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Alstom effacera le nom de Bombardier, mais s'engage auprès des usines canadiennes

En vendant sa division ferroviaire à Alstom, Bombardier obtient une somme moindre que prévu.

Un employé d'Alstom dans une usine en France.

Un employé du groupe français Alstom travaille sur un train dans une usine du sud-ouest de la France.

Photo : Reuters / Regis Duvignau

La Presse canadienne

Bombardier obtiendra encore moins d'argent en laissant aller sa division ferroviaire entre les mains d'Alstom, qui effacera le nom de sa nouvelle propriété. Une décision, assure le géant français, qui n'a rien à voir avec ses intentions à l'égard de ses usines au Québec et en Ontario.

La multinationale, qui s'est hissée vendredi au deuxième rang dans le secteur du matériel roulant à l'échelle mondiale en bouclant la transaction, est claire : tous doivent se ranger derrière la marque Alstom.

Bombardier est une très belle marque, mais la société continue d'exister dans l'aviation et je ne peux pas proposer deux trains lorsqu'il y a un appel d'offres, a expliqué le président-directeur général d'Alstom, Henri Poupart-Lafarge, au cours d'une entrevue avec La Presse canadienne où il a réitéré son intention de respecter les engagements de la société au Québec.

Dans le secteur automobile, plusieurs marques appartenant au même constructeur peuvent coexister; la situation est loin d'être la même dans le secteur ferroviaire, a-t-il ajouté.

La prise de contrôle de Bombardier Transport permettra à Alstom de générer des revenus annuels estimés à 19 milliards de dollars américains, ce qui demeure toutefois loin du chiffre d'affaires de quelque 32 milliards dollars américains du géant chinois CRRC, le numéro un de l'industrie.

Alstom a environ 36 000 employés répartis dans 63 sites du monde entier.

L'action en baisse

Bombardier, dont les activités sont désormais axées exclusivement sur les jets d'affaires, obtiendra finalement 3,6 milliards de dollars américains, ce qui tient compte d'une somme estimée à 600 millions de dollars américains en actions d'Alstom. En septembre, l'entreprise s'attendait à toucher 4 milliards de dollars américains, et, il y a environ un an, de 4,2 à 4,5 milliards.

Cette nouvelle a semblé décevoir les investisseurs, puisqu'à la Bourse de Toronto, l'action de Bombardier a clôturé à 61 cents, en baisse d'environ 13 %, ou 9 cents, dans le cadre d'une séance où les reculs ont été généralisés.

L'écart entourant le montant obtenu a été attribué à des flux de trésorerie moins élevés au quatrième trimestre chez Bombardier Transport ainsi qu'à des conditions de marché qualifiées de défavorables par l'entreprise québécoise.

Ces ajustements sont habituels dans ce type de transaction, a dit M. Poupart-Lafarge. L'année a été difficile pour tout le monde à cause de la pandémie de COVID-19. Ce n'est pas une surprise qu'il y ait des ajustements.

Au cours des dernières années, Bombardier Transport a dû composer avec d'importants problèmes d'exécution qui ont miné la performance de l'entreprise. M. Poupart-Lafarge n'a pas caché qu'il y avait du travail à faire, en soulignant que partout, il y avait des contrats difficiles.

Bombardier, qui utilisera le produit de la transaction pour réduire sa dette à long terme de 10,1 milliards de dollars américains (qui devrait éventuellement fléchir à environ 4,7 milliards), a l'intention de contester certains ajustements de la transaction avec Alstom.

C'était important pour nous de conclure la transaction, a dit un porte-parole de la société, Olivier Marcil. Il y a encore des points sur lesquels les parties ne s'entendent pas et il y a des mécanismes prévus pour les régler.

Bombardier pourrait aller chercher davantage d'argent si elle parvient à avoir gain de cause sur certains points.

Bombardier prévoit terminer le quatrième trimestre avec 1,8 milliard de dollars américains en liquidités, ce qui constitue une baisse notable par rapport à nos attentes de 2,15 milliards, a écrit l'analyste Walter Spracklin, de RBC Marchés des capitaux, dans une note.

Inquiétudes au Québec et en Ontario

Des travailleurs réunis dans une usine.

Photo prise dans l'usine de Bombardier à La Pocatière (archives)

Photo : Radio-Canada

Outre l'implantation de son siège social nord-américain à Montréal, qui sera dirigé par un cadre d'Alstom actuellement à New York, l'entreprise française s'est dite bien consciente que plusieurs attendent de voir comment elle pourra amener du travail à l'usine de La Pocatière, dans le Bas-Saint-Laurent, qui est en panne de contrats. Des inquiétudes similaires ont été exprimées à Thunder Bay, en Ontario.

Le marché local du Québec est porteur, a dit le patron d'Alstom, en évoquant notamment le projet de tramway à Québec. Chaque site dépend de sa capacité à avoir des contrats. Il y a des projets en cours.

Au pays, Bombardier Transport exploite six sites d'assemblage et d'ingénierie.

Invité à dire si l'usine de La Pocatière pourrait participer au contrat du Réseau express métropolitain (REM), dont les voitures sont construites en Inde, M. Poupart-Lafarge a répondu qu'il était un peu tard pour cette partie du contrat.

En revanche, a-t-il ajouté, pour les phases subséquentes du projet, Alstom aura à sa disposition un outil qu'elle n'avait pas dans le passé.

Nouveau chapitre pour La Pocatière

À La Pocatière, le président syndical Claude Michaud, qui représente environ 270 travailleurs, n'a pas caché que certains avaient un pincement au coeur dans l'usine.

On change de chapitre, a-t-il dit, au bout du fil. Nous sommes optimistes. Les gens d'Alstom ont dit qu'il y avait un avenir à La Pocatière.

La Caisse de dépôt et placement du Québec, qui détenait environ le tiers de Bombardier Transport, recevra 2,5 milliards de dollars américains. Le bas de laine des Québécois injectera cette somme dans Alstom et ajoutera 700 millions d'euros pour devenir son plus important actionnaire avec une participation d'environ 17,5 %.

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