•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Affaire GameStop : les petits investisseurs contre-attaquent

Une enseigne d'un magasin de la compagnie GameStock.

GameStop, connue au Québec sous le nom d'EB Games, est au cœur d'une tempête boursière sans précédent.

Photo : Reuters / Jim Young

Radio-Canada

On les a qualifiés ces derniers jours d'« amateurs » ou d'« investisseurs non sophistiqués », mais les petits investisseurs à l'origine de la montée en flèche de certains titres boursiers pourtant jugés défavorablement par les experts se défendent d’agir de façon incohérente.

Un texte de Jean-François Thériault

Au contraire, certains affirment qu’il y a derrière ce mouvement une stratégie bien calculée. C'est une nouvelle génération d’investisseurs qui prend les marchés boursiers d’assaut ces jours-ci.

Tom Chabot est un programmeur employé dans la fonction publique. Depuis quelques mois, il s’intéresse un peu aux marchés boursiers. La pandémie est arrivée, et je me suis retrouvé entre deux emplois, avec une grosse paie de vacances et nulle part où la dépenser, raconte-t-il.

Il a choisi d’investir d’abord dans Tesla, par le biais du site de courtage en ligne Questrade. Parce que c’est une compagnie qui innove, qui est portée vers l’avenir et qui respecte mes valeurs, précise-t-il. C’est fondamental pour moi de mettre mes valeurs en avant, même à la bourse.

À temps perdu, Tom fréquente la plateforme Reddit, et particulièrement le forum WallStreetBets, sur lequel de petits investisseurs autonomes comme lui échangent des trucs.

La semaine dernière, j’ai vu apparaître le nom de GameStop un peu partout [sur le forum]. Il a fallu faire le tri à travers tous les messages, parce que les gens parlent souvent pour ne rien dire. Mais j’ai finalement trouvé des gens qui expliquaient clairement ce qui était en train de se passer avec l’action. Lundi, j'ai acheté.

Une citation de :Tom Chabot, investisseur autonome

Des membres du forum ont en effet constaté que l’action de GameStop était non seulement dévaluée par les firmes de courtage, mais que certains fonds d’investissement spéculatifs (hedge funds) avaient parié en masse sur sa chute. Résultat : une grande partie des actions offertes était vendue à découvert (short), et ce, jusqu’à représenter 120 % de la valeur réelle de la compagnie.

Le calcul est simple, explique M. Chabot. Si on réussissait à faire monter assez le prix de l’action, ces hedge funds n’auraient pas le choix de racheter les parts à un prix plus fort que celui auquel ils les avaient empruntées. Juste comme ça, on ferait augmenter encore plus la valeur du titre.

C’est exactement ce qui s’est produit et l’action de GameStop a été propulsée vers des sommets inégalés dans ce que les experts ont qualifié de tempête parfaite.

M. Chabot songe-t-il à retirer ses billes et à encaisser ses gains? Non, pas pour l’instant. J’ai envie de voir jusqu’où ça peut aller. J’ai l’impression que ça peut continuer de monter.

Il ne cache pas sa satisfaction devant la situation. Il se dit heureux d’avoir montré que les marchés boursiers sont accessibles à tous, pas seulement aux grands financiers de Wall Street. Si, à la fin de tout ça, on peut les forcer à changer les règles financières pour les améliorer et jeter la lumière sur les tactiques agressives des hedges funds, ce sera toujours ça de gagné.

Mais Tom Chabot ne se voit pas devenir investisseur à temps plein. Si je peux faire un peu d’argent, tant mieux, mais mon but, c’est éventuellement d’acheter une terre et de me lancer dans la permaculture.

Il dit ne pas avoir peur pour son investissement : J’ai déjà un bon fonds de retraite. Ce que je veux, c’est changer les choses à ma façon, en commençant par moi-même.

Les jeunes envahissent les marchés

Richard Lacasse, porte-parole de Desjardins, est catégorique : les jeunes comme Tom Chabot ont été très nombreux à s’intéresser à la bourse ces derniers temps.

Trente-huit pour cent de nos nouveaux clients en 2020 étaient âgés entre 18 et 30 ans. Or, les jeunes ne représentent pas 38 % de la tarte démographique, souligne-t-il.

Et la séparation entre les genres est marquée. Selon M. Lacasse, 80 % des investisseurs de moins de 30 ans sont des hommes.

Cette semaine, Desjardins a été pris dans un véritable raz-de-marée. Nous avons battu un record de transaction [mercredi]. On regarde les chiffres et on voit qu’on est en ce moment en hausse de 193 % par rapport à l’an dernier, détaille M. Lacasse.

Sans vouloir commenter la situation actuelle, il tient à envoyer un message aux jeunes qui seraient tentés de voir dans l’investissement boursier une façon de faire beaucoup d’argent rapidement : L’argent, ça ne pousse pas dans les arbres. C’est l’occasion aujourd’hui de se rendre compte qu’on ne joue pas à la bourse. Ce n’est pas un jeu. Investir, c’est une décision stratégique de gestion de patrimoine qui exige des connaissances, de la rigueur. C’est du travail, être investisseur autonome. Ce n’est pas un bar ouvert.

Façade d'un immeuble sur Wall Street.

Relativiser la révolte et penser à la suite

L’information sur les ventes à découvert est publique, et on peut tout de suite voir sur quel titre les fonds d’investissement prennent le plus de risque, note Jean-Paul Giacometti, vice-président de Claret Management.

Il est d'avis que les investisseurs autonomes ont retourné leurs tactiques contre eux. Ils ont vu un investissement potentiel, et ils y sont allés en masse, dit-il. Mais, pour moi, ils ont joué selon les règles.

Ce n’est pas une bataille contre l’establishment ni contre les hedge funds. Ce sont des gens qui veulent faire beaucoup d’argent rapidement. Mais il ne faut pas oublier que beaucoup vont aussi en perdre.

Une citation de :Jean-Paul Giacometti, vice-président et gestionnaire de portefeuille chez Claret Management

Toutefois, il exprime une inquiétude quant à l’état actuel des marchés. Je pense qu’il y a trop d’argent qui circule en ce moment, et ça laisse présager une contraction à venir de l’économie, avance-t-il. Il cite en exemple l’année 1999 et la frénésie autour du bogue de l’an 2000, période où les gouvernements avaient mis beaucoup d’argent en circulation pour rassurer leur population. Les marchés s’étaient emballés, avant de s’effondrer quelques mois plus tard, en mars 2000.

Ça ne va probablement pas arriver demain matin ni peut-être même l’an prochain. Mais on risque de se retrouver dans une situation où les gens auront beaucoup à perdre, prédit-il.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !