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Téléconsultation : des psychiatres de Granby dénoncent des mois de ratés

Un ordinateur sur un bureau avec un téléphone à côté.

Pendant une bonne partie de la pandémie, les psychiatres de Granby et de Cowansville n'ont pas eu accès à des caméras pour faire leurs consultations virtuellement.

Photo : Courtoisie

Pas de wifi, aucune caméra pour les ordinateurs, pénurie de matériel informatique… difficile de miser sur la téléconsultation lorsque l’équipement fait défaut. C’est la situation dénoncée depuis des mois par des psychiatres exaspérés de Granby et de Cowansville, qui réclament des ajustements qui tardent à arriver.

Depuis le début, on nous demande de faire du télétravail. Moi, dans mon bureau, j’ai un poste informatique, un ordinateur, mais il n’y a pas de caméra et pas de micro, lance d’emblée la psychiatre Nancy Bédard, qui travaille à l’Hôpital de Granby.

J’ai un ordinateur dans mon bureau qui n’avait pas internet; j’ai dû le faire installer, renchérit sa collègue Geneviève Moss. Je n’ai toujours pas de micro ni de caméra sur cet ordinateur-là. Depuis le début de la pandémie, je n’ai pas fait de consultations en utilisant Zoom.

Ces deux témoignages illustrent la réalité de bon nombre de spécialistes du réseau public à Granby et à Cowansville. Depuis le début de la pandémie, l’équipement informatique et le wifi font défaut, ce qui mine les consultations virtuelles.

Ni l’Hôpital de Granby, ni l’Hôpital de Cowansville n’était et n’est encore équipé de wifi.

Marie-Hélène Trudeau, chef de service de psychiatrie adulte pour Granby et Cowansville

Des problèmes qui ne se sont pas résorbés avec le temps. On a encore deux psychiatres à Granby qui n’ont pas de poste informatique, un bureau à Cowansville, qui est partagé par deux psychiatres, qui n’a pas de poste informatique, on n’a pas de caméras, révèle la chef de psychiatrie adulte, Marie-Hélène Trudeau.

Pour faciliter les rendez-vous, le CIUSSS de l’Estrie-CHUS a mis à la disposition du département deux tablettes, partagées par tous. C’est deux iPad pour 14 psychiatres, répartis sur trois différents sites de travail, donc ce n’était nettement pas suffisant, se désole Marie-Hélène Trudeau.

Des listes d’attente qui s’allongent

D’après ces spécialistes, les lacunes en équipement informatique ont eu un impact direct sur les listes d’attente en psychiatrie.

À Granby, on a au moins 140 cas sur notre liste d’attente, et je ne me rappelle pas qu’on voyait ça avant, affirme Nancy Bédard. On a eu les mois de mars, avril, mai, juin et juillet où on pouvait voir juste les urgences en présentiel. C’est un retard de cinq mois qu’on a de la misère à récupérer.

Je ne sais pas comment on va faire pour récupérer tout ce retard-là [...] Si jamais ça ne s’améliore pas et qu'on exige qu’on fasse nous aussi du délestage, comme des collègues chirurgiens, moi, je suis inquiète.

Nancy Bédard, psychiatre

Des propos qui font écho à ceux de Marie-Hélène Trudeau, malgré le fait que la plupart des psychiatres de ces régions accueillent de nouveau les patients dans leurs locaux.

Il n’y a plus de demandes qui datent d’avril ou de mai, rassure Mme Trudeau. Quand on a pu recommencer, on a récupéré le retard, mais les problèmes de santé mentale ont commencé à émerger davantage. Il y a eu un flot de nouvelles demandes et ça continue. On offre le service, mais on est en retard.

Utiliser des méthodes créatives

À bout de ressources, bon nombre de psychiatres se sont résignés à acheter leurs propres équipements.

À date, à l’oeil, au moins 75 % d’entre nous se sont procuré caméra et casque d’écoute, souligne Marie-Hélène Trudeau.

On est rendu à se faire dire d’utiliser des méthodes créatives, j’ai déduit que je devais trouver par moi-même [le matériel].

Geneviève Moss, psychiatre

Nancy Bédard partage quant à elle ses données cellulaires personnelles avec sa tablette, mais sa méthode à ses limites.

On vient rapidement à bout de nos données personnelles, explique-t-elle. Même quand on a un forfait illimité, après une certaine utilisation, la bande passante n’est pas suffisante pour nous permettre de faire du télétravail.

Geneviève Moss a opté pour le téléphone pour parler à ses patients. Elle utilise à l’occasion l’une des deux tablettes du bureau, une méthode qui a ses risques.

Je pense que mes collègues se sont peut-être découragés d’utiliser ce moyen-là, dit-elle. Même quand on a un patient à l’autre bout qui est équipé comme il faut, l’internet finit par lâcher par moment, l’image fige, ça se déconnecte, ce n’est pas l’idéal pour faire de la téléconsultation.

Le CIUSSS bien au fait de la situation

En juillet dernier, Marie-Hélène Trudeau a envoyé une lettre, signée par tous les psychiatres du département, pour informer le CIUSSS de la situation. Point par point, elle explique les embûches des spécialistes avec la téléconsultation. Elle a depuis envoyé plusieurs messages de suivi, notamment au passage de l’Estrie en zone rouge, en novembre dernier.

J’ai adressé la question à plusieurs instances administratives. Plusieurs me disent : ''On va faire le message''. La réponse du département de l'informatique, c’est : ''On a passé des commandes, on attend de les recevoir'', c’est à peu près tout, se chagrine-t-elle.

On trouve les accessoires et les appareils dans tout magasin d’informatique. Non, ce n’est pas satisfaisant de se faire dire encore qu’on attend ou de carrément ne pas avoir de réponse.

Marie-Hélène Trudeau, chef de service de psychiatrie adulte pour Granby et Cowansville

De façon générale, les gens font leur gros possible pour nous aider, ajoute la psychiatre. Ces gens ont aussi leurs limites dans ce qu’ils peuvent nous offrir. Ce que je trouve un peu décevant, c’est souvent le manque de réponses à nos questions par rapport à où on en est dans les commandes, quand est-ce qu’on va avoir notre équipement.

Lasse, Nancy Bédard rêve du jour où elle pourra revoir tous ses patients en personne. J’ai hâte que tout redevienne normal, souhaite-t-elle en soupirant. J’ai hâte que ce soit fini, j’ai hâte de pouvoir prendre soin de mes patients comme il faut, d’offrir un service adéquat.

Du matériel disponible selon la capacité organisationnelle

Le CIUSSS reconnaît, de son côté, avoir des enjeux quant à l'approvisionnement, et que la distribution du matériel se fait au rythme des livraisons d'équipements par nos fournisseurs.

Il mentionne également que le wifi n'est toujours pas disponible dans tous ses centres hospitaliers, mais que les travaux à cet effet commenceront dans quelques mois. En attendant, le médecins et les professionnels peuvent se rabattre sur le réseau internet fixe.

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