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Des résidents de CHSLD privés de bain lors d'une éclosion de COVID-19

Une dame dans un fauteuil roulant.

Selon les informations que Radio-Canada a colligées, l'arrêt des bains et des douches en cas d'éclosion est appliqué, notamment à Montréal, à Laval et en Montérégie.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada a appris que des aînés qui demeurent dans les secteurs en situation d'éclosion dans les centres d'hébergement de soins de longue durée (CHSLD) sont privés de bain et de douche.

Alors que deux centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS) affirment qu'il s'agit d'une politique ministérielle pour prévenir la propagation du virus, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) prétend le contraire et indique que les bains et les douches doivent être donnés, éclosion de COVID-19 ou pas.

Peu importe qui dit vrai, certains aînés peuvent passer plusieurs semaines sans être baignés ni douchés s'ils demeurent dans une zone chaude de leur foyer.

C'est le cas de François Marcotte. En 2016, le résident du Centre d'hébergement du Boisé, à Québec, avait mené un combat sur la place publique pour réclamer trois douches par semaine. Il avait finalement obtenu gain de cause.

En raison d'une éclosion qui s'est déclarée à l'étage de l'établissement, son dernier passage sous l'eau remonte à environ un mois.

Ils ont interdit les douches jusqu'à nouvel ordre parce qu'ils veulent limiter les déplacements dans le centre d'hébergement et réduire les possibilités de contamination.

Une citation de :François Marcotte, résident du Centre d'hébergement du Boisé

François Marcotte a droit à une toilette quotidienne et à ce qu'on appelle un bain au lit, c'est-à-dire un lavage plus complet, une fois par semaine. C'est dégueulasse; après une semaine, les cheveux tiennent tout seuls. C'est gras, on ne se sent pas bien, déplore-t-il.

Le Centre d'hébergement du Boisé confirme que ces mesures sont en place pour combattre l'éclosion qui est en cours. Il faut limiter les soins d'hygiène des résidents dans les blocs sanitaires pour réduire les risques de contamination, explique le directeur général de l'établissement, Stéphan Pichette.

Il affirme que les résidents ont perdu la possibilité de prendre un deuxième bain hebdomadaire à partir de la semaine du 4 janvier et que l'accès au bloc sanitaire a été complètement fermé dans la semaine du 11 janvier.

Il était impossible de donner les soins de proximité dans une douche ou un bain sans mouiller les équipements de protection individuelle et ainsi mettre à risque les employés.

Ces règles sont déterminées par la prévention des infections du CIUSSS de la Capitale-Nationale, précise Stéphan Pichette.

Arrêt des bains et des douches en cas d'éclosion dans certains CHSLD

Confusion dans le réseau de la santé

Le CIUSSS de la Capitale-Nationale confirme que les bains et les douches ont été suspendus dans une partie du Centre d’hébergement du Boisé, malgré sa recommandation initiale.

Suite à une discussion entre la direction de la ressource et l’équipe de prévention et contrôle des infections du CIUSSS quant aux risques que pouvaient poser le bain complet dans le contexte de l’éclosion, il a été proposé d’offrir aux usagers du troisième étage en éclosion des soins d’hygiène de proximité complets et sécuritaires dans leur chambre, a précisé le porte-parole Mathieu Boivin.

Le MSSS affirme qu’il ne s’agit pas d’une directive ministérielle, contrairement à ce qu’avait initialement indiqué le CIUSSS de la Capitale-Nationale.

Ce n'est pas une directive ministérielle. Au contraire, il est important de maintenir ces activités comme demandé dans la correspondance transmise le 6 octobre 2020 aux établissements, affirme le porte-parole Robert Maranda.

Le document en question, intitulé « Guide de réorganisation et de délestage des activités selon les niveaux d'alerte des établissements », souligne que les soins d'hygiène doivent être maintenus peu importe les circonstances, mais ne fait pas la distinction entre des soins d'hygiène au lit et un véritable bain ou une véritable douche.

Le MSSS nous a cependant clairement indiqué qu'aucun changement ne doit être apporté aux soins d'hygiène lorsqu'il y a éclosion dans un établissement. Des soins d'hygiène doivent être donnés tous les jours, peu importe le contexte. Les bains et douches doivent être donnés selon le plan d'intervention du résident.

Une pratique qui semble répandue

Selon les informations que nous avons colligées, l'arrêt des bains et des douches en cas d'éclosion est aussi appliqué ailleurs, notamment à Montréal, à Laval et en Montérégie.

Le cas de François Marcotte est donc loin d'être unique. Daniel Pilote, 58 ans, réside au Centre d'hébergement Champagnat, à Saint-Jean-sur-Richelieu. Il aurait pour sa part été privé de bain pendant deux mois en raison d'une éclosion qui s'est déclarée à la mi-novembre.

J'avais des bains éponge. C'est pas des bains complets, c'est des bains vraiment partiels. J'étais vraiment content de prendre un bain la semaine passée, ça a été la chose qui m'a fait le plus de bien.

Une citation de :Daniel Pilote, résident du Centre d'hébergement Champagnat

Le Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie-Centre n'a pas été en mesure de nous donner des renseignements sur la situation au Centre d'hébergement Champagnat.

Interpellé par Radio-Canada, le CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal indique lui aussi que les bains peuvent être suspendus dans ses établissements, comme préconisé par la santé publique.

Il a été recommandé de privilégier les bains au lit afin de diminuer le risque de contamination selon l'infrastructure du site et l'humidité associée au bain, ainsi que le risque de contamination chez nos employés, indique le porte-parole Christian Merciari.

Alain Croteau, président du Syndicat des travailleurs et des travailleuses du CIUSSS du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal, confirme aussi que cette pratique a cours. En zone rouge, on ferme les pièces où il y a des douches et des bains, dit-il.

Il explique qu'on essaie de transférer les patients négatifs à la COVID-19 des zones d'éclosion vers des zones vertes pour qu'ils puissent continuer à prendre leur bain de façon régulière.

Le président du Syndicat des travailleurs et des travailleuses du CISSS de Laval, Jean-François Houle, affirme que la pratique est aussi commune dans les établissements lavallois. Dès qu'un patient est en isolement, il ne va pas au bain.

Selon les consignes publiées par l’équipe de prévention et de contrôle des infections, pour réduire les déplacements et ainsi le risque de transmission du virus, les résidents doivent recevoir les bains au lit lorsqu'ils se trouvent dans une zone d'éclosion, confirme la porte-parole du CISSS de Laval, Judith Goudreau.

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