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Chronique

La pandémie fait plonger encore davantage les ventes de disques

Un casque d'écoute est posé sur une table.

Les ventes de disques au Québec ont encore plus chuté en 2020.

Photo : Unsplash / Lee Campbell

La fermeture des salles de spectacles en raison de la pandémie prive les artistes de la scène musicale de revenus colossaux depuis près d’un an, mais elle a aussi un effet dévastateur sur les ventes d’albums et de chansons, tous formats confondus.

Ce n’est pas d’hier que les ventes de disques sont à la baisse, mais il est indiscutable que l’arrivée du coronavirus a eu un effet monstre sur une industrie déjà mal en point. 

Selon les chiffres analysés par l’Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ), il s’est vendu 1,24 million d’albums physiques en 2020, toutes provenances confondues. Ce chiffre a plongé de 45,8 % comparé aux 2,29 millions de disques écoulés en 2019.

Cette année-là, la baisse était de 24 % en regard de 2018 pour l’ensemble des enregistrements audio en équivalent d’albums. De 2009 à 2019, les ventes ont chuté de 66 %.

La fermeture des commerces jugés non essentiels durant la première vague a accéléré la baisse des ventes, comme le souligne Marie-Julie Desrochers, directrice des affaires institutionnelles et de la recherche à l’ADISQ.

Au printemps, la baisse était de 85 %, dit-elle. La chute s’est amorcée entre le 5 et le 19 mars [moment du premier confinement], puis, jusqu’à la fin mai, les ventes physiques étaient réduites à presque rien. Il y a eu une petite hausse durant l’été, mais sans jamais atteindre les chiffres de février. Et il y a eu la remontée du temps des Fêtes, de la mi-novembre au 24 décembre. Mais depuis le 24 décembre, ce n’est presque rien, encore une fois.

Pour Solange Drouin, vice-présidente des affaires publiques et directrice générale de l’ADISQ, l’année 2020 est la pire année vécue par les artistes et les entreprises du secteur musical.

Et je suis à l’ADISQ depuis bientôt 29 ans… L’impact que l’on ressentait avant, c’était en enregistrement sonore. Mais maintenant, c’est vrai aussi pour les spectacles. C’est une tempête parfaite des deux sources [de revenus] qu’on avait. L’une est en train de se tarir complètement, car les spectacles représentent 60 % des revenus. Et on en est privés depuis le mois de mars.

Les ventes en ligne sont aussi en baisse

Les plus optimistes se seraient peut-être attendus à ce que la fermeture des points de vente traditionnels mène à une migration importante des achats sur les plateformes numériques, et ce, même si l’achat physique en ligne est toujours possible. Il n’en est rien.

La baisse [numérique] est amorcée depuis quelques années, souligne Marie-Julie Desrochers. 

En 2020, les albums numériques (678 000) et les pistes numériques (4,554 millions) ont moins chuté que l’année d’avant, -16 % contre -23 % pour les albums en ligne et -23,4 % contre -27 % pour les pistes numériques. 

C’est peut-être dû au fait que les gens ont acheté moins en format physique, mais ça demeure une baisse quand même, indique-t-elle.

La baisse des enregistrements sonores, en physique ou en numérique, on le sait, c’est graduel, note Solange Drouin. À un moment, ça ne sera même plus pertinent de le relever. On vendait 13 millions de disques en 2005... C’est une chute qui était annoncée depuis longtemps.

Il reste, bien sûr, l’écoute en continu. Elle est en hausse, mais elle ne rapporte presque rien aux artistes.

Quand j’étais enfant, une leçon m’avait frappé lors de mes cours de mathématiques, celle du facteur multiplicatif : 0 fois10, ou 0 fois 1000… ça fait toujours 0. Les redevances microscopiques touchées par les artistes pour l’écoute en continu, c’est un peu le même principe.

Sur les 10 000 premières chansons les plus écoutées au Canada, 40 artistes québécois s’y trouvent. Ça représente à peu près 130 chansons différentes.

Solange Drouin, directrice générale de l'ADISQ

Toutes ces chansons génèrent 147 millions d’écoutes sur les 40 milliards d'écoutes au pays. Il faut voir comment on peut augmenter la présence du nombre d’artistes québécois.

Mais la musique en continu, ça ne génère que des broutilles pour les artistes, déplore-t-elle. Il faut augmenter le niveau de rémunération.

Pire qu’en 2020?

Lorsque les bouchons des bouteilles de champagne ont sauté sur le coup de minuit le 1er janvier dernier, des milliards d’êtres humains se sont souhaité une meilleure nouvelle année, ne fut-ce que sur l’aspect essentiel de la santé. Mais rien n’est moins sûr au plan économique pour le milieu de la musique.

Les perspectives ne sont pas réjouissantes, assure la directrice générale. On entre en 2021 avec un boulet : le boulet de 2020. On est épuisés, on a eu des pertes et le boulet grossit... Certains envisagent une année 2021 pire que 2020.

