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Pour que vieillir soit « gai »

Vivre ouvertement son homosexualité dans une résidence pour personnes âgées peut être tout un défi.

Deux hommes âgés assis sur un banc de parc.

Les aînés LGBTQ vivant dans une résidence pour personnes âgées cachent leur orientation sexuelle par crainte d'être rejetés.

Photo : Getty Images / Nicolas McComber

Denise Veilleux a passé la majeure partie de son existence à combattre les préjugés liés à son homosexualité. À 73 ans, vous le devinez, elle n'a nullement l’intention de retourner dans le placard. Cela dit, la perspective de vivre dans une résidence pour aînés ravive chez elle de vieilles craintes. Subira-t-elle de nouveau de la discrimination parce qu’elle est lesbienne?

Une femme de 73 ans sourit à l'objectif.

Denise Veilleux livre des témoignages sur son expérience dans des formations destinées à sensibiliser les gens sur les préoccupations des personnes âgées LGBT.

Photo : Courtoisie de la Fondation Émergence

Denise Veilleux a vécu une sortie du placard dans les années 1970, à une époque où l’homosexualité était considérée comme immorale et illégale.

Son premier réflexe, a-t-elle expliqué en entrevue à l’émission Sur le vif, a longtemps été de se cacher.

Elle a été contrainte de s’expatrier en Outaouais pour ne pas être rejetée par sa famille montréalaise, très peu ouverte à son mode de vie. Elle a dressé un mur entre sa vie professionnelle de traductrice et sa vie personnelle par crainte de perdre son emploi. Elle a tu son orientation sexuelle à son propriétaire pour garder son logement (qu'elle a fini par perdre quand il a découvert le pot aux roses).

J’ai utilisé toutes sortes d’astuces pour me protéger!

Une citation de :Denise Veilleux

Denise Veilleux a vécu dans la crainte réelle de perdre tout ce qu’elle possédait, parce qu’elle aimait les femmes.

Du point de vue de la médecine et de la psychiatrie, on était des pervers et des déviants, a-t-elle rappelé à propos de son orientation sexuelle. On ne pouvait pas baisser sa garde, parce que si on se permettait de révéler le moindrement sa situation, on prenait un risque.


Une histoire LGBTQ

Le 15 mai 1969, l’homosexualité est décriminalisée au Canada.

Le 15 mai 1969, l’homosexualité est décriminalisée au Canada.

Photo : AFP / Daniel Mihailescu

Le 15 décembre 1977, le Québec devient la première province à interdire l’orientation sexuelle comme motif de discrimination.

Le 15 décembre 1977, le Québec devient la première province à interdire l’orientation sexuelle comme motif de discrimination.

Photo : La Presse canadienne / Mark Blinch

Le 17 mai 1991, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) raye l’homosexualité de la liste des maladies mentales.

Le 17 mai 1991, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) raye l’homosexualité de la liste des maladies mentales.

Photo : Reuters / Carlo Allegri

Le 28 juin 2005, le Canada devient le troisième pays à légaliser les mariages entre conjoints de même sexe.

Le 28 juin 2005, le Canada devient le troisième pays à légaliser les mariages entre conjoints de même sexe.

Photo : Getty Images / YinYang


La lutte n'est pas finie

On pourrait croire, 45 ans plus tard, que la communauté gaie serait mieux accueillie et davantage acceptée. Or, soutient la septuagénaire, il y a encore du travail à faire, notamment dans les foyers pour aînés, où les préjugés persistent.

Autonome et indépendante pour le moment, Denise Veilleux anticipe le jour où elle devra être placée. Sera-t-elle bien accueillie par les autres résidents et le personnel? Devra-t-elle encore une fois cacher son orientation sexuelle? À quel point ces foyers sont-ils inclusifs?

J’ai peur d’être obligée de me mettre à risque de nouveau quand je devrai aller en résidence ou, pire encore, en CHSLD.

Une citation de :Denise Veilleux

Si je dis que j’ai été avec des femmes, comment est-ce que l’on va réagir? s’est-elle questionnée. Est-ce que ça va susciter de la curiosité malsaine? Est-ce que les gens vont réagir négativement?

Le drapeau arc-en-ciel, emblème de la lutte pour les droits LGBTQ.

Le drapeau arc-en-ciel, emblème de la lutte pour les droits LGBTQ

Photo : iStock photo

Un sentiment qui est partagé

Mercredi après-midi, Denise Veilleux a fait part de ses craintes avec les participants d’une formation virtuelle dont l’objectif est de sensibiliser la population aux préoccupations des personnes aînées LGBTQ.

Son témoignage a reçu un écho favorable parmi les participants — des intervenants communautaires, pour la plupart, et des aînés. Son histoire a captivé l’auditoire et a donné lieu à un bel échange par la suite.

Julien Rougerie, chargé de programmes à la Fondation émergence, un organisme à but non lucratif qui lutte contre l’homophobie et qui organise ces formations, est loin d’être surpris par la réaction des participants.

Parfois, quand on fait une formation, il y a des gens du côté des aînés qui se sentent assez à l’aise de faire leur coming out, rapporte-t-il. C’est bien la preuve que lorsqu’on parle de ces questions dans un milieu sécuritaire, les langues se délient.

Malheureusement, M. Rougerie remarque que la grande majorité des personnes âgées LGBTQ qui vivent en résidence s’abstiennent de parler de leur situation, parce que le milieu dans lequel ils vivent n’est pas suffisamment accueillant à la diversité sexuelle.

L’objectif des formations, dit-il, est justement de faire prendre conscience [au milieu de la santé et des services sociaux] que 10 % de leur clientèle est LGBTQ et qu’ils ont un rôle à jouer pour démontrer que leur environnement est sécuritaire et que ces personnes-là sont les bienvenues.

Citant différentes études, M. Rougerie dit qu’un aîné LGBTQ qui demeure dans le placard sera susceptible de souffrir de dépression, de problèmes de santé mentale, d’isolement et de maltraitance.

Lors de la formation, les participants ont été encouragés à adopter de bonnes pratiques pour assurer le bien-être des aînés LGBTQ qui vivent en résidence.

  1. Démontrer des signes d’ouvertures à la diversité (afficher le drapeau arc-en-ciel, le Jour de la fierté, par exemple);
  2. Réagir immédiatement aux propos homophobes;
  3. Éviter de supposer que tous les résidents sont hétérosexuels.

Un dernier mot

Au bout de deux heures de formation, c’est finalement Denise Veilleux qui a eu le dernier mot.

Est-ce que l’on pourrait vivre nos dernières années à visage découvert sans danger!

Une citation de :Denise Veilleux

Mon passé, je le porte avec moi, a-t-elle plaidé. J’espère que vous [les gens du milieu, me] donnerez l’occasion d’être encore vivante [avec ce bagage-là].

Sinon , ce sera accepter de mourir avant de mourir!

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