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Rafael Payare, un chef d’orchestre prodige

Un homme habillé d'un complet brandit une baguette dans les airs.

Rafael Payare, âgé de 40 ans, est considéré comme l'un des chefs d'orchestre les plus en vue sur la scène classique internationale.

Photo : Gracieuseté : Orchestre symphonique de Montréal

Le nouveau directeur artistique de l’Orchestre symphonique de Montréal, Rafael Payare, âgé de 40 ans, a déjà derrière lui une fameuse réputation et une carrière pour le moins fulgurante. Son destin tient à trois rencontres cruciales dans sa jeunesse au Venezuela. Il nous les raconte.

Rafael Payare a 14 ans. Sa mère est institutrice, et son père, cartographe de la ville de Puerto La Cruz, dans l’est du Venezuela. Dans la famille, personne ne s’intéresse spécialement à la musique, sauf son frère, de huit ans son aîné. Un jour, il l’entend répéter dans sa chambre.

Ce que j’ai découvert en entendant mon frère jouer, ce qui a beaucoup attiré mon attention, se rappelle Rafael Payare, c’est l’Ouverture 1812 de Tchaïkovski, le thème de La Marseillaise joué par les cors.

Alors, il décide de jouer du cor français.

Son frère fait partie du Sistema, immense réseau d’écoles orchestrales pour enfants du Venezuela, fondé en 1975 par un visionnaire : José Antonio Abreu.

Rafael le suit aux répétitions et se fait inviter à une audition par le chef d'orchestre des jeunes de Puerto La Cruz, le français Antoine Duhamel, spécialiste des cuivres.

Il me dit : ''Que vas-tu nous jouer?'' Je réponds : ''Comment ça, ce que je vais jouer? Je ne connais qu’une gamme.'' ''OK, joue-la!'' me dit-il. Je la joue, on est samedi. Le lundi, je commence à jouer dans l’orchestre!

Une citation de :Rafael Payare

L'entrée en scène de Giuseppe Sinopoli

Quelques années plus tard, le grand chef d’orchestre italien Giuseppe Sinopoli vient jouer Rienzi, de Wagner, avec l’Orchestre national des jeunes Simon Bolivar du Venezuela, dont Rafael fait partie comme corniste.

Il m’a beaucoup impressionné parce que nous étions, dans l’orchestre, environ 150, 180 enfants musiciens, et à chaque changement de tempo ou autre, les répétitions prenaient un temps fou, se rappelle Rafael Payare.

Or, ce monsieur arrive, il ne parle pas espagnol, il dirige l’ouverture de Rienzi, et le son de l’orchestre change en quelques secondes. Cela m’a marqué! s'exclame le directeur artistique de l’OSM. Je me suis dit : un jour, quand j’aurai les cheveux bien blancs, je pourrai faire la même chose que ce monsieur, en son hommage. Mais d’abord, j’étais déterminé à bien jouer de mon instrument. C’est ce que je pensais. Mais, disons-le, la petite mouche de la direction d’orchestre m’a piqué au cours de cette répétition avec le maestro Sinopoli.

Après avoir dirigé plusieurs des grands orchestres d’Europe, Giuseppe Sinopoli meurt terrassé par une crise cardiaque au troisième acte d’Aida, de Verdi, à la Deutsche Opera de Berlin, en 2001.

La proposition de José Antonio Abreu

Le fondateur du Sistema, José Antonio Abreu, sait tout du jeune Payare, dont l’ambition serait de pouvoir jouer du cor en solo dans l’Orchestre national des jeunes Simon Bolivar du Venezuela. Au lieu de ça, il lui fait une proposition.

José Antonio Abreu, au centre, en compagnie de la directrice de l'Orchestre philharmonique de Los Angeles, Deborah Borda, à gauche, et un jeune musicien vénézuélien, en 2012.

''Je pense que si tu me laisses faire, m’a-t-il dit, je peux te montrer le chemin de la direction d’orchestre, parce que je crois que tu es né avec ce don.'' Alors pour moi, oui, tout a commencé à avoir du sens. Beaucoup de choses que j’avais dans le subconscient ont commencé à sortir et, une fois de plus avec le maestro, s’il ne m’avait pas ouvert cette porte, qui sait ce que je ferais maintenant.

José Antonio Abreu, économiste et musicien, voulait, grâce au Sistema, sortir les enfants, les plus pauvres surtout, des rues des villes du Venezuela ravagées par la violence.

Il est décédé en 2018. Notre collègue Marie-Eve Bédard l’a rencontré à Caracas en 2012 (Nouvelle fenêtre). Aujourd'hui, le Sistema est reconnu dans le monde entier et il est copié partout.

L’aspect le plus terrible de la pauvreté, disait José Antonio Abreu, c’est la solitude et le mépris public. L’orchestre fait naître un sens d’identité et d’estime de soi chez les enfants. C’est très important. Je l’ai constaté pendant toutes ces années où j’ai observé la trajectoire des enfants qui s’intègrent dans le Sistema. La transformation de leur vie est totale, radicale. C’est une transformation profonde de la façon de penser, de la façon d’agir, de la façon de concevoir son rôle dans la société.

Le Sistema est la pépinière des grands musiciens issus du Venezuela. Le plus célèbre est sans doute Gustavo Dudamel, de l’Orchestre symphonique de Los Angeles.

Notre reportage sur le Sistema vu par Rafael Payare, nouveau chef d’orchestre de l’OSM.

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