ces lignes, la construction et l'aménagement de la tente étaient presque terminés. Nous devons nous rendre sur place à 20 h, jusqu'à 5 h du matin, pendant deux semaines, dit-elle.

C'est sûr que [les responsables] cherchent à faire en sorte que la tente soit en activité plus longtemps, avec les grands froids qui vont arriver, mais pour l'instant, c'est 14 jours.

Pour effectuer leur travail, Mme Hervieux et ses collègues auront droit à tous les équipements de protection nécessaires, et ils espèrent pouvoir se faire vacciner rapidement.

« On ne se le cachera pas, on se jette vraiment dans la gueule du loup. »

— Une citation de  Jenny Hervieux

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