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Comment l'industrie nous rend accros aux croustilles

Tout le monde mange des croustilles. Et la pandémie n’a fait qu’exacerber notre désir d’en manger toujours plus. L’industrie, elle, met tout en œuvre pour séduire le consommateur et le rendre encore plus accro, a constaté L'épicerie.

Un homme allongé sur un sofa mange des croustilles en regardant la télévision.

97 % des Canadiens achètent en moyenne un sac de croustilles par semaine.

Photo : iStock

Le rayon des croustilles n’a jamais été aussi rempli. Il s’est aussi dédoublé. Des sacs sont maintenant placés dans les rangées des produits « nature », « santé » et « biologique ». Les classiques côtoient des chips d’apparence plus santé, aux légumes et même aux légumineuses. Les saveurs se multiplient!

La croustille est vraiment un aliment plaisir, constate la nutritionniste et spécialiste en marketing alimentaire Isabelle Marquis. Les emballages sont très colorés, aux couleurs vibrantes, attirantes.

Environ 97 % des Canadiens ont mis un sac de croustilles dans leur panier à leur dernière visite à l’épicerie, note le groupe de recherche Nielsen. Et chaque foyer en achète en moyenne une fois par semaine. L’industrie engrange ainsi des ventes de plus de 2 milliards de dollars.

Nous rendre accros aux croustilles

L’industrie agroalimentaire sait très bien comment nous rendre dépendants aux croustilles. Texture, gras et sel, c’est le mélange magique qui va faire danser nos papilles, explique Isabelle Marquis.

Ce mélange stimule certaines zones de plaisir particulières dans le cerveau. C'est insatiable, on a juste envie d'en manger encore et encore.

Une citation de :Isabelle Marquis, nutritionniste et spécialiste en marketing alimentaire

Ce n’est pas nouveau. Dans les années 60, l’industrie a développé un modèle pour maximiser les saveurs grâce au psychophysicien Howard Moskowitz. C’est le point de félicité.

Un graphique explique comment la concentration en sel, sucre et gras créé le fameux point de félicité.

Dans les années 60, l’industrie a développé un modèle pour maximiser les saveurs : c’est le point de félicité.

Photo : Radio-Canada

Le point de félicité, c'est le point qu’atteint la saveur de l'aliment, qui va maximiser le plaisir en bouche, explique le professeur adjoint en nutrition à l’Université de Montréal, Jean-Claude Moubarac.

En deçà de ce point, la quantité de gras, de sucre et de sel n'est pas suffisante pour plaire au consommateur. Et au-delà de ce point, il y a trop de gras, de sel et de sucre. Ça déplaît aux consommateurs. Le point de félicité, explique le professeur Moubarac, c'est vraiment la quantité parfaite d'ingrédients qui va maximiser le plaisir en bouche.

Ce modèle incite le cerveau à consommer plus grâce à la sécrétion d’endorphines. On veut alors recréer le plaisir et recevoir de nouveau une récompense.

L'industrie sait très bien que nos besoins sont limités. Mais nos désirs, eux, sont illimités.

Une citation de :Jean-Claude Moubarac, professeur en nutrition

Lorsque vous mangez des aliments sains comme des fruits et des légumes, vous mangez jusqu'à être plein, poursuit le professeur. Des signaux de satiété vont entrer en fonction. Mais lorsque vous consommez pour satisfaire vos désirs, vous pouvez continuer à consommer jusqu'à l'infini, parce que nos désirs sont infinis!

Une constellation de marques et de saveurs

Le rayon des croustilles semble rempli de marques et de produits différents. Mais attention, l’argent que vous dépensez va probablement à… une seule entreprise.

Le grand joueur qui domine nos tablettes au Canada, c'est Frito-Lay, constate Isabelle Marquis.

Frito-Lay est une division de PepsiCo. Leur marque phare, c’est Lays, dit-elle, mais Frito-Lay est aussi derrière les Doritos, les Tostitos, les Cheetos, les Sun Chips, les Miss Vickie’s et les Ruffles!

L’industrie continue sans cesse à lancer de nouveaux produits et de nouvelles saveurs.

Il faut comprendre que l'industrie doit constamment augmenter ses profits chaque trimestre. Pour le faire, elle a besoin que les consommateurs mangent toujours plus.

Une citation de :Jean-Claude Moubarac, professeur en nutrition
Des sacs de croustilles aux légumineuses sur une table.

Les croustilles à base de légumineuses sont la dernière tendance de la catégorie.

Photo : Radio-Canada

Faire le tri dans les croustilles

Pour nous aider à faire de meilleurs choix, L’épicerie a demandé à Isabelle Marquis de faire le ménage dans les rayons.

Les classiques :

Ce sont les bonnes vieilles croustilles sel et vinaigre que les marques déclinent en de nouvelles saveurs, continuellement.

Les entreprises savent qu'il y a un sentiment de culpabilité associé à la consommation de croustilles. Depuis des années, on nous propose donc des variations sur le thème, en enlevant un peu de gras, un peu de sel, constate la nutritionniste.

Les croustilles de légumes :

Panais, betterave, carottes… L’industrie réinvente l’art de la croustille. Mais cela ne veut pas dire qu’elles sont meilleures pour la santé! Plusieurs de ces croustilles contiennent jusqu’à 20 g de lipides pour une portion de 50 g.

C'est une expérience gustative qui est différente. Est-ce plus santé? Est-ce plus nutritif? Pas vraiment. Ça reste très gras.

Une citation de :Isabelle Marquis, nutritionniste et spécialiste en marketing alimentaire

Les croustilles collation :

Elles contiennent des pois, des pois chiches ou des haricots noirs. Elles affichent une teneur élevée en protéines et en fibre : ce sont les nouvelles croustilles à l’apparence plus nutritive, grâce à la présence de légumineuses. Mais attention, certaines d’entre elles contiennent aussi… du gras.

Des croustilles et des calories

L’ensemble de l'échantillon révèle qu’une portion d’une vingtaine de croustilles cache de 200 à 300 calories. Et plus de la moitié contiennent entre 12 et 18 g de gras. Quelle que soit leur apparence santé, le consommateur doit rester vigilant.

Si vous regardez d'où viennent les calories, vous allez voir qu’elles viennent d'abord de l'huile. Ensuite, des pommes de terre.

Concrètement, on mange de l'huile assaisonnée de morceaux de pomme de terre avec du sel.

Une citation de :Jean-Claude Moubarac, professeur en nutrition

L'idée n'est pas d'enlever le plaisir et de manger juste sainement, mais de faire attention, souligne-t-il. On est dans une société où les aliments les plus malsains dominent, il faudrait que ça soit l'inverse simplement.

Si vous aimez vraiment ça, conclut pour sa part Isabelle Marquis, assumez et essayez de développer un peu plus de conscience de la quantité que vous mangez. Parce que, dans le fond, le vrai piège, il est là.

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