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Les femmes enceintes peuvent transférer des anticorps à leurs nouveau-nés

Photo d'une femme enceinte assise en tailleur, les mains sur son ventre.

Une femme enceinte

Photo : iStock

Les femmes enceintes ayant guéri de la COVID-19 durant leur grossesse pourraient transférer en partie leur immunité à leurs nouveau-nés, montre une étude. Elle souligne toutefois le manque d’information sur les femmes enceintes dans le contexte de la pandémie.

Après plus d’un an de pandémie, le nombre de femmes qui ont eu à vivre leur grossesse en présence de la COVID- 19 a soulevé beaucoup de questions sur l’immunité développée par ces dernières, ainsi que sur les effets de cette immunité sur l’enfant à naître.

Une nouvelle étude, menée par des chercheurs américains, apporte maintenant quelques réponses. Publiés dans la revue JAMA Pediatrics (Nouvelle fenêtre), ces travaux démontrent qu’une mère qui a contracté la COVID-19 durant sa grossesse peut transférer une partie de ses anticorps au fœtus.

Pour le montrer, les chercheurs ont suivi 1471 femmes qui ont donné naissance à l’hôpital de Pennsylvanie entre avril et août 2020. De ce nombre, 83 possédaient des anticorps contre le virus SRAS-CoV-2 au moment de l’accouchement, à la suite d'une infection durant la grossesse. Ces mêmes anticorps ont été trouvés dans le sang du cordon ombilical de 72 des 83 enfants nés lors de cette étude.

Il existe plusieurs types d’anticorps et ils ne sont pas tous en mesure de traverser la barrière du placenta. Seuls des anticorps nommés IgG en sont capables, et ce sont eux qui ont été détectés chez les nouveau-nés. Cela suggère donc que l’immunité contre la COVID-19 peut passer de la mère à l’enfant.

Ce transfert d’anticorps est survenu autant chez les mères qui ont développé des symptômes lors de leur maladie que chez celles qui étaient asymptomatiques (environ 60 % des femmes suivies lors de cette étude).

Selon les données de l’étude, dans plus de la moitié des cas, la concentration d’anticorps observée chez l’enfant était égale, voire supérieure à celle trouvée chez la mère. En fait, plus il se passe de temps entre l’infection et l’accouchement, plus la concentration d’anticorps est élevée chez la mère et plus la concentration d’anticorps chez le nouveau-né est grande.

Ce raisonnement pourrait d’ailleurs expliquer ce qui est arrivé aux 11 enfants nés de mères qui ont eu la COVID-19, mais chez qui on n’a pas détecté d’anticorps.

Selon les données de l’étude, le taux d’anticorps détectés chez ces 11 mères était soit très faible, soit ces dernières n’exprimaient pas d’IgG, mais plutôt des IgM, des anticorps qui apparaissent rapidement après une infection, mais qui sont incapables de traverser la barrière placentaire. Cela suggère que ces femmes ont été infectées peu de temps avant l’accouchement, ce qui ne leur a pas permis de produire assez d’anticorps pour les passer à leur nouveau-né.

L’absence d’IgM chez les nouveau-nés montre aussi que le virus n’est pas passé de la mère au fœtus lors de la grossesse, puisque cela aurait entraîné la production de plusieurs types d’anticorps différents chez l’enfant à naître, dont les IgM. Cette observation s’ajoute aux évidences comme quoi l’infection de fœtus par le virus qui cause la COVID-19, bien que possible, reste très rare.

Selon les auteurs, il reste du travail à faire pour confirmer que ces anticorps sont bien en quantité suffisante pour protéger le nouveau-né, et combien de temps cette immunité peut durer. Puisque ces derniers ont été fournis par la mère, l’enfant n’en produira pas de nouveaux après la naissance, bien que de petites études (Nouvelle fenêtre) suggèrent qu’il pourra toujours en acquérir à travers le lait maternel.

Les chercheurs estiment qu’il sera nécessaire de suivre les enfants nés avec ces anticorps, non seulement pour obtenir des réponses à ces questions, mais aussi pour comparer l’efficacité de cette immunité naturelle à celle qui aurait été obtenue à la suite de la vaccination.

Manque d’information sur la grossesse

Les femmes enceintes sont un des groupes pour lesquels on manque le plus d’information en lien avec la COVID-19. Bien qu’initialement considérées comme n’étant pas plus à risque que le reste de la population, des études plus récentes suggèrent que ce virus n’est pas nécessairement bénin pour les femmes enceintes. Si ces dernières demeurent beaucoup moins à risque que les personnes âgées, une infection en cours de grossesse peut tout de même comporter certains risques.

Les femmes enceintes atteintes de la COVID-19 sont plus à risque d’hospitalisation aux soins intensifs que les femmes infectées du même âge qui ne sont pas enceintes, explique la Dre Isabelle Boucoiran, obstétricienne-gynécologue au CHU Sainte-Justine.

Cela a été démontré dans plusieurs pays et correspond à ce qui est bien connu pour d‘autres infections respiratoires aiguës, comme la grippe. Par contre, le risque de transmission du virus de la mère à l’enfant, in utero ou à la naissance, est très faible.

Isabelle Boucoiran

Il n’existe présentement pas de données sur l’efficacité des vaccins chez les femmes enceintes ainsi que sur la possibilité d’un transfert d’immunité vaccinale au fœtus, car ces dernières sont exclues des études cliniques.

Au Canada, les vaccins actuellement disponibles pour la COVID-19 ne sont pas contre-indiqués pour les femmes enceintes ou qui allaitent, bien que celles qui le désirent devront consulter leur médecin concernant les risques et les bénéfices que cela implique. Plusieurs autres vaccins sont toutefois considérés comme sécuritaires et efficaces pour la femme enceinte, notamment celui contre la grippe.

L’Organisation mondiale de la santé a d’ailleurs récemment changé ses directives concernant la vaccination de femmes enceintes contre la COVID-19. En date de vendredi dernier, l’OMS affirme qu’il n’y a pas de raison de croire que les risques de la vaccination dépassent les bénéfices chez la femme enceinte.

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