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Tests rapides : l’Ontario prend de l'avance sur le Québec

Deux tests rapides dans une main.

Certains tests, comme le test rapide d'antigènes Panbio, peuvent être faits et lus sans équipement supplémentaire. Ils nécessitent tout de même un écouvillonnage nasopharyngé.

Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

Alors que le premier ministre François Legault continue d’affirmer que le Québec « fait déjà assez de tests » de COVID-19 et que les tests rapides ne sont pas la solution miracle, l’Ontario commence à multiplier les projets pilotes et achète des millions de tests.

Depuis quelque temps, le premier ministre ontarien Doug Ford et son bureau ont fait des appels auprès des compagnies de tests rapides pour négocier de très gros volumes d’achats.

La province a notamment commandé 9 millions de tests antigéniques rapides Panbio de la compagnie Abbott Canada. Ils auraient privilégié ces tests sur bandelettes, parce qu’ils sont faciles à utiliser, ne requièrent pas d’analyse en laboratoire et nécessitent un écouvillon nasal plutôt qu’un écouvillon nasopharyngé (comme pour les tests PCR).

David Juncker, professeur et directeur du Département de génie biomédical à l'Université McGill et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en bio-ingénierie, dit que les provinces doivent dès maintenant inclure les tests rapides dans leur stratégie de dépistage de la COVID-19. Il s’inquiète du fait que le Québec traîne autant la patte. Avec cette grosse commande, l’Ontario aurait acheté une grande partie de l’inventaire d’Abbott, ce qui laisse beaucoup moins d’options au Québec s'il décide d'utiliser les tests rapides à grande échelle.

De plus en plus de pays et de provinces vont vouloir des tests rapides, et bientôt la demande sera tellement énorme qu'il va y avoir des limites de production. Le jour où on va changer d’idée [au Québec], on n’arrivera pas à s’en procurer parce qu’on n'avait pas prévu. Ce sera comme avec les masques, dit M. Juncker.

Ces tests achetés par l’Ontario s’ajoutent aux 12 millions de tests rapides offerts par Ottawa (la province en a reçu 4,6 millions et continuera d’en recevoir 1,2 million par mois).

Rappelons que l’Agence de la santé publique du Canada a distribué 15 millions de tests rapides à travers le pays, mais peu ont été utilisés.

Ces nouveaux tests vont changer la donne, a dit Doug Ford à plusieurs reprises. L’Ontario a utilisé à ce jour environ 1 million de ces tests, dont 159 000 tests ID NOW dans des communautés rurales et éloignées et 850 000 tests Panbio dans les résidences de soins de longue durée et dans les milieux de travail. 

Une unité de test rapide avec la main d'un spécialiste tenant un écouvillon nasal.

Une machine d'analyses ID NOW

Photo : Associated Press / Carlos Osorio

Le gouvernement canadien a fait parvenir deux types de tests de dépistage rapide au Québec : 1,2 million de tests Panbio et 78 000 tests ID NOW. Moins de 10 000 de ces tests ont été utilisés jusqu'à maintenant. Pour l’instant, la province se sert de ces tests dans le cadre de quelques petits projets pilotes, car leur fiabilité n'est selon elle pas à la hauteur dans plusieurs circonstances.

Roxane Borgès Da Silva, professeure à l'École de santé publique de l'Université de Montréal, ne comprend pas cet entêtement à retarder la distribution de tests rapides à grande échelle. Il faut compléter notre stratégie de dépistage. Les tests rapides peuvent aider les autorités à mieux gérer le risque de propagation du virus.

Tester dans les écoles

Selon le rapport sur les tests rapides de Santé Canada, certaines études ont montré que le dépistage à l'aide de tests rapides peut aider à maîtriser la transmission dans les écoles. Cette stratégie a notamment eu du succès dans certaines universités américaines (Nouvelle fenêtre).

L’Ontario promet d’abord de faire des dépistages avec tests rapides une fois par semaine pendant deux semaines dans les écoles de certaines régions et de certains quartiers qui comptent des taux élevés d’infection.

Le ministre de l'Éducation s’est dit ouvert à l'idée de tests de dépistage rapide dans toutes les écoles. Certaines écoles pourraient y avoir accès dès la réouverture prévue le 10 février. 

L’Université Laurentienne, à Sudbury, a d’ailleurs commencé à offrir des tests de dépistage rapide de la COVID-19 pour ses étudiants, même s’ils ne présentent aucun symptôme.

Un homme manipule un échantillon.

Tests rapides de dépistage de la COVID-19 le 25 novembre 2020 sur le campus de l'Université Dalhousie, à Halifax en Nouvelle-Écosse.

Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

L’Ontario a par ailleurs annoncé qu’elle ferait des appels d’offres pour recruter de la main-d'œuvre afin de réaliser les tests rapides dans les écoles.

L’Ontario deviendrait alors la deuxième province à recruter des personnes sans formation médicale pour faire passer les tests. Depuis quelques mois déjà, la Nouvelle-Écosse forme des bénévoles pour faire passer des tests rapides dans des cliniques mobiles (bars, universités, etc.). Le ministre québécois de la Santé continue d’affirmer que ces tests doivent être faits par une personne ayant une formation médicale.

Au Québec, seules deux écoles montréalaises, soit l’École secondaire Calixa-Lavallée et le Pensionnat du Saint-Nom-de-Marie, une école privée pour filles, feront partie d’un projet pilote de dépistage rapide avec le test antigénique Panbio ainsi qu’un autre test par gargarisme salivaire.

Offrir des tests aux entreprises

L’Ontario offrira de plus jusqu’à 300 000 tests par semaine aux secteurs essentiels (p. ex., centres de soins de longue durée, manufactures, entrepôts, industrie alimentaire). Ainsi, jusqu’à 150 000 travailleurs pourraient être testés chaque semaine au cours des 5 prochains mois.

L’Ontario a par ailleurs déjà réalisé plus de 20 000 tests rapides dans des industries comme Air Canada, Magna, Ontario Power et Toyota. Plus de 160 entreprises utilisent les tests antigéniques rapides.

La province prévoit maintenant élargir ce projet. Le gouvernement ontarien fournira désormais des tests rapides aux entreprises qui le désirent, mais celles-ci devront les payer. Nous encourageons toutes les entreprises à faire des tests. C’est 6 $ chacun, a dit Doug Ford en conférence de presse.

Pour l’instant, les entreprises et industries québécoises ne peuvent pas acheter de tests rapides, même si plusieurs d’entre elles le demandent.

Freiner la propagation dans les centres de soins de longue durée

Depuis le 8 janvier, l’Ontario utilise les tests rapides dans plus de 250 foyers de personnes âgées pour tester les employés de 1 à 3 fois par semaine, en fonction du type de zone, chaude ou froide.

Depuis novembre, les tests Panbio sont utilisés dans le cadre d’un projet pilote de huit semaines auprès d'organismes privés, publics et à but non lucratif. On donne la priorité aux milieux de soins de santé, de première ligne et de rassemblement.

Le gouvernement estime que ce projet pilote est une occasion importante d'en apprendre davantage sur la valeur du dépistage des antigènes pour les travailleurs asymptomatiques dans divers milieux de travail et [qu'il] aidera à prendre des décisions sur la réouverture sûre et complète de l'économie.

Prudence ou fréquence?

Le ministre québécois de la Santé, Christian Dubé, a déclaré jeudi qu’on n’a absolument rien contre les tests rapides, mais qu’ils doivent être utilisés dans des contextes très précis et par des professionnels de la santé. Il affirme que la province avance lentement avec les tests rapides, par prudence.

Selon M. Dubé, les meilleurs endroits pour utiliser les tests rapides seraient là où il y a des éclosions actives. C’est plus facile avec des tests rapides de faire un premier tri et de voir s’il y a des [personnes] asymptomatiques.

Et pourtant, en Ontario, la plupart des tests rapides ont été utilisés auprès de personnes asymptomatiques.