Depuis le mois de mars 2020, les salles de spectacles – du moins, dans les zones rouges désignées par le gouvernement – n’ont été ouvertes que durant 15 semaines. Et encore, avec de sérieuses restrictions quant au nombre de personnes pouvant pénétrer dans ces lieux. Elles sont fermées depuis le 1er octobre et il y a peu de chance de les voir rouvrir dans les prochains mois.

Les artistes devront donc continuer à présenter leurs concerts de manière virtuelle, ce qui ne génère pas l’équivalent de revenus d’une tournée de 25 ou 30 concerts dans la province.

Le spectacle est un outil de commercialisation qui aide l’enregistrement sonore, affirme Soulage Drouin. Là, son absence se fait sentir.

Je vois l’année 2021 comme une reprise timide. On ne parlera pas de relance ou de grands changements. Ça va être une deuxième année de crise.

Solange Drouin, directrice générale de l'ADISQ

L’effet d’entonnoir

Peu importe le moment où les artistes vont pouvoir reprendre le chemin des salles de concert et celui des festivals en plein air, un autre danger pointe à l’horizon. Après l’absence de spectacles vivants durant 12, 15 ou 18 mois, tout le monde va vouloir se refaire, comme on dit en langage de poker. Mais il est à craindre que les possibilités ne soient pas les mêmes pour chaque personne.

Il y a un certain nombre de salles au Québec, note Solange Drouin. Quand elles vont rouvrir, il n’y en aura pas le double. Le nombre de places pour diffuser ton spectacle va rester semblable. Le défi, quand ça va rouvrir, c’est l’engorgement. On le voit venir. Tout le monde nous en parle.

Il y a les artistes établis, les artistes intermédiaires et les artistes de la relève, ajoute-t-elle. D’habitude, il y a un certain roulement. Mais là, tout le monde a arrêté les activités. Quand les portes vont rouvrir, les salles vont avoir le choix de prendre les artistes… moins risqués.

Ce qu’on essaie de voir, c’est comment on pourrait augmenter les fenêtres de diffusion, poursuit-elle. On sait que les spectacles en présentiel – le nouveau mot à la mode – vont être limités. Bien des artistes ne vont pas rentrer sur la patinoire. Oui, il y a les spectacles virtuels, mais quelles sont les autres façons de garder ces artistes en vie?

La semaine dernière, lors de représentations auprès du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), l’ADISQ a demandé un coup de main de la télévision publique, qui demeure un média doté d’une large pénétration dans les foyers québécois. C’est encore plus vrai en période de pandémie.

Il y a une heure de variétés par semaine à Radio-Canada, à En direct de l’univers. Et il y a aussi Tout le monde en parle qui fait venir des artistes, ajoute-t-elle. Il me semble qu’on pourrait avoir une deuxième heure qui permettrait de montrer la diversité des artistes. Il faut que les médias traditionnels nous donnent un coup de main.

Parmi les autres appuis possibles, il y a bien sûr l’aide publique des gouvernements. Dans ce cas, on a l’impression que le mot réinventer va demeurer très tendance.

Un besoin d’aides souples

Les aides publiques, c’est de mars à mars, précise Solange Drouin. On ne sait pas ce qui va suivre à partir du mois d’avril. Est-ce qu’on va avoir le même soutien, tant du fédéral que de Québec, afin de sauvegarder les institutions et les artistes? Ça prend quelque chose de flexible, des formes d’aides adaptables.

Damien Robitaille (avec ses vidéos sur les réseaux sociaux) a fait la démonstration que l’innovation est possible, et la directrice générale estime qu’il va falloir donner les moyens aux artistes d’avoir ce genre de vitrine non traditionnelle. Les revenus autonomes des entreprises sont de l’ordre de 85 %, tandis que l’aide publique est de 15 %, ce qui permet de générer des marges bénéficiaires de 8 %. Or, les revenus autonomes ne sont pas au rendez-vous durant la pandémie.

En définitive, où est la proverbiale lumière au bout de ce tunnel qui semble sans fin? Au fond, l’écosystème musical était déjà mal en point bien avant l’arrivée du coronavirus sur notre territoire.

Vente d’enregistrements sonores, spectacles, revenus d’édition, revenus de droits voisins, revenus de produits dérivés : c’est le total de tout ça qui va faire une différence. Mais il y a quand même des joueurs manquants importants qui ne contribuent pas, martèle la directrice générale. C’est ça qu’on plaide au CRTC avecla modification de la Loi sur la radiodiffusion.

Selon Solange Drouin, les radiodiffuseurs traditionnels contribuent au développement de la musique, mais pas Spotify ni YouTube, et pas plus que les fournisseurs d’accès Internet.

Le combat demeure donc le même que celui livré avant la pandémie : l’industrie de la musique doit obtenir plus que jamais – de façon équitable – sa juste part des revenus.

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