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La pandémie plonge le Liban dans une profonde crise économique

Des soldats autour de pneus allumés par des manifestants à Tripoli, au Liban.

Les autorités libanaises ont décrété un confinement strict pour lutter contre la pandémie, ce qui a provoqué la colère de la population. À Tripoli, des affrontements entre les manifestants et les forces de l’ordre ont fait 400 blessés.

Photo : Reuters / MOHAMED AZAKIR

Radio-Canada

Le Liban est plongé dans sa pire crise économique depuis des décennies, avec une dépréciation inédite de sa monnaie, une hyperinflation, des licenciements massifs et des restrictions bancaires radicales. Et la pandémie ne fait rien pour arranger les choses.

La crise sanitaire et ses conséquences s’ajoutent à une multitude de crises qui secouent le Liban depuis plusieurs années.

Pour endiguer la propagation de la pandémie, les autorités libanaises ont décrété un confinement strict, ce qui a provoqué la colère de la population.

De violents affrontements ont eu lieu entre les forces de l’ordre et les manifestants au cours des quatre derniers jours à Tripoli, dans le nord du Liban, où des manifestants ont dénoncé les répercussions économiques du confinement imposé par les autorités.

Une personne est morte et plus de 400 autres ont été blessées.

Jeudi, des manifestants ont incendié le bâtiment de la mairie de Tripoli à coups de cocktails Molotov.

De plus, ils se sont rassemblés devant le domicile de certaines personnalités politiques de la ville, à qui les manifestants reprochent d’être responsables de la détérioration de leurs conditions de vie.

Hausse marquée de la pauvreté

Plus de la moitié de la population se retrouve sous le seuil de pauvreté, selon l'ONU, et la part de ceux qui vivent dans l'extrême pauvreté a explosé, passant de 8 % à 23 %.

En 2020, le produit intérieur brut (PIB) a chuté de 25 % et les prix ont bondi de 144 %, selon le Fonds monétaire international (FMI). La livre libanaise a perdu plus de 80 % de sa valeur face au dollar.

De plus, des restrictions sur les retraits et virements bancaires, en vigueur depuis l'automne 2019, empêchent les épargnants d'accéder librement à leurs dépôts en devises étrangères.

Des Libanais font la fil devant une agence de Western Union à Beyrouth

Des Libanais font la fil devant une agence de Western Union à Beyrouth

Photo : Radio-Canada

Les épargnants peuvent retirer uniquement de l'argent en convertissant les montants en livres libanaises à un taux extrêmement faible par rapport à celui du marché parallèle.

Cela équivaut à une perte de facto de plus de 50 %, selon l'économiste Jad Chaaban, qui souligne que les restrictions touchent surtout les petits et les moyens épargnants.

À cette situation est venue s’ajouter l'explosion au port de Beyrouth, le 4 août 2020, qui a fait plus de 200 morts. L’enquête pour déterminer les causes et les responsables de la tragédie est toujours en cours.

Les pompiers libanais tentent d'éteindre les flammes dans la zone portuaire de Beyrouth.

Les pompiers libanais tentent d'éteindre les flammes dans la zone portuaire de Beyrouth.

Photo : Getty Images / ANWAR AMRO

Le pays est sans gouvernement depuis août dernier, faute d'entente entre les principaux partis, en dépit des pressions locales et internationales.

Enfin, le Liban subit depuis la fin du mois de décembre une propagation exponentielle du coronavirus.

Un désastre social

Un premier confinement entre mars et juin 2020 a poussé près d'un Libanais sur trois au chômage, selon le Programme alimentaire mondial (PAM).

Face à l'ampleur de la crise sanitaire, le gouvernement a imposé à partir du 14 janvier un confinement strict, accompagné d'une fermeture des commerces, qui peuvent uniquement livrer à domicile. Pour sortir, les habitants doivent remplir des attestations autorisant les déplacements dans certains cas seulement.

L'ONG Save the Children a mis en garde contre les retombées sociales des restrictions, dans un pays où les journaliers représentent environ la moitié de la population active, selon le ministère du Travail.

L'organisation craint que les familles vulnérables et leurs enfants ne se retrouvent livrés à eux-mêmes.

Une femme dans sa cuisine dans un logement précaire à Tripoli

Une femme dans sa cuisine dans un logement précaire à Tripoli

Photo : Reuters / Mohamed Azakir

La Banque mondiale a approuvé une aide d'urgence de plus de 312 millions de dollars pour venir en aide à 786 000 Libanais.

De leur côté, les autorités assurent distribuer 400 000 livres libanaises par mois (66 dollars au marché noir) à 230 000 ménages défavorisés.

Aujourd’hui, 75 % des Libanais ont besoin d'une assistance financière, selon le ministère des Affaires sociales.

Intervention française

Le président français Emmanuel Macron a indiqué vendredi que la feuille de route de la France pour le Liban était toujours d’actualité et qu'il se rendrait une troisième fois dans le pays pour dénouer la crise, d'après la chaîne de télévision al Arabiya.

M. Macron a souligné que la feuille de route française était la seule solution à la crise libanaise et qu'il ferait tout son possible pour qu'un gouvernement soit formé.

M. Macron retire son masque et serre la main d'une jeune femme qui l'interpelle, ayant elle-aussi abaissé son masque.

Le président français Emmanuel Macron s'est rendu à Beyrouth en août au lendemain de l'explosion dans le port.

Photo : Reuters / Thibault Camus

Lors de sa visite au Liban en septembre, le président français avait donné un ultimatum aux dirigeants libanais de former un gouvernement de technocrates pour gérer la crise du pays. Mais aucun gouvernement n’a été formé depuis.

La justice suisse enquête sur un présumé transfert de 400 millions de dollars par le gouverneur de la Banque centrale du Liban Riad Salamé et ses proches.

Le Liban a reçu une demande officielle d’assistance juridique de la part de la Suisse.

La tenue de cette enquête a été révélée par le quotidien libanais Al Akhbar.

Riad Salamé, qui est gouverneur de la Banque centrale depuis 1993, a démenti par voie de communiqué les allégations de transfert d’argent à l’étranger.

Avec les informations de Agence France-Presse, Le Matin.ch, Al Akhbar, et Al Arabiya

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