•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Enneigement artificiel : des impacts environnementaux sous-estimés?

Des skieurs dévalent le mont Orford.

Le recours à la neige artificielle est maintenant monnaie courante au mont Orford.

Photo : Radio-Canada

Thomas Deshaies

L’utilisation des canons à neige dans les centres de ski s’est généralisée au cours des dernières décennies au Québec. Si les exploitants estiment qu’ils sont essentiels à la pérennité de leurs activités, plusieurs organismes environnementaux souhaiteraient que l’État porte une plus grande attention aux conséquences environnementales d’une telle pratique.

Selon l’Association des stations de ski du Québec, plus de 80 % des stations fabriquent mécaniquement de la neige. La fabrication de la neige est une stratégie majeure dans l’adaptation aux changements climatiques, explique Yves Juneau, président-directeur général de l’association.

Même si l’enneigement artificiel est généralisé, il existe peu d’études disponibles sur ses impacts environnementaux. J’ai des appels chaque année pour remettre à l’avant ces questions, nous confie Anne-Sophie Demers, autrice d’une étude sur la question publiée il y a près de 15 ans.

De l’eau en grande quantité : le cas d’Orford

Mme Demers s’était intéressée à la station de ski du mont Orford et avait conclu à des impacts multiples et importants. On voit des impacts bien au-delà du domaine skiable, mentionne-t-elle en entrevue à Radio-Canada.

Un canon à neige en fonction.

L'eau qui alimente les canons à neige du mont Orford est puisée à même un étang local.

Photo : Radio-Canada

Parmi ces impacts : la quantité importante d’eau nécessaire à l’enneigement. L’eau qui alimente les canons à neige d’Orford est puisée dans l’Étang aux cerises, situé au cœur du parc national du Mont-Orford.

C’est important de se pencher sur cette question pour le futur, parce que l’enneigement va rester un impératif pour les centres de ski.

Une citation de :Anne-Sophie Demers, autrice d’une étude sur l’enneigement artificiel

Anne-Sophie Demers avait soulevé des préoccupations quant à l’impact sur la faune et la flore du secteur de l’étang. Ça prend 25 % du volume total de l’étang pour l’enneigement, ce qui représente une bonne proportion de cet habitat. Ça peut menacer les communautés ripariennes (zone longeant le cours d’eau) qui sont en dormance pendant l’hiver, explique-t-elle.

Un autre impact de l’enneigement artificiel est l’érosion accélérée de la montagne. La neige fabriquée mécaniquement est d’ailleurs plus dense qu’une neige naturelle.

Quand arrive la fonte des neiges, c’est une surcharge extrêmement importante au niveau du ruissellement qu’on impose à la montagne, ce qui a des effets sur tout le réseau hydrographique, souligne Mme Demers. Il y a beaucoup d’érosion et on voyait des impacts jusqu’au lac Memphrémagog.

Impact sur la qualité de l’eau?

L’érosion peut contribuer à augmenter la charge en sédiments des cours d’eau et dégrader leur qualité. C’est un effet possible de l’enneigement artificiel qui préoccupe le Conseil de la gouvernance de l’eau des bassins versants de la rivière Saint-François (COGESAF).

Je crois qu’il devrait y avoir une surveillance plus accrue, puis une étude sur les impacts.

Une citation de :Anne Bolduc, biologiste au COGESAF

Par ailleurs, selon le COGESAF, une portion importante de l’eau du mont Orford s’écoule dans le ruisseau Castle qui se déverse dans le lac Memphrémagog. Où il y a la prise d’eau potable de plusieurs municipalités , précise l’une des biologistes de l’organisme, Anne Bolduc.

C’est une problématique qui a des effets à long terme, parce que c’est récurrent chaque année [l’enneigement artificiel], affirme Anne Bolduc. Chaque année, on peut accumuler un peu plus de problèmes.

Pas d’études de l’État

Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs nous a confirmé n’avoir effectué aucune étude ou suivi sur l’impact de l’enneigement artificiel à Orford. Le ministère de l’Environnement n’effectue pas de suivi sur l’effet de la production de neige sur le milieu récepteur.

Des skieurs sont au sommet de la montagne.

Grâce à l'enneigement artificiel, les skieurs peuvent profiter des pentes du mont Orford plus longtemps.

Photo : Radio-Canada

Le ministère de l’Environnement nous a toutefois mentionné par courriel s'intéresser actuellement aux effets des changements climatiques sur les quantités d'eau disponibles en développant des indicateurs.

Nous progressons, mais il y a encore du travail à effectuer , précise-t-on par courriel.

Une réflexion qui pourrait avoir une incidence sur l’autorisation de prélèvement d'eau octroyée aux stations de ski. Les autorisations de prélèvement d’eau sont assorties d’une période de validité de dix ans, ajoute le représentant du ministère par courriel. Il sera possible pour le ministre de réajuster le tir graduellement avec l’amélioration de nos connaissances sur l’effet du changement climatique sur les ressources en eau du Québec.

Des mesures d’atténuation

Le directeur général de la Corporation ski et golf Mont-Orford, Simon Blouin, assure quant à lui qu’il y a des mesures d’atténuation pour réduire les effets négatifs de l’enneigement artificiel. Durant l’été, on prépare bien notre terrain avec des barrières d’eau pour réduire la vitesse d’écoulement de l’eau et contrôler l’érosion en montagne, précise-t-il.

La station procède aussi à l’entretien de la végétation pour diminuer la quantité de neige nécessaire pour la recouvrir. Aucun additif n’est ajouté à la neige.

Même si la corporation a investi massivement dans les dernières années pour les canons à neige, Simon Blouin assure que l’objectif n’est pas de produire toujours plus de neige.

On ne veut pas en faire plus parce que ça coûte tellement cher à faire [en électricité], ajoute-t-il. Ce qu’on veut c’est en faire plus rapidement pour ouvrir les pistes plus vite. Les canons sont en activité chaque hiver pour une durée d’environ 500 heures, précise M. Blouin.

La neige qu’on fabrique retourne à la nature à la fonte des neiges, donc c’est une eau qui pourra être réutilisée. De ce côté là, sur l’empreinte environnementale, c’est plutôt marginal.

Une citation de :Yves Juneau, PDG de l’Association des stations de ski du Québec

Le PDG de l’Association des stations de ski, Yves Juneau, précise quant à lui que les gestionnaires des stations agissent dans le respect de l’environnement. On sait bien que notre sport dépend des montagnes, de la nature. On a tout intérêt à préserver ces montages et l’environnement, mentionne-t-il.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !