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L'opposant russe Alexei Navalny condamné à trois ans et demi de prison

Photo d'Alexeï Navalny fournie par le tribunal de Moscou.

Le leader de l'opposition russe Alexeï Navalny lors d’une audience au tribunal de Moscou, le 2 février 2021.

Photo : Reuters

Radio-Canada

La justice russe a ordonné mardi l'emprisonnement de l'opposant russe Alexeï Navalny en révoquant le sursis qu'il avait obtenu à la suite d'une condamnation antérieure. Une décision immédiatement suivie d'un appel à manifester de ses partisans.

Après plusieurs jours de manifestations dans les grandes villes de Russie pour réclamer la libération d'Alexeï Navalny, la juge Natalia Repnikova a déclaré mardi dans un tribunal de Moscou que l'adversaire politique du président Vladimir Poutine devra purger trois ans et demi de prison de la peine prononcée contre lui en 2014, moins les mois qu'il avait déjà passés en résidence surveillée cette année-là.

Il était accusé par la justice russe d’avoir violé les conditions de sa remise en liberté.

La peine imposée à M. Navalny devra être purgée dans une colonie pénitentiaire, selon l'agence RIA Novosti.

L'opposant russe Alexeï Navalny a pour sa part qualifié sa comparution devant ce tribunal de manœuvre destinée à faire peur à des millions de Russes à quelques mois des prochaines élections législatives.

Le plus important dans ce procès est de faire peur à une quantité énorme de gens. On en emprisonne un pour faire peur à des millions.

L'opposant russe Alexeï Navalny

Rappelant l'arrestation de milliers de personnes au cours des manifestations sévèrement réprimées ces deux dernières fins de semaine, il a dit espérer que de plus en plus de gens s'apercevront qu'il est impossible d'emprisonner des millions ou des centaines de milliers de personnes.

Quand ils le constateront, et ce moment arrivera, vous ne pourrez pas emprisonner tout le pays, a martelé Alexeï Navalny.

Appels à de nouvelles manifestations

Des manifestants à Moscou.

Manifestation à Moscou après la condamnation d'Alexeï Navalny

Photo : Reuters / EVGENIA NOVOZHENINA

Dès le prononcé de sa peine, les partisans d'Alexeï Navalny ont appelé à la tenue d'une nouvelle vague de manifestations dans le pays pour dénoncer les abus de pouvoir du gouvernement Poutine.

Plus de 1050 personnes ont été interpellées lors de ces rassemblements dans plusieurs villes du pays, selon l'ONG OVD-Info. Cette organisation spécialisée dans le suivi des protestations affirme que de ces arrestations, 865 ont eu lieu à Moscou.

Des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues d'une centaine de villes russes ces deux dernières semaines pour réclamer la libération de l'opposant. Les autorités ont répondu par des arrestations massives.

Dimanche dernier, 5400 personnes ont été arrêtées pour avoir pris part à des manifestations en faveur de l'opposant au Kremlin.

Ces protestations sont aussi alimentées par la diffusion d'une enquête de l'opposant accusant Vladimir Poutine de bénéficier d'un palais monumental sur les rives de la mer Noire, vue plus de 100 millions de fois sur YouTube.

Des voix s'élèvent à l'étranger

En début de soirée, le premier ministre du Canada Justin Trudeau a condamné l’emprisonnement de M. Navalny et a réclamé sa libération et celle des manifestants. Il ne faut jamais utiliser le système de justice à des fins politiques, a-t-il écrit dans un tweet.

Le ministre des Affaires étrangères, Marc Garneau, a de son côté exhorté la Russie à libérer l’opposant russe et les manifestants emprisonnés.

Peu de temps après le prononcé de la peine contre Alexeï Navalny, le gouvernement allemand a réclamé la libération immédiate de l'opposant russe.

Dans la foulée, le chef de la diplomatie britannique, Dominic Raab, a dénoncé une décision perverse de la justice russe et appelé à la libération sans condition de Navalny et de tous les manifestants pacifiques et des journalistes arrêtés ces deux dernières semaines dans le pays.

Le chef de la diplomatie de l'Union européenne, Josep Borrell, a quant à lui dénoncé une condamnation qui va à l'encontre des engagements internationaux de la Russie en matière d'État de droit et de libertés fondamentales.

Les États-Unis ont pour leur part exprimé leur profonde préoccupation, appelant la Russie à le libérer immédiatement et sans condition.

Nous allons nous coordonner étroitement avec nos alliés et partenaires afin que la Russie rende des comptes pour n'avoir pas respecté les droits de ses citoyens, a déclaré le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, dans un communiqué.

À Moscou, la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a accusé les capitales occidentales d'être déconnectées de la réalité.

Il n'y a aucune raison de s'ingérer dans les affaires d'un État souverain. Nous recommandons que chacun s'occupe de ses propres problèmes, a-t-elle ajouté lors d'une interview accordée à RBK.

Une épine dans le pied de Moscou

Des manifestants masqués portent des pancartes en faveur de Navalny et en opposition à Poutine.

Le 23 janvier dernier, des manifestants ont envahi la rue à Berlin pour demander la libération de Navalny.

Photo : Getty Images / Omer Messinger

Avocat de formation et farouche opposant du président Vladimir Poutine, Alexeï Navalny, 44 ans, avait été assigné à résidence en 2014 après avoir été accusé par la justice russe, entre autres, d'avoir détourné 26 millions de roubles (438 000 $ CA) avec son frère Oleg d'une filiale russe de la compagnie française Yves Rocher. Un procès dénoncé à l'étranger, notamment par l'Union européenne.

Il a récemment été arrêté à sa descente d'avion le 17 janvier dernier par la police russe alors qu'il arrivait d'Allemagne où il avait été hospitalisé de longues semaines à la suite d'un empoisonnement par un agent neurotoxique l'été dernier.

Un empoisonnement qu'il attribue directement au président Vladimir Poutine, a-t-il rappelé.

M. Navalny a aussi rappelé dans son discours mardi ses enquêtes rendues publiques en ligne impliquant les services de sécurité (FSB), des investigations que le Kremlin dément.

Nous avons montré et prouvé que Poutine, par le truchement du FSB, a commis cette tentative d'assassinat et je ne suis pas sa seule [victime]. Beaucoup le savent désormais, d'autres le sauront, et ça rend fou ce petit être dans son bunker.

L'opposant russe Alexeï Navalny

Pour les partisans de Navalny, le président russe cherche à écarter son détracteur numéro un. C'est du bon sens, ce qui se passe au tribunal aujourd'hui : Poutine jette Navalny en prison parce qu'il a survécu à son assassinat, a martelé sur Twitter un de ses collaborateurs, Leonid Volkov.

D'autres procédures à venir

Outre cette affaire, l'opposant est la cible de multiples procédures. Vendredi, il doit comparaître pour diffamation envers un ancien combattant après avoir critiqué une publicité pro-Kremlin dans laquelle il apparaissait.

Il est aussi accusé d'escroquerie, crime passible de dix ans de détention, pour avoir, selon les autorités, détourné des dons adressés à son organisation, le Fonds de lutte contre la corruption.

Les actions en justice contre ses alliés et collaborateurs se sont également multipliées : quasiment tous ont été assignés à résidence, incarcérés ou poursuivis ces dernières semaines.

Avec les informations de Agence France-Presse

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