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Pourquoi la situation s'est-elle rapidement aggravée dans la région d’Edmundston?

Illustration montrant le SRAS-CoV-2.

Le Nouveau-Brunswick a enregistré plus de cas de COVID-19 en 2021 qu'en 2020.

Photo : iStock / Bertrand Blay

Les éclosions de COVID-19 qui se sont déclarées ici et là au Nouveau-Brunswick depuis le début de la pandémie en mars ont pu être maîtrisées rapidement, souvent en l’espace de deux semaines. La principale exception : la zone 4, dans le nord-ouest de la province.

Voici six raisons pour lesquelles la situation est plus critique dans la zone 4 qu'ailleurs dans la province.

1. Le nombre de sources de contagion repérées

La médecin hygiéniste en chef du Nouveau-Brunswick, Jennifer Russell, a révélé qu’au moins six chaînes de transmission du virus non reliées les unes aux autres ont été identifiées dans la zone 4, une situation inédite dans la province.

Plus les chaînes de transmission sont nombreuses, plus les enquêtes épidémiologiques sont complexes.

Jusqu’à présent, le Nouveau-Brunswick avait pu éviter la transmission communautaire grâce à la fermeture de ses frontières, à la faible densité de sa population et à un protocole de traçage éprouvé.

Protocole de traçage

Une fois qu’un cas de COVID-19 se déclare, la santé publique tente de le lier à un voyage ou à un cas déjà signalé. Elle procède à un traçage des contacts et recommande un isolement préventif des personnes exposées. Quand elle peine à relier les cas entre eux, elle recommande de nouvelles restrictions, graduées en un système de phases à quatre couleurs (Nouvelle fenêtre).

Lors d’un point de presse lundi, la Dre Jennifer Russell a présenté des images représentant les grappes de cas dans chacune des zones. Chaque cas était représenté par un point. Des lignes les reliant entre eux illustraient les liens établis.

C’est le travail que font les enquêteurs de santé publique, a précisé Jennifer Russell, ajoutant que dans la zone 4, plusieurs points ne sont pas connectés.

Cela montre clairement que nous ne savons pas encore comment les cas sont liés les uns aux autres. C’est l’une des principales raisons pour lesquelles la zone 4 se retrouve dans la phase de confinement, a-t-elle expliqué.

2. La collaboration lors du traçage des contacts

Les enquêtes épidémiologiques sont plus complexes en raison du nombre élevé de chaînes de transmission, mais aussi parce qu’une partie de la population hésite à collaborer pleinement, selon la santé publique.

Soyez vraiment honnêtes avec les enquêteurs de santé publique lorsqu’ils vous appellent pour demander de l’information, a insisté un médecin de Saint-Quentin mercredi. Leur travail sera plus facile, plus efficace.

Un homme est assis dans son salon devant un écran d'ordinateur. Il a le visage brouillé.

Le travail de traçage des enquêteurs de santé publique est difficile, selon la médecin hygiéniste en chef de la province (archives).

Photo : Radio-Canada

Le gouvernement provincial a confirmé que les Néo-Brunswickois qui ne collaborent pas lors des appels de traçage sont passibles d’une amende, mais il a aussi affirmé que ceux qui reconnaissent des torts peuvent être dénoncés aux forces de l’ordre, ce qui peut contribuer à l’hésitation de la population.

3. Les éclosions dans des milieux vulnérables

Comme les enquêteurs de santé publique n’ont pas pu établir tous les liens entre les cas signalés depuis janvier, plusieurs personnes porteuses du virus ont contaminé, sans le savoir, des milieux vulnérables. Certaines d’entre elles présentaient même des symptômes de la COVID-19, qu’elles ont confondus avec ceux du rhume.

Le coronavirus SRAS-CoV-2, qui cause la COVID-19, a notamment fait des ravages au foyer de soins Manoir Belle Vue, à Edmundston, et à la ferme avicole Nadeau, à Saint-François-de-Madawaska.

Affiche du manoir.

Le 28 janvier, au moins 42 personnes avaient contracté la COVID-19 au Manoir Belle Vue, et l'une d'elle est décédée.

Photo : Radio-Canada / Bernard LeBel

Dans cette zone, le virus s’est répandu dans le cadre d’une série de rassemblements sociaux, pour ensuite s’infiltrer dans des lieux de travail, y compris la ferme Nadeau, et plusieurs établissements de soins de longue durée, a indiqué Jennifer Russell.

4. L'âge moyen de la population

Les liens entre l’âge et les risques de complications après une infection ont déjà été largement documentés.

L’âge moyen des populations dans les régions rurales francophones du nord de la province étant particulièrement élevé, cette réalité se reflète dans les données sur la COVID-19. Près des deux tiers des personnes qui ont contracté la maladie dans la zone 4 depuis le 5 janvier ont plus de 50 ans.

Les signes de complications se déclarent normalement 10 jours après l’apparition des premiers symptômes.

La majorité des cas ont été signalés durant les deux dernières semaines. D’un point de vue statistique, le nombre d’hospitalisations pourrait donc exploser dans les jours à venir.

L’Hôpital régional d’Edmundston ne compte que 11 lits à l’unité des soins intensifs et l’hôpital régional le plus près est à Fredericton, à environ trois heures de route.

5. La fermeture des frontières

Dès que la COVID-19 prend de l’ampleur dans la communauté, les travailleurs de la santé n’y échappent pas, de par la nature de leur travail.

Les ordres d’isolement préventif exercent une pression sur les ressources humaines déjà étirées, peu importe la zone sanitaire.

Mais celle du nord-ouest a ceci de particulier qu’elle recourt normalement à des médecins du Québec. La pénurie de personnel médical est donc beaucoup plus criante dans la région depuis la mise en place des restrictions sur les frontières interprovinciales.

6. La réceptivité de la population aux messages de Fredericton

La question de la communication sur le coronavirus a été soulevée à maintes reprises au Nouveau-Brunswick. Le gouvernement a notamment été accusé de ne pas avoir de porte-parole francophone et de créer de la confusion en changeant trop souvent les règles des phases de restrictions.

Blaine Higgs place un écouteur dans son oreille droite.

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, écoute la traduction simultanée d'une question qui lui est posée, le 3 avril 2020 à Fredericton.

Photo : Radio-Canada

Mercredi, des médecins connus dans la communauté d’Edmundston se sont adressés directement à la population en français dans un point de presse diffusé en direct sur Facebook.

Plus de 1600 internautes ont regardé simultanément la vidéo diffusée sur la page Facebook du Téléjournal Acadie, en plus de ceux qui l’ont regardée sur celle de la Ville d’Edmundston.

D’après la mairesse de Saint-Quentin, Nicole Somers, la population est plus réceptive à un message dans leur langue maternelle, porté par des gens de la communauté.

Quand ce sont des gens de chez nous qui nous disent : ''Écoutez, ce n’est plus ailleurs, c’est ici que ça se passe" et qu’il faut vraiment suivre les consignes à se faire tester au moindre symptôme, je pense que le message va rentrer beaucoup mieux de cette façon-là.

À force d’écouter tout le temps les mêmes personnes, tu viens que tu n’écoutes plus, ajoute Marcel Lévesque, maire de Saint-André. Ça fait du bien de voir des gens de la région.

Un confinement total

La région d'Edmundston est passée de la phase orange à la phase jaune juste à temps pour les Fêtes, mais la médecin hygiéniste en chef a assuré que la levée des restrictions était cohérente avec l’épidémiologie. Selon la Dre Jennifer Russell, la flambée des cas partout dans la province est attribuable à un manque de vigilance durant les Fêtes.

Notre dossier : La COVID-19 en Atlantique

Après un record de nouvelles infections, tout le Nouveau-Brunswick est passé en phase orange le mercredi 6 janvier. Moins de deux semaines plus tard, la zone 4 a basculé en phase rouge, suivie des régions de Moncton, de Fredericton et de Saint-Jean.

La situation s’est ensuite nettement améliorée dans le sud, mais pas dans le nord-ouest, ce qui a amené le gouvernement à décréter un confinement total pour la zone 4 et un assouplissement dans les régions de Fredericton et de Saint-Jean.

Avec des informations de Marie-Ève Brassard

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