•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des familles déchirées par les nouvelles règles à la frontière du Nouveau-Brunswick

Des travailleurs du secteur pétrolier en Alberta.

Des Néo-Brunswickois qui travaillent dans le secteur pétrolier en Alberta, notamment, sont coincés hors de leur province.

Photo : Associated Press

Rose St-Pierre

Des conjointes de travailleurs navetteurs craignent de se retrouver à la tête d’une famille monoparentale si le gouvernement du Nouveau-Brunswick conserve ses règles actuelles. Depuis dimanche, les Néo-Brunswickois qui travaillent en rotation doivent s’isoler pendant 14 jours s’ils choisissent de rentrer.

Dominique Gionet n’a pas vu son mari depuis un mois. Depuis que les nouvelles restrictions ont été annoncées, mon conjoint n’est pas revenu à la maison. Il est parti le 5 janvier, il n’a pas eu une journée de congé depuis, déplore la mère d’une adolescente de 16 ans.

Son conjoint a quitté la région de Bathurst afin de trouver un emploi après la fermeture de la mine Blue Note, en 2008. Il voyage depuis entre l’Ontario et le Nouveau-Brunswick, à raison de deux semaines de travail pour sept jours de repos. Mais depuis le resserrement des règles, il ne peut plus rentrer chez lui et travaille sans arrêt.

Famille de Dominique Gionet.

Le conjoint de Dominique Gionet (à droite) travaille sans arrêt depuis le 5 janvier à cause des nouvelles règles frontalières du Nouveau-Brunswick.

Photo : Dominique Gionet

Il est à bout, il est brûlé, admet Dominique Gionet. On entend la médecin hygiéniste dire que la santé mentale est importante en ce moment… mais les travailleurs comme mon mari, qu’est-ce qui arrive avec leur santé mentale?

De nouvelles règles touchent aussi les camionneurs et les travailleurs essentiels qui vivent ou travaillent de l'autre côté de la frontière. Bien qu'ils n'aient pas à s'isoler comme les travailleurs navetteurs, ils doivent désormais subir un test de dépistage de la COVID-19 chaque semaine.

Un choix déchirant

Pour les familles avec des enfants en bas âge, l’absence d’un des parents complique la gestion du quotidien. C’est le cas de Karine Boudreau, mère de trois enfants de moins de six ans, qui n’ont pas vu leur père coincé en Saskatchewan depuis plusieurs semaines.

C’est une grosse charge, avoue la mère. Ça m’inquiète que les enfants ne puissent pas voir leur père pendant plusieurs mois.

Famille de Pascalle Roy.

Les trois enfants de Pascalle Roy ne pourraient aller à l’école si son conjoint effectuait sa quarantaine en leur compagnie.

Photo : Pascalle Roy

La situation est encore plus compliquée pour Pascalle Roy, mère de trois enfants dont les deux pères travaillent en rotation. J’ai deux enfants qui vont à l’école en ce moment. S’ils veulent avoir un contact avec leur père ou leur beau-père, ça veut dire qu’ils n’iront plus à l’école.

Il y a des larmes qui ont été versées, c’est très, très difficile pour les enfants.

Une citation de :Pascalle Roy, mère de trois enfants

Avant les changements annoncés dimanche, les travailleurs navetteurs pouvaient écourter leur période de quarantaine en présentant un résultat de test de dépistage négatif. La nouvelle restriction est très difficile à digérer. Maintenant, avec la quarantaine obligatoire, on ne sait pas comment s’organiser.

Famille de Monique Gallant.

La famille de Monique Gallant (à gauche) craint de ne pas pouvoir célébrer l’arrivée du bébé tous ensemble.

Photo : Monique Gallant

Des complications qui inquiètent Monique Gallant, enceinte de trois mois et mère d’un jeune de dix ans. Son mari est au Labrador et espère être présent pour l’accouchement et les premiers jours de son nouvel enfant.

Je me demande pourquoi il y a autant de restrictions pour les travailleurs en rotation. C’est eux qui sont testés le plus souvent.

Une citation de :Monique Gallant, enceinte et mère d'un enfant

Même chose pour Leanne Carter, enceinte de 37 semaines. Son conjoint, Jean-Pierre Blain, travaille à la mine de Mary River au Nunavut et hésite à revenir faire une quarantaine dans sa famille. Aucune personne ne peut entrer ou sortir du foyer, explique sa mère, donc, Leanne ne peut pas se rendre à ses rendez-vous médicaux. Et si elle accouche durant son séjour, il ne pourra pas assister à l’accouchement.

Des preuves exigées

Plusieurs familles de travailleurs en rotation ont écrit au premier ministre Blaine Higgs pour demander un assouplissement des règles et plus de transparence. C‘est le cas de Karine Boudreau.

La province ne veut pas nous dévoiler des statistiques, ils ne nous disent pas combien d’éclosions s’expliquent par les travailleurs rotationnels, dénonce-t-elle.

Le ministère de la Santé n’a pas répondu à nos nombreuses demandes d’information à ce sujet, mais le gouvernement fait valoir qu’il est important de réduire les risques liés au voyage, même si cela provoque des situations difficiles pour les familles.

Votre sacrifice, au nom de la sécurité de tous, est très apprécié, a déclaré une porte-parole du gouvernement, Alysha Elliott, dimanche dernier.

Mardi, le premier ministre Blaine Higgs a plutôt évoqué un durcissement des restrictions alors que la présence du variant britannique du coronavirus a été confirmée dans la province.

Des données compilées par les travailleurs

Des travailleurs ont pris l’initiative de compiler tous leurs résultats de tests de COVID-19 pour les soumettre au gouvernement dans le but de prouver qu’ils posent peu de risques pour leur communauté.

Nous avons collecté nos propres données, à savoir les résultats de nos tests du cinquième jour et du septième jour [de quarantaine] pendant l'année écoulée, et nous n'avons pas relevé un seul cas positif dans plus de 1000 tests individuels effectués par des travailleurs en rotation, affirme Michael Pelletier dans son courriel envoyé au premier ministre.

Ils sont d’avis que la quantité importante de tests exigés permet un retour sécuritaire dans la province.

On prend un avion privé à Mirabel et on se fait tester avant de partir, explique Denis Godin, qui se rend au Nunavut deux semaines par mois. À la cinquième journée de travail, on se fait tester à nouveau. Et une nouvelle fois au retour du Nouveau-Brunswick. On le fait dans l’espoir d’être réunis avec notre famille.

Denis Godin fait des rotations depuis 14 ans, mais cette année il n’a vu son garçon que quelques semaines. Et je viens d’apprendre au téléphone que je serai papa de nouveau. Je veux le meilleur pour ma famille, et comme plusieurs travailleurs, ma santé mentale en souffre.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !