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Le néonazi canadien qui rôdait dans le fil Twitter d’Alexandre Bissonnette

Portrait d’une vaste machine mondiale de propagande extrémiste sur le web, active aussi au Canada.

Un fusil sert de canne à pêche, avec le logo de Twitter comme appât.

Le compte Rapefugee watch était secrètement géré par un néonazi canadien.

Photo : Radio-Canada / Sophie Leclerc

Le 29 janvier 2017, quelques heures avant d’abattre six hommes à la grande mosquée de Québec, Alexandre Bissonnette a croisé le chemin d’un influent néonazi canadien sur les réseaux sociaux. Il ne pouvait pas savoir à qui il avait affaire. C’était précisément le but.

Selon l’analyse que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a faite de l’ordinateur d’Alexandre Bissonnette, ce dernier a été extrêmement actif sur le web dans les heures menant à l’attaque à la grande mosquée de Québec en 2017.

Il a passé le plus clair de sa journée à lire des nouvelles à propos du décret du président américain de l’époque, Donald Trump, visant à bloquer l'arrivée de ressortissants de sept pays à majorité musulmane. Il a lu le tweet du premier ministre du Canada, Justin Trudeau, interpellant ceux qui fuient la persécution, la terreur et la guerre et indiquant que le Canada vous accueillera. Il a effectué de nombreuses recherches sur des tueurs de masse et des armes à feu. Il a visionné des mèmes racistes et a visité les comptes de plusieurs figures connues de l’extrême droite sur les réseaux sociaux.

À 16 h 17, il a consulté un compte Twitter nommé Rapefugee watch (une contraction de rape, viol, et refugee, réfugié).

Vers 19 h 45, il a pénétré dans le Centre culturel islamique de Québec muni d’armes à feu, cherchant à semer la mort. Ibrahima Barry, Mamadou Tanou Barry, Aboubaker Thabti, Abdelkrim Hassane, Khaled Belkacemi et Azzeddine Soufiane y ont perdu la vie.

Le policier écrit qu'à 16h17, Alexandre Bissonnette a consulté le compte Twitter de Rapefugee watch.

Capture d'écran du rapport de la GRC sur l'ordinateur d'Alexandre Bissonnette, montrant son activité le 29 janvier, 2017.

Photo :  Capture d’écran

Rapefugee watch était géré par un individu que nous appellerons Troy. Nous ne pouvons pas l’identifier avec certitude, mais nos recherches indiquent que ce jeune homme dans la fin vingtaine habite la région de la Péninsule Bruce, du sud de la Baie georgienne et du lac Simcoe, non loin de la ville de Barrie, en Ontario.

Incursion dans des forums néonazis

Notre enquête se base sur des milliers de messages publiés par Troy dans deux forums néonazis. Certains proviennent d’une salle de clavardage extrémiste privée ayant été hébergée sur le réseau social Discord à l’été 2017 avant d’être supprimée. Ces conversations ont fait l’objet d’une fuite (Nouvelle fenêtre) par le média indépendant de gauche Unicorn Riot.

D’autres ont été publiés sur un des principaux forums néonazis au monde, qui, lui, est toujours en ligne. Selon l’outil d’analyse DomainTools, ce site est actuellement hébergé par Vanwatech, l’entreprise de Jim Watkins. Ce dernier est aussi le propriétaire de 8kun, le site où Q, la figure centrale de la conspiration QAnon, publiait ses messages.

Comment avons-nous réussi à déterminer que la personne derrière le compte Twitter Rapefugee watch habite en Ontario? Abonnez-vous à l'infolettre des Décrypteurs pour obtenir un compte rendu de notre enquête. À lire vendredi midi.

Troy est parmi les membres ayant publié le plus de messages sur le forum néonazi toujours actif, dépassant même son fondateur, Andrew Anglin, un des personnages les plus notoires du néonazisme sur le web

Les messages de Troy sont d’une haine inouïe.

Dans plus de 3500 textes publiés sur ce forum depuis le mois d’avril 2020, on le voit affirmer que tous les gouvernements mondiaux sont illégitimes parce qu’ils sont contrôlés par les Juifs; se moquer de la mort violente de personnes n’ayant pas la peau blanche; maintenir que les personnes noires forment une espèce distincte des personnes blanches et ne méritent donc pas de droits fondamentaux; appeler au mariage forcé des filles blanches à l’âge de 14 ans, puisque la reproduction est leur seul rôle utile.

Le fait que la société permette aux filles d’aller à l’école secondaire explique l’implosion de la civilisation, selon lui. Tout comme le fait que la population n’est pas 100 % blanche. Tout comme le fait que les Juifs existent. Et ainsi de suite.

Le compte Rapefugee watch, qui a été supprimé par Twitter, ne semble pas, au premier abord, lié au nazisme. Nous avons pu parcourir une archive partielle de quelque 1800 tweets provenant de ce compte. Celui-ci répertoriait des crimes supposément commis par des réfugiés un peu partout dans le monde, souvent présentés sans commentaires. Tous les tweets contenaient des liens vers des sources médiatiques généralement fiables.

Le propos tenu y était, de par sa nature même, incendiaire, mais il ne contenait pas de messages ouvertement haineux ni d’appels à la violence. C'est une démarche bien connue chez les extrémistes. Ils savent que la plupart des gens sont réfractaires aux idées néonazies si elles sont explicitement communiquées. Ils cherchent donc à graduellement et doucement pousser des cibles potentielles vers des idées de plus en plus extrêmes à l’aide de comptes comme Rapefugee watch.

Quand Alexandre Bissonnette a consulté ce compte, quelques heures avant de tuer six hommes à la grande mosquée de Québec, il ne pouvait pas savoir qu’il avait affaire à un néonazi. De plus, il est impossible de déterminer quel effet ce compte a eu sur sa propre radicalisation ou sur son état mental. Selon le rapport de la GRC, Alexandre Bissonnette a consulté le compte une seule fois. Toutefois, ce rapport inclut uniquement les 30 jours d'activité menant à l'attaque. Ce n’était probablement qu’un seul engrenage dans son parcours de radicalisation.

Une tactique de propagande

C’est justement pour rejoindre des normies (un terme désobligeant pour désigner les gens qui ne se sont pas encore radicalisés) que Troy infiltre les sites web à grand déploiement à la recherche de proies. Il s’incruste dans les sections des commentaires de sites de nouvelles, comme Fox News ou Russia Today, et discute avec les autres commentateurs. Ces sites ont un auditoire qui est, selon lui, plus réceptif à ses messages.

Il y en a d’autres comme moi sur ces sites, et nous avons tous développé un dialecte assez rusé pour communiquer nos idées et aider les "normies" conservateurs à se convaincre eux-mêmes, tout en évitant de nous faire censurer par les modérateurs, écrivait Troy dans le forum néonazi en 2019. Il incluait une capture d’écran d’une de ses interactions avec un internaute dans la section de commentaires de Fox News, où il tentait de le convaincre que l’antisémitisme est un problème exagéré.

Dans la même publication, il expliquait comment utiliser certains euphémismes pour déjouer la modération. Vous devez simplement user d’un peu de créativité, et vous pouvez essentiellement dire les mêmes choses là-bas que vous dites sur ce forum, assurait-il.

L’approche de Troy vise à s’incruster dans des conversations et à y implanter des réflexions qui mèneront à la radicalisation de certains en offrant, par exemple, des statistiques sur le taux de criminalité selon la race ou de supposées études sur le quotient intellectuel moyen de certains groupes ethniques.

Comme il l’a fait avec son compte Twitter, Rapefugee watch, il partage dans ces discussions des articles factuels à propos d’événements sensationnalistes mettant en scène des réfugiés ou des immigrants, pour tenter d’alimenter la xénophobie de ses interlocuteurs.

Le but est que les personnes ayant lu ses commentaires fassent leurs propres recherches et tombent tôt ou tard sur du matériel qui les enfermera dans une spirale de radicalisation, sans qu’elles soupçonnent qu’un néonazi les a poussés dans cette direction.

Il y a beaucoup de gens normaux qui vont vous répondre "wow je n’en avais aucune idée" quand vous partagerez des statistiques du FBI sur la criminalité selon la race ou un article à propos d’une [personne noire] qui a commis un crime monstrueux. Ils sont souvent dans une indifférence assez généralisée, jusqu’à ce que vous leur présentiez quelque chose de tellement choquant que ça les sort de leur torpeur. Ils seront alors réceptifs à ce que vous voulez leur apprendre, écrivait Troy dans le forum néonazi en 2019.

C’est pourquoi je pense qu’il est très important de poursuivre nos efforts de séduction auprès des "normies" et de nous assurer de présenter ces idées de façon à ce qu’ils les trouvent acceptables. Vous êtes trop nombreux à essayer de les pousser de A à Z. Il faut plutôt les tenir par la main de A à B, puis de B à C, puis de C à D, etc., expliquait Troy dans une autre publication datant de 2019.

Meili Criezis, chercheuse au Polarization and Extremism Research Innovation Lab (PERIL), observe en ce moment ce genre de procédé dans des plateformes chiffrées, où des recruteurs extrémistes mettent au point des approches pour radicaliser des supporteurs de l’ancien président Trump.

Selon elle, les recruteurs cherchent à masquer leurs réelles croyances en tentant de se faire passer pour de simples citoyens mécontents de l’issue de l’élection.

Ils vont commencer avec des messages comprenant, disons, un racisme plus "léger". Ils ne vont pas tout de suite dire qu’il faut faire un génocide ou mettre en place un État blanc, par exemple, illustre-t-elle.

Si les recruteurs se mettent à partager du contenu extrême dès le début, beaucoup de ces gens seront dégoûtés. Ils ne sont pas habitués à ce genre de matériel. Ils vont réagir en disant : "attends une seconde, je suis un supporteur de Trump, mais je ne suis pas raciste, je ne veux pas être un nazi!", soutient-elle.

La tactique de présenter des statistiques pour entamer le processus de radicalisation est aussi bien connue, poursuit Amarnath Amarasingam, chercheur à l’Université Queen’s, en Ontario, et chercheur associé au Centre international de recherche sur la radicalisation.

Pour une personne qui a perdu son emploi ou qui s’inquiète de voir que son quartier devient de plus en plus multiethnique, ce genre de statistique peut parfois agir comme un appât pour la leurrer vers les eaux de plus en plus profondes de l’extrémisme. C’est quelque chose de très dangereux et c’est très difficile pour la société de s’en prémunir sans basculer vers la censure. Je ne pense pas que c’est quelque chose qui serait socialement acceptable, juge-t-il.

Une chose que tous les groupes d’extrême droite ont en commun, peu importe où ils se trouvent, c’est qu’ils se sont tous précipités sur l’islamophobie et sur la peur des immigrants et des réfugiés. Du contenu en ce sens est partagé même par des gens qui ne font pas partie de ces groupes. Ça devient en quelque sorte une porte d’entrée. Ça devient un genre d’hameçon pour piéger des recrues, ajoute-t-il.

La chemin de la radicalisation

Des nationalistes blancs participent à une marche aux flambeaux sur le terrain de l'Université de Virginie avant le rassemblement « Unir la droite » à Charlottesville, en Virginie.

Des nationalistes blancs participent à une marche aux flambeaux sur le terrain de l'Université de Virginie avant le rassemblement « Unir la droite » à Charlottesville, en Virginie.

Photo : Reuters / STEPHANIE KEITH

Troy sait que ce processus fonctionne, parce que c’est exactement la trajectoire qu’il a suivie.

Il affirme avoir grandi dans une famille aisée et de gauche. À l’adolescence, il a commencé à s’intéresser de plus en plus aux idées conservatrices, et a même tenté de militer dans des milieux politiques plus à droite.

Mais un jour, j’ai commencé à écouter [l’humoriste controversé] Sam Hyde. Plusieurs de mes amis dans les sphères [plus mainstream] ont basculé vers l’alt-right, et c’est là que j’ai avalé la pilule rouge, écrivait-il dans une publication en 2019.

La pilule rouge, c’est une expression utilisée par les extrémistes pour décrire le moment où une personne bascule vers la radicalisation. Dans le film La Matrice, le personnage central, Neo, doit avaler une des deux pilules qui lui sont présentées. S’il choisit la pilule bleue, il retournera au confort de sa vie normale, mais la vérité sordide qui se cache derrière la réalité lui sera à tout jamais cachée. S’il prend la pilule rouge, tout lui sera révélé, mais il devra passer le reste de son existence à se battre contre l'ennemi caché de l’humanité.

Pour Troy, la pilule rouge a pris la forme de statistiques qu’on lui a présentées sur les hommes homosexuels. Il portait déjà en lui une haine pour eux, raconte-t-il. Par contre, du matériel que lui ont fait découvrir ses nouveaux amis issus de l'alt-right, pour l’essentiel des données maintes fois démenties à propos des hommes homosexuels, l’ont conforté dans sa haine et lui ont permis de la justifier. Je n’avais pas vu d’argument scientifique contre l’homosexualité avant de tomber dans l’alt-right, il y avait juste des arguments religieux provenant de vieux évangéliques, explique-t-il.

Selon Amarnath Amarasingam, le mouvement alt-right a servi de tremplin vers la radicalisation dans les années précédant l’élection de Donald Trump, en 2016. L’alt-right a cherché à redorer l’image des suprémacistes blancs en rendant l’idéologie plus digeste pour la population en général.

Il y a eu un changement de tactique calculé de la part de ces groupes pour tenter de plaire à des sensibilités plus mainstream, explique-t-il. Ils se sont dit que s’ils pouvaient intellectualiser la cause, s’ils arrivaient à se débarrasser de l’image "skinhead qui casse des fenêtres", ça pourrait être plus attirant pour le mainstream, que ça pourrait devenir quelque chose de plus acceptable.

Depuis qu’il a avalé sa pilule rouge, Troy a tourné le dos à la société et mijote dans sa haine, qui s'étend désormais à d’innombrables groupes. Il dénigre souvent les membres de sa famille, qui lui semblent être de minables créatures d’un système qu’il déteste, malgré le fait que, selon lui, il habite toujours chez ses parents.

Pendant l’élection présidentielle de 2016, il gérait deux douzaines de faux comptes sur Twitter pour étendre son prosélytisme, selon ses dires. Certains servaient à troller des politiciens ou des figures médiatiques. D’autres, comme Rapefugee watch, avaient plutôt pour but de répandre des pilules rouges en propageant des histoires sordides.

En 2018, il se targuait que des personnalités influentes au sein du mouvement alt-right, telles que Mike Cernovich ou Paul Joseph Watson, aient retweeté des gazouillis émanant de ses comptes. Il a aussi affirmé en 2019 avoir eu quelques interactions en ligne avec le prédicateur néonazi américain, Richard Spencer.

Dans les forums néonazis qu’il fréquente, Troy martèle toujours à ses confrères qu’ils doivent cacher leurs véritables intentions en public s’ils veulent radicaliser les normies. Il a été horrifié par la manifestation Unite the Right, en août 2017 à Charlottesville, en Virginie, non parce qu’une contre-manifestante, Heather Heyer, y a perdu la vie, mais parce que les vidéos montrant des hommes portant des drapeaux ou des uniformes nazis avaient terni l’image des extrémistes comme lui.

Qu’est-ce que ces uniformes nous apportent? Est-ce que porter un stalhelm (le casque faisant partie de l’uniforme des soldats nazis lors de la Deuxième Guerre mondiale) rend nos arguments plus vrais? Ou est-ce que ça vient simplement satisfaire nos fantasmes de gloire, tout en repoussant les "normies" qui, autrement, trouveraient nos arguments convaincants?, a-t-il écrit en août 2019.

L'assaut du Capitole et au delà

Un partisan de Donald Trump à l'intérieur du Capitole

Un partisan de Donald Trump à l'intérieur du Capitole mercredi

Photo : Reuters / MIKE THEILER

Le monde a beaucoup changé depuis le 29 janvier 2017. La montée de l’extrémisme suprémaciste blanc s’est faite de moins en moins subtile. Les auteurs de tueries ayant atteint la synagogue de Pittsburgh en 2018 (11 morts), les deux mosquées de Christchurch en Nouvelle-Zélande (51 morts), la synagogue de Poway, en Californie (1 mort), le Wal-Mart d’El Paso (23 morts), tous en 2019, ou encore deux bars à chicha à Hanau, en Allemagne, en 2020 (10 morts), ont tous laissé des traces indiquant qu’ils avaient été radicalisés sur le web, comme Alexandre Bissonnette.

Les réseaux sociaux majeurs ont juré vouloir sévir contre la haine et l’incitation à la violence. En mars 2019, Facebook a annoncé vouloir supprimer du contenu lié au nationalisme blanc. En août de la même année, le site 8kun est disparu du web après que certains des tueurs de masse mentionnés plus haut aient publié dans ce forum des manifestes haineux pour expliquer leurs gestes.

Les jeunes hommes en quête de radicalisation ont trouvé d’autres plateformes plus privées où cracher leur haine. Des groupes ultraradicaux tels que The Base, qui cherchent ni plus ni moins à provoquer la chute de l’Occident en menant des attaques terroristes, sévissent désormais dans des salles de clavardage chiffrées. Leurs membres n’ont pas abandonné l’idée de chercher à poursuivre leur travail de conversion des normies.

Après la prise d’assaut du Capitole américain par des supporteurs de l’ancien président Trump, le 6 janvier, les réseaux sociaux majeurs ont supprimé des dizaines de milliers de comptes liés à la conspiration QAnon. Les comptes de M. Trump ont eux aussi disparu. Des milliers d’admirateurs de l’ancien président, en réaction à ce qu’ils considèrent comme de la censure, ont à leur tour quitté ces plateformes en faveur de sites et de services garantissant la liberté d’expression. Certains d’entre eux ont rejoint les mêmes sites prisés par les groupes les plus extrêmes du web.

Selon Meili Criezis, ces groupes ont déjà mis en place des stratégies visant à radicaliser ces réfugiés du web. Elle a en outre publié un rapport à ce sujet (Nouvelle fenêtre) sur le site de GNET. Certaines de leurs tactiques ressemblent à celles déployées par Troy.

Le "deplatforming" de beaucoup de gens a apporté un flot de nouvelles cibles et de nouvelles opportunités de radicalisation. Les recruteurs voient ça comme une occasion parfaite d’aller rejoindre un nouvel auditoire, observe-t-elle.

Bien que ces plateformes soient moins modérées que Facebook ou Twitter, les recruteurs cherchent tout de même à masquer leurs réelles intentions pour ne pas froisser leurs cibles et ne pas être identifiés comme étant des extrémistes.

Les recruteurs se joignent à ces discussions et tentent d’identifier des individus qui seraient de bonnes cibles. Après avoir trouvé des recrues potentielles, ils vont entamer une discussion avec eux en public, puis vont tenter de les isoler. C’est la clé de leur démarche, de les séparer du reste du groupe et de les pousser vers des discussions privées. Ainsi, d’autres gens ne peuvent pas interférer, des modérateurs ne peuvent pas dire : "hé, ça c’est de la propagande raciste, allez-vous-en!" illustre-t-elle.

Selon Mme Criezis, les recruteurs extrémistes cherchent à augmenter le désespoir des supporteurs de Trump ou des partisans de QAnon pour mieux les radicaliser.

Ils leur martèlent qu’il n’existe pas de solution politique à la situation actuelle. Ils veulent implanter cette vision chez des gens qui se sentent désillusionnés depuis la défaite de Trump. Si ces derniers adhèrent à cette idée, le travail des recruteurs devient beaucoup plus facile, souligne-t-elle.

Troy a d’ailleurs salué l’attaque du Capitole. C’est magnifique. Je suis sincère, a-t-il écrit le jour de l’assaut. Cet événement est le catalyseur dont nous avons besoin pour brasser les "normies" conservateurs et les réveiller.

La guérison est impossible après aujourd’hui, poursuit-il. Le temps des débats courtois est terminé.

Avec la collaboration de Roberto Rocha et Catou MacKinnon

Decrypteurs. Marie-Pier Élie, Jeff Yates, Nicholas De Rosa et Alexis De Lancer.

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