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La langue, outil crucial pour la prévention dans les quartiers multiethniques

Antonin Benoît tend une trousse à deux femmes dans la rue.

Antonin Benoît distribue des trousses contenant un masque, des gants et des feuillets d'information.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

La Presse canadienne

Le mot d'ordre était d'aider les « quartiers chauds » de Montréal à se retirer de la liste rouge COVID-19 de la santé publique. À l'échelle locale, les CIUSSS et leurs alliés se sont alors démenés pour adapter les consignes sanitaires générales aux réalités de leurs populations multiethniques. Dans ces quartiers-là, les langues et les lieux de culte ont rapidement été mis à contribution.

Côte-des-Neiges, en plein cœur de la métropole, est un quartier densément peuplé dont plus de 50 % des habitants sont issus de l'immigration récente. Lors des deux premières vagues de la COVID-19, il faisait partie des endroits les plus touchés de la province.

Il y a plus de 40 cultures dans le secteur, dit Valérie Lahaie, coordonnatrice santé publique et partenariat au CIUSSS du Centre-Ouest-de-l'Île-de-Montréal. C'est énorme.

On y trouve beaucoup de nouveaux arrivants et de réfugiés, précise-t-elle.

Puisque les résidents parlent un grand nombre de langues et de dialectes – plus de 100 –, une façon de faire a tout de suite été ciblée : il fallait traduire les consignes sanitaires et l'information sur le confinement, puis sur le couvre-feu, dans plusieurs langues.

Ainsi, un feuillet d'information est maintenant distribué à la population en 18 langues. Un autre explique les consignes d'isolement à l'aide de pictogrammes.

On prend la température d'un homme.

Les agents du Plan local COVID-19 ne sont évidemment pas tous polyglottes, mais certains maîtrisent l'espagnol, l'arabe et le créole.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Sans oublier le « camion-crieur », comme l'appellent les travailleurs du quartier. Équipé d'un haut-parleur, il sillonne les rues de Côte-des-Neiges et diffuse les consignes en 12 langues distinctes.

Le côté multiethnique de Côte-des-Neiges n'est pas unique, rappelle en entrevue le Dr David Kaiser, chef médical à la Direction de la santé publique de Montréal. Il y a bien sûr d'autres quartiers du même type, comme Montréal-Nord et Parc-Extension.

Selon lui, il est d'importance cruciale de cibler toute la question de la langue dans ces secteurs.

On doit adapter nos communications afin de s'assurer d'être bien compris. C'est un défi continuel de pouvoir rejoindre la multitude de communautés à Montréal.

Les lieux de culte

En plus de ses spécificités linguistiques, le quartier Côte-des-Neiges compte plus de 200 lieux de culte où se tiennent de grands rassemblements. Les règles sanitaires ont changé au cours de la pandémie, restreignant par moments le nombre de personnes qui pouvaient être admises en même temps dans les mosquées, les églises, les temples et les autres lieux de culte.

Pour tenir compte de cette réalité, on a sollicité l'expertise d'Alexis Jobin-Théberge. L'homme est un conseiller cadre au partenariat PRAIDA (Programme régional d'accueil et d'intégration des demandeurs d'asile) et maintenant aussi membre de la « brigade COVID » du CIUSSS.

Un homme masqué s'apprête à cogner à une porte.

Il a fallu traduire les consignes sanitaires et l'information sur le confinement, puis sur le couvre-feu, dans plusieurs langues.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

On a créé un calendrier des fêtes religieuses, a-t-il expliqué, histoire de contacter les lieux de culte avant le début des célébrations pour leur offrir soutien et conseils.

Par exemple, avant le ramadan, suivi par les croyants de la religion musulmane, les travailleurs du CIUSSS ont fait des appels téléphoniques aux mosquées. La même démarche a été entreprise pour les fêtes des populations originaires d'Asie du Sud-Est.

On les sensibilise aussi aux activités à haut risque associées à certaines pratiques religieuses, a dit le conseiller, citant en exemple les chants religieux, qui peuvent projeter beaucoup de particules contaminées dans l'air. On leur suggère de faire ces chants à l'extérieur, dit-il.

Et puis, les responsables des lieux de culte nous aident à relayer l'information aux résidents, ajoute-t-il. On a créé des liens avec eux. Ils nous tiennent aussi au courant des besoins de la population, ce qui aide à ajuster le message, précise-t-il. Dont des informations adaptées : celles remises aux temples ont notamment été traduites en ourdou et en punjabi.

Sur le terrain

Les agents de sensibilisation du Plan local COVID-19 du quartier Côte-des-Neiges voient bien l'importance de ces initiatives.

Les gens comprennent la raison d'être des consignes sanitaires, mais parfois, il y a une barrière de la langue, a expliqué Antonin Benoît alors qu'il était en train de distribuer des trousses contenant un masque, des gants et des feuillets d'information.

Il se trouvait alors devant le MultiCaf, où des personnes faisaient la file afin d'aller à la petite épicerie qui s'y trouve pour les gens en difficulté.

Les agents du Plan local COVID-19 ne sont évidemment pas tous polyglottes, mais certains maîtrisent l'espagnol, l'arabe et le créole.

Ce n'est pas que les gens ne parlent ni le français ni l'anglais, explique Jean-Sébastien Patrice, directeur général de l'organisme communautaire MultiCaf et coordonnateur du Plan local COVID-19. Mais quand on parle leur langue, ils se sentent respectés.

Ça a été une solution miraculeuse pour l'adhésion de la population aux mesures barrières, dit-il.

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