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Une « culture de tolérance au non-respect » entre les médecins et des cadres du CISSS-AT

Des voitures sont stationnées devant l'hôpital et sur le côté de celui-ci.

Un rapport fait état d'un climat de travail difficile entre les médecins et des cadres de la Direction des services professionnels.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Ouellette

Les conclusions d’un récent rapport interne du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Abitibi-Témiscamingue ne seraient pas étrangères au départ de la directrice des services professionnels et de l’enseignement universitaire, Annie Léger, et de son adjoint, Gérard D. Boulanger. On y apprend que le lien de confiance était brisé avec des médecins.

Le rapport interne réalisé par Luc Chabot et Nicole L’Écuyer-Demers visait uniquement le département des services professionnels et de l’enseignement universitaire.

Il est sans équivoque, la relation entre plusieurs médecins et la Direction des services professionnels et de l’enseignement universitaire (DSPEU) était très mauvaise. On y précise que les relations de travail se sont dégradées ces dernières années.

Des médecins nous ont décrit une relation carrément toxique entre les médecins, la directrice du département, Annie Léger, et son adjoint, Gérard D. Boulanger.

La démarche diagnostique révèle l’existence d’importants conflits depuis plusieurs années entre la DSPEU, les différentes directions et les médecins. Cette situation fragilise et vulnérabilise les membres des équipes et le milieu de travail, affecte considérablement le climat de travail et le sentiment d’appartenance, précise le rapport.

Transmis au mois d’août 2020, le rapport précise qu’un climat de méfiance s’est installé, que cette situation laisse place à des débordements quant aux standards de respect et de civilité normalement attendus dans un milieu professionnel.

La présidente-directrice générale du CISSS-AT, Caroline Roy, nous a confié qu’elle était consciente qu’il existait certains problèmes et du mécontentement. C’est justement pour cette raison qu’elle a demandé cette enquête interne.

C’est un constat qui est difficile à entendre, mais en même temps c’est pour ça qu’on a demandé une analyse du climat organisationnel. Je voulais savoir quels étaient les problématiques et les enjeux auxquels on faisait face pour pouvoir améliorer la situation. Si on n’avait pas envie d’entendre qu’il y a des problèmes, je n’aurais pas demandé cette analyse du climat organisationnel, précise Caroline Roy.

56 personnes ont été reçues en entrevue individuelle et dans des groupes de discussion. Ces entrevues se sont déroulées du 17 février au 9 mars 2020 dans toutes les principales installations du CISSS-AT : Rouyn-Noranda, Val-d’Or, Ville-Marie, Amos et La Sarre. Plus de 400 employés et médecins ont aussi répondu à un questionnaire.

Seulement 30 % des répondants se sont dits satisfaits de la communication entre les employés et la direction.

Notons que la satisfaction générale en matière de communication Employés-Direction, de fierté et du climat se situe à un niveau alarmant et préoccupant, peut-on lire.

De façon marquée, le diagnostic met en lumière que depuis les dernières années, une culture de tolérance au non-respect s’est insidieusement mise en place [...] Il est donc prioritaire d’adresser ce manque de respect dans le milieu de travail et de prendre les moyens nécessaires pour rebâtir une culture de civilité, peut-on lire dans le rapport.

Selon les auteurs du rapport, le climat de travail actuel rend le milieu fragile et vulnérable au départ éventuel d’autres professionnels.

Nous comprenons également des informations obtenues lors du diagnostic que plusieurs plaintes de harcèlement psychologique ont été déposées et que la Direction des ressources humaines est préoccupée par les nombreux débordements actuels, précisent les auteurs du rapport.

Le leadership des cadres de la DSPEU est aussi remis en question. On y mentionne qu’il s’agit d’un style de leadership directif, que des décisions sont prises sans avoir consulté les médecins et sans mesurer les conséquences de leurs décisions.

Ces différentes facettes du climat de travail ont assurément des conséquences implicites sur la qualité des soins et des services rendus ainsi que sur la santé et le mieux-être du personnel. Il est donc conseillé de vous préoccuper de ces éléments en priorité, peut-on lire dans le rapport.

