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La hausse de l’itinérance à cause de la pandémie crée des tensions à Vancouver

Des tentes dans un parc, avec des édifices en arrière-plan.

Le campement du parc Strathcona abrite environ 200 personnes, selon la Ville de Vancouver.

Photo : Radio-Canada

Bien que le nombre exact de personnes sans-abri à Vancouver soit actuellement inconnu, il fait peu de doute aux yeux des observateurs que l’itinérance est un phénomène en forte croissance depuis le début de la pandémie, ce qui crée des tensions avec certains résidents et commerçants.

Selon un recensement effectué au début du mois de mars 2020, environ deux semaines avant que la Colombie-Britannique ne déclare l’état d’urgence sanitaire en raison du coronavirus, la région métropolitaine de Vancouver comptait plus de 3600 personnes sans abri.

C’est bien en deçà de la réalité, affirme sans hésitation le porte-parole de l’organisme communautaire Union Gospel Mission, Jeremy Hunka.

La pandémie fait qu’il y a vraiment plus de gens qui cherchent un abri, dit-il.

L’Union Gospel Mission administre actuellement un refuge de 92 lits dans le quartier défavorisé du Downtown Eastside, mais plusieurs autres organismes ont dû ralentir leurs activités à cause des mesures sanitaires mises en place pour éviter la propagation du coronavirus.

Certains espaces qui ont ouvert dans le passé n’ont pas pu le faire cet hiver ou ont dû ouvrir avec un nombre limité de places, explique Jeremy Hunka.

S’éloigner du campement de Strathcona

En septembre dernier, Eve Grenon-Lafontaine et sa famille ont quitté Strathcona, un quartier résidentiel situé au cœur de Vancouver, et se sont établies à North Vancouver, en banlieue.

Ce qui a mené à leur départ, c’est l’établissement, en juin dernier, d’un campement dans le parc Strathcona, à deux pas de chez eux, où vivent environ 200 personnes, selon la Ville.

J’ai un garçon de 5 ans et un de 10 semaines, dit Eve Grenon-Lafontaine. C’était juste devenu trop lourd, trop stressant, on ne se sentait pas en sécurité dans le quartier et je ne me sentais pas d’y passer mon congé de maternité.

Eve tient son bébé dans ses bras, par une journée ensoleillée.

Eve Grenon-Lafontaine, actuellement en congé de maternité, vit à North Vancouver depuis le mois de septembre. Son mari et elle sont propriétaires d'une clinique sportive à Gastown.

Photo : Radio-Canada

L’accès au parc, envahi par les tentes, est rapidement devenu impossible, explique la mère de famille.

Dans le quartier le crime a augmenté, indique-t-elle. Les voitures qui se font briser les vitres, les choses qui disparaissent dans la cour : c’était rendu quasiment tous les jours.

Selon le Service de police de Vancouver (VPD), le nombre d’appels signalant des cambriolages et la présence d’armes à feu a augmenté à Strathcona dans la première partie de 2020.

Une vie de communauté

La province promet que les personnes sans abri vivant dans le campement seront relogées dans des hôtels reconvertis en logements temporaires d’ici le mois d’avril, 10 mois après l’installation des premières tentes.

En attendant, des occupants comme Shaya y trouvent une forme de vie de communauté difficile à trouver ailleurs à cause de la pandémie.

Ici, je rencontre toutes sortes de gens qui se mettent ensemble et qui se disent : "On va se soutenir!", dit-elle.

Trois personnes sous une petite tente attendent de se servir à une table où il y a de la nourriture.

Des bénévoles fournissent de la nourriture et de l'eau aux occupants du campement du parc Strathcona, à Vancouver.

Photo : Radio-Canada

Les restrictions mises en place par les logements pour sans-abri pour lutter contre le virus, en particulier les interdictions de visite, ont poussé Shaya à s’établir au campement.

Elle peut maintenant dormir dans la même tente que son amoureux, se réjouit-elle.

Tensions ailleurs dans la ville

Des tensions liées à l’augmentation de l’itinérance apparaissent dans des quartiers plus éloignés du centre-ville de Vancouver, comme Mount Pleasant, à environ 2 kilomètres du parc Strathcona.

C’est vraiment devenu, progressivement, pire, estime le gérant du café JJ Bean, situé rue Main, Julian Bentley.

Un homme pousse un chariot d'épicerie devant un café JJ Bean à Vancouver.

À Vancouver, la crise de l'itinérance s'exacerbe et les cafés servent souvent de centres d'accueil pour les gens qui tentent de rester au chaud et au sec.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Tentatives de vol d’ordinateurs portables, agressions verbales et utilisation fréquente des toilettes pour s’injecter de la drogue se sont multipliées dans les derniers mois, mentionne-t-il. On lui a même lancé des objets et des excréments.

La plupart des personnes itinérantes qui fréquentent le quartier ne posent pas de problème, explique Julian Bentley, mais une minorité est dérangeante.

Je n’ai personnellement aucun problème à ce que des gens campent sur [notre terrasse] en dehors des heures d’ouverture, déclare-t-il, tant qu’ils sont respectueux et qu’ils nettoient ensuite.

Il affirme comprendre leur situation, mais commence à sentir que sa sécurité et celle de ses employés sont régulièrement compromises.

Des portes menant à des toilettes publiques.

En janvier, la Ville a installé des toilettes, des douches et une tente chauffante près du campement du parc Strathcona.

Photo : Radio-Canada

Plus de logements et plus de services

Lorsque nous échouons collectivement à résoudre la situation, le poids est déplacé sur les individus et des entreprises, qui se retrouvent alors face à des réalités difficiles et à des problèmes qu’ils ne sont pas habitués à gérer, note Jeremy Hunka, de l’Union Gospel Mission.

La solution passe, selon lui, par la construction d’un plus grand nombre de logements sociaux, notamment avec des services de soutien psychologique et de lutte contre la toxicomanie, ainsi que l'augmentation du nombre d’installations sanitaires et de toilettes publiques, qui font défaut dès qu’on s’éloigne du centre-ville.

Si on n’en fait pas assez, ces situations vont continuer à se produire, dit-il.

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