Le ministre Dubé insiste aussi pour dire que ces tests rapides ne sont pas suffisamment fiables et présentent des faux négatifs dans jusqu’à un tiers des cas. [...] Si on fait des tests qui ne sont pas fiables, ça peut être plus dangereux, dit-il, puisque la personne testée pourrait continuer à propager le virus.

Les masques sont imparfaits. Mais ce n'est pas parce qu'ils sont parfaits qu'on les utilise pas. C’est la même chose avec les tests rapides, réplique le professeur Juncker, qui ajoute que le problème est facilement réglé en expliquant aux personnes testées qu'elles doivent continuer à suivre les règles sanitaires même si elles ont reçu un résultat négatif.

Selon Santé Canada, bien que les tests rapides ne soient pas aussi sensibles que les tests PCR en laboratoire, la plupart des tests [rapides], lorsqu'ils sont correctement déployés, peuvent être des outils utiles pour prévenir la propagation de la COVID-19.

Bien qu'un test antigénique rapide ne soit pas aussi précis qu’un test PCR en laboratoire, un test rapide est certainement mieux que de ne pas tester plus, a déclaré en entrevue à CBC le Dr Irfan Dhalla, spécialiste en dépistage au réseau hospitalier Unity Health Toronto et coprésident d'un groupe d'experts canadiens sur le dépistage.

Ce qui manque en termes de précision [avec les tests rapides] peut être récupéré en testant rapidement et fréquemment.

Dr Irfan Dhalla, spécialiste en dépistage

D’ailleurs, le gouvernement canadien indique dans son rapport sur les tests rapides que des études suggèrent que l’efficacité du dépistage dépend davantage de la fréquence des tests et du délai d'exécution que de la capacité d'un test d'identifier les personnes infectées par le virus. Une stratégie de dépistage qui inclut des tests rapides fréquents serait supérieure à une stratégie qui ne repose que sur les tests PCR.

C’est plus important d’être rapide que d’être 100 % correct à chaque fois, ajoute la Dre Lauren Lapointe-Shaw, épidémiologiste et chercheuse à l'Institut de recherche de l'Hôpital général de Toronto. Les meilleurs tests, ce sont ceux qui sont les plus faciles à faire.

Le premier ministre québécois François Legault était catégorique jeudi. On nous dit qu’il faudrait utiliser des tests moins fiables pour faire plus de tests, mais on fait déjà beaucoup de tests, a-t-il dit, en rappelant que le Québec avait effectué plus de 38 000 tests le jour précédent.

Mais le Québec n'atteint pas son objectif de 35 000 tests quotidiennement. En fait, le Québec a plutôt réalisé en moyenne par jour 31 600 tests en janvier, 26 239 tests en décembre et 26 239 tests en novembre.

C’est tout de même 3500 tests par 1 million d’habitants qui ont été menés depuis novembre, soit plus que l’Ontario avec 2968 tests par millions d’habitants depuis les trois derniers mois. Cela pourrait toutefois changer au cours des prochaines semaines, avec la mise en oeuvre des millions de tests rapides acquis par l'Ontario.

Plusieurs experts estiment que les taux de dépistage au Canada sont encore beaucoup trop bas et que les délais d'attente des résultats sont trop longs. Nous devrions utiliser tous les outils dont nous disposons, ajoute le Dr Dhalla.

Benoit Larose, vice-président de Medtech Canada, l'association de l'industrie canadienne des technologies médicales, ne comprend pas pourquoi les provinces n'ont pas encore ajouté cette arme à leur arsenal.

C’est dommage. Ça ne peut pas nuire, ça peut juste aider. C’est comme si on hésitait à sortir du chemin tracé il y a un an. On dirait que le sentiment d’urgence n’est pas assez développé.

Tous les experts sont d’accord sur un point. Les tests rapides ne remplaceront pas les tests PCR conventionnels, mais sont une arme supplémentaire pour le dépistage. Alors, pourquoi autant de réticence? demandent David Juncker et Roxane Borgès Da Silva.

Avec les informations de Thomas Gerbet

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