Des changements s’imposent au CISSS-AT

Caroline Roy dit prendre très au sérieux les conclusions de ce rapport. D’abord, c’est clair que dans un premier temps, la tolérance à l’incivilité, on n'en veut pas. Dès la réception du rapport et encore dans les derniers mois et semaines, le message, je l’ai porté moi-même et il a été très clair. La tolérance à l’incivilité ou au non-respect, on n'en veut pas. Des notes de service ont été envoyées à ce sujet-là, affirme Caroline Roy, qui précise que de le dire n’est pas suffisant et qu’il faudra prendre des mesures concrètes pour améliorer le climat de travail.

Une fois qu’on a dit ça, il faut que les gens aient les outils. Quand on observe un comportement comme ça, parfois ce qu’on nous dit, c’est on n'a pas tous les outils. Même si je dis que c’est inacceptable, il faut que la personne qui vit une situation ait confiance au processus et sache à qui s’adresser pour être capable de faire cesser la situation, ajoute Caroline Roy.

Départ volontaire, selon le CISSS-AT

Le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Abitibi-Témiscamingue a fait savoir dans une note interne que la directrice des Services professionnels et de l’Enseignement universitaire, Annie Léger, et son adjoint, Gérard D. Boulanger, ont décidé de quitter leur poste.

Quatre médecins à qui nous avons parlé sont toutefois convaincus que les conclusions de ce rapport interne ont joué dans cette décision. Pour eux, la situation avait définitivement atteint un point de non-retour.

La docteure Annie Léger a refusé notre demande d’entrevue. Elle nous dit qu’elle prévoyait un retour à la pratique en 2022.

La recherche de médecins spécialistes demeure un défi quotidien pour la directrice des services professionnels et de l'enseignement universitaire au CISSS-AT, la docteure Annie Léger.

Annie Léger quittera ses fonctions le 13 février. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Jocelyn Corbeil

Caroline Roy aurait-elle été à l’aise de poursuivre le travail avec Annie Léger et Gérard D. Boulanger à la suite des conclusions de ce rapport?

Quand on vise un changement, c’est que tout le monde doit reconnaître et accueillir qu’un changement est nécessaire. À partir du moment où les acteurs sont prêts à se mettre en action, à reconnaître qu’un élément de changement est nécessaire et être un leader dans l’accompagnement de ces équipes pour être capable d’apporter ces changements, moi je suis prête à travailler avec toutes ces personnes, nous a simplement répondu Caroline Roy.

17 recommandations

Le rapport propose 17 recommandations afin d’améliorer les relations entre les médecins, les employés et la DSPEU.

Il serait opportun qu’une activité de formation sur les notions de respect et de civilité soit offerte à toute personne en position d’autorité hiérarchique, médicale et/ou administrative, ainsi qu’à tous les employés, afin de les sensibiliser aux notions de harcèlement au travail et ainsi favoriser l’établissement et le maintien d’une culture de respect et de civilité en adéquation avec les valeurs de l’organisation, précise le rapport.

On y mentionne aussi qu'il faut revoir la stratégie de communication, et on donne des pistes de solution pour améliorer le recrutement.

Caroline Roy assure que les 17 recommandations seront appliquées dans son équipe.

Des cadres débordés

Le rapport révèle aussi que le personnel cadre a bien souvent une surcharge de travail importante.

On y apprend également que les cadres de la DSPEU déplorent eux aussi de devoir gérer un état de crise au quotidien.

Le départ de plusieurs cadres qualifiés dans les différents sites occasionnerait également la perte de connaissances tacites et aurait des impacts négatifs en expertise et en productivité, précise le rapport.

On y indique une charge de travail qui fait en sorte que les cadres n’ont plus le temps de se rendre sur le terrain constater l’état de la situation.

Par exemple, un gestionnaire serait responsable de neuf départements dans deux sites sur plusieurs étages, il semble donc difficile d’être "à la bonne place au bon moment", précise le rapport.

La grande majorité des cadres disent eux aussi constater des relations tendues avec les médecins.

Le rapport précise que certains écarts actuels sont en lien direct avec la pénurie de main-d'œuvre, et c’est pourquoi les auteurs recommandent une stratégie globale révisée de rétention et de recrutement de la main-d'œuvre.

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