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COVID-19 : le stress des infirmières ne fait qu'augmenter

Une infirmière portant un masque et une visière.

Le stress des infirmières a augmenté avec la pandémie, croit Tasha Vollo.

Photo : Gracieuseté : Tasha Vollo

Wildinette Paul

Dans la lutte contre la COVID-19, les infirmiers et infirmières sont en première ligne. Avec des conditions de travail déjà difficiles, la pression ne fait qu’augmenter. Une étude en cours menée par une étudiante de l’Université de Victoria tente de démontrer l’impact sur le plan physiologique du stress vécu par ces professionnels de la santé.

Être infirmière, c’est un travail stressant, peu importe l’endroit où tu travailles, raconte Tasha Vollo, infirmière à Victoria depuis dix ans. C’était stressant avant, à présent ça l’est encore plus avec la pandémie.

Cette augmentation de la pression ressentie est le résultat de nouveaux protocoles auxquels elle a dû s’ajuster et le devoir d’être en quelque sorte un support émotionnel pour des patients qui ne pouvaient plus recevoir de visites du jour au lendemain. La peur d’infecter sa famille a aussi contribué à l’augmentation de l’angoisse.

L’absence de certains collègues tombés au combat aussi pèse lourd. Des collègues se sentent fatigués et font des épuisements professionnels, poursuit Tasha Vollo. Les demandes de congés maladie sont plus nombreuses. On travaille plus souvent à court de personnel.

On est tiré de tout côté. C’est comme si on courait un marathon en ce moment, mais qu’il y a quelqu’un en avant de nous qui retire toutes les bornes kilométriques. Et tu ne sais pas où la ligne d’arrivée se trouve.

Une citation de :Tasha Vollo, infirmière, Hôpital Royal Jubilee
Tasha Vollo.

Tasha Vollo est infirmière depuis dix ans.

Photo : Gracieuseté : Tasha Vollo

Sommeil et santé mentale

Lorsque la pandémie a frappé, les nuits de Tasha Vollo sont devenues plus courtes.

Au début, je me réveillais au beau milieu de la nuit, incapable de me rendormir. Je pensais seulement à ce qui allait arriver, à quoi ça ressemblerait au travail.

Une citation de :Tasha Vollo, infirmière, Hôpital Royal Jubilee

Les choses se sont stabilisées, on est plus à l’aise avec les protocoles, ajoute-t-elle. Mais c’est quand même stressant sachant qu’il y a une deuxième vague et qu’on est au beau milieu de celle-ci.

Tasha Vollo admet que c'est aussi difficile sur le plan de la santé mentale. Selon elle, ça fait des années que des infirmières martèlent qu’elles travaillent sous le stress et la pression et que ça ne fait qu’augmenter. Elle a donc décidé de participer à l'étude menée par Marisa Harrington, étudiante à la maîtrise à l'École des sciences de l'exercice, de l'éducation physique et de la santé à l’Université de Victoria, afin de mettre des données sur ce qu'elle et ses collègues vivent.

Séquelles physiologiques

Nous savons que c'est une population qui se sent stressée psychologiquement. Maintenant, nous établissons qu’il existe également un impact physiologique mesurable, souligne Marisa Harrington.

L’étude est à ses débuts, mais les premiers résultats montrent que les réactions au stress des participantes sont importantes et similaires, et ce peu importe le département. À ce jour, dix infirmières de deux hôpitaux de Victoria ont participé à l'étude.

Durant plus d’une semaine, ces professionnelles de la santé ont été suivies à l’aide de moniteurs pendant leurs quarts de travail et leurs congés. Leurs habitudes de sommeil ont été surveillées, tout comme les indices de stress tels que la fréquence cardiaque. Nous analysons toujours les résultats, mais nous voyons déjà des données importantes, explique Marisa Harrington. Ces infirmières passent plus de temps en sommeil léger et moins en sommeil paradoxal, et elles dorment moins en général, prend-elle en exemple.

Marisa Harrington avec des moniteurs devant l'Université de Victoria.

Marisa Harrington est étudiante à la maîtrise de l'Université de Victoria.

Photo : Gracieuseté : Université de Victoria

Des résultats préliminaires démontrent que le système nerveux sympathique des infirmières est plus dominant que le parasympathique, et ce, même si elles sont en congé, ajoute l'étudiante.

L’étude, qui doit prendre fin au printemps, prévoit également faire l’analyse d’échantillons de salive des infirmières selon trois facteurs qui sont associés au stress, au sommeil et à l’inflammation. Les travailleurs de la santé sont sous pression énorme et sur l'île de Vancouver on n’est même pas une zone chaude, soutient Marisa Harrington. Mais ce stress a quand même un impact sur nos travailleurs de première ligne de manière significative.

Un stress partout au Canada

Pour Linda Silas, présidente de la Fédération canadienne des syndicats d’infirmiers et infirmières, ses membres sont doublement frappés par la pandémie. Non seulement elles sont inquiètes pour la condition de leurs patients, mais pour elles-mêmes aussi, souligne-t-elle. Cette pression aura un impact sur le physique, soutient Mme Silas.

Celle-ci rappelle que le stress vécu n’épargne aucune province. C’est partout au Canada. Quand on regarde, les provinces de l’Atlantique ont été moins frappées. [Les professionnels] vivent quand même un stress tous les jours. Si on regarde la Saskatchewan, le Manitoba, l’Alberta dans la première vague elles n’étaient pas si touchées que ça, à la deuxième vague ç'a été désastreux.

La Fédération souligne que les infirmières travaillent en mode survie actuellement. Ce qui nous inquiète c’est l’année prochaine, les prochains cinq, dix ans, qu’est-ce qui va arriver au domaine de la santé?